Hérault : avec l’éco-écrin, plus besoin de coller les huîtres

Publié le 08 novembre 2022

Toute l’originalité du projet tient dans le moule de l’éco-écrin, qui accueille l’huître de la taille naissain jusqu’à sa taille adulte, tout en lui laissant la place de se développer (© Florence Guilhem)..

Le 25 octobre, la Chambre d’agriculture de l’Hérault organisait des portes ouvertes au mas ostréicole de Philippe et Christophe Cambon, à Loupian. L’occasion de découvrir l’innovation technologique qu’ils ont inventée, l’éco-écrin, en vente dès le lendemain.

Chez les frères Cambon, l’innovation est une seconde nature. Dès les premières années de leur installation dans l’entreprise familiale, ‘La Perle de Thau’, fondée par leur père en 1994, ils questionnent la pratique du collage des huîtres au ciment. Pourquoi coller s’il faut tout enlever l’année suivante ? Sans compter l’impact environnemental du ciment. Il leur faudra attendre 2004, faute de partenaires depuis le lancement de leur idée, pour faire breveter un ciment moins nocif pour l’environnement, ‘l’Ostréi’Colle’, qui se casse et se désagrège plus facilement.

Six ans plus tard, ils lancent l’huître en forme de cœur, puis récidivent en 2015 avec deux brevets, l’un favorisant la biodiversité dans l’étang de Thau pour lutter plus efficacement contre la propagation des virus, l’autre sur une cage de captage de naissains d’huîtres. “Nous avons été pris littéralement pour des fous, quand nous avons défendu l’idée que consacrer une part de la production aux moules permettrait de lutter contre la propagation du virus de l’herpès et du vibrio splendidus. Dix ans plus tard, les projets Vivaldi et Bivalife ont confirmé notre point de vue”, souligne Philippe Cambon, qui ne craint pas, avec son frère, d’aller à contre-courant s’il le faut pour faire évoluer les pratiques, afin de produire plus et mieux et assurer, de la sorte, la pérennité de la filière conchylicole.

S’affranchir définitivement du collage

C’est dans cet état d’esprit que les deux frères sont revenus sur leur première idée autour de l’étape du collage, dès 2014. Capitalisant sur leurs expériences de terrain et leurs innovations précédentes, ils ont imaginé une pièce permettant de s’affranchir du collage des huîtres, “pour éviter le rejet de ciment dans l’étang, mais aussi protéger les animaux contre les prédateurs, particulièrement les daurades, ainsi que les contaminations entre eux, puisqu’ils sont isolés les uns des autres”, détaille Philippe Cambon. Et ce n’est pas tout. Sur les plans professionnel et économique, le système imaginé permet de limiter les déperditions, de réduire la pénibilité du travail, car les manipulations sont facilitées et, cerise sur le gâteau, d’obtenir des huîtres aux formes originales, plus faciles à ouvrir, plus en chair et au poids supérieur, grâce à l’exondation. 

Pour passer de l’idée à la pratique, les deux frères prennent contact avec le pôle de compétitivité Mer Méditerranée, à Toulon, avec lequel il monte un dossier pour obtenir des financements. Ils s’y reprendront à trois reprises pour décrocher le ‘Graal’. Après, tout s’accélère. Ils présentent un prototype maison, conçu avec des coupelles en plastique, des balles de badminton et des couverts en plastique, qu’ils confient à l’École nationale supérieure des arts et métiers de Paris et à un industriel spécialisé en conception et injection de pièces thermoplastiques, basé à Nîmes. C’est ainsi qu’est porté sur les fonts baptismaux l’éco-écrin.

Des moules qui s’emboîtent

Le moule, composé de polypropylène, donc recyclable, et de 20 % de calcaire, accueille une huître dans chacun de ses compartiments (quatre au total), de la taille naissain jusqu’à sa taille adulte, tout en lui laissant la place de se développer. Clipsables entre eux, les éco-écrins s’emboîtent les uns sur les autres sur la corde, qui est ensuite pendue sur les tables. La ligne ainsi composée par les éco-écrins est suffisamment légère pour être relevée sur poulie, et suffisamment lourde pour ne pas dériver ou flotter. Le système peut être utilisé ouvert comme fermé, en actionnant la corde placée en leur centre. “Pour obtenir des huîtres de calibre 2, il vaut mieux maintenir les éco-écrins fermés, mais plutôt ouverts pour un calibre 1”, relève Philippe Cambon.
Par ailleurs, le système est parfaitement modulable à des longueurs différentes. “Il est aussi possible de l’essayer sur quelques cordes. De ce fait, ce système innovant s’adresse à tout le monde et à toute quantité d’huîtres. On peut donc commencer tout petit”, met en avant le conchyliculteur. Et il est, de surcroît, également adaptable aux tables ostréicoles de l’Atlantique. Pour ce faire, il suffit d’accrocher les éco-écrins côte à côte, et non de les emboîter les uns sur les autres, comme pour les tables de Méditerranée.

Aussi les frères ont-ils breveté leur innovation en France, mais aussi dans toute l’Union européenne, en Australie, en Chine et en Corée. “L’idée est de la déployer d’abord dans l’étang de Thau, puis dans toute la France, et ensuite en Europe et à l’international, car cette innovation ouvre véritablement une nouvelle voie dans notre métier, et permettra de mieux produire aujourd’hui et demain, tout en sécurisant la production”, argumente-t-il.

Coût de l’investissement : 1,60 € HT par éco-écrin. Avec ce système, “à mon avis, on va gagner 1 € par kilo d’huîtres”, calcule-t-il. Exit le collage, mais aussi le détroquage, et l’assurance d’une une production supérieure, avec des huîtres qui pourront être mieux valorisées. Pour confirmer le tout, le Comité régional de conchyliculture de Méditerranée (CRCM), l’Ifremer et le lycée de la mer de Sète vont lancer une étude pour comparer les systèmes innovants mis en place en Méditerranée, dont celui de l’éco-écrin des frères Cambon. À suivre. 

Florence Guilhem

 


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