Hérault : 100 % du vignoble impacté par le gel

Publié le 20 avril 2021

Toutes les parcelles de vignes ont subi les assauts du gel. Une reprise de végétation est possible sur certains bourgeons, mais dépendra des conditions météorologiques à venir. © DR

Le département, comme ses voisins, a payé un tribut lourd à la suite de l’épisode de gel, dans la nuit du 7 au 8 avril. Premières estimations, état des lieux, et mobilisation des organisations professionnelles et des collectivités locales face à l’ampleur des dégâts.

"Notre jolie vallée enfumée ce matin pour tenter de sauver le vignoble. Hélas, c’était peine perdue, – 5°C, du jamais vu", témoigne le Château de Saint-Jean d’Aumières, à Gignac, sur sa page Facebook, le 8 avril, après le passage du gel. "Bienvenue en enfer. Pas mieux que les copains... 18 hectares raclés... Dur, dur", peut-on lire sur celle du Domaine La Croix Gratiot, à Montagnac. "La catastrophe est nationale (...), mais elle n’est que la somme des détresses individuelles, de parcours brisés par le gel", écrit Florence Monferran du Clos des Mièges, à Vic-la-Gardiole. 

Ils savaient que le gel allait arriver, mais les prévisions météorologiques se sont révélées bien en-deçà de la réalité. Et tous de s’acharner au cours de la nuit pour sauver leurs cultures, en allumant des feux et des bougies, mais le gel a été le plus fort, faisant chuter les températures jusqu’à – 8°C dans certaines communes du Nord du département, sans épargner les plaines. "C’est une gelée qui restera dans les annales, avec des conséquences dramatiques pour l’ensemble de nos productions", commente le président de la Chambre d’agriculture de l’Hérault, Jérôme Despey, le 9 avril dernier, à la suite d’une réunion de crise organisée en présence du préfet de l’Hérault, des parlementaires, de l’association des maires et des responsables professionnels.

AOC et IGP affectées

Dans les annales, cette gelée noire entrera en effet, tout d’abord par son ampleur. Sur les 80 000 ha de vignes dans le département, 100 % des surfaces ont été concernées par le gel, à des degrés divers. "Tout le monde est touché, y compris dans des zones qui n’avaient jamais gelé depuis 50 ans", indique Jean-Philippe Granier, directeur technique de l’AOC Languedoc. Selon les premières estimations, à l’est de Montpellier, entre Beaulieu, Saint-Christol et Saint-Géniès-des-Mourgues, comme dans le Minervois, ce sont 30 % des surfaces qui seraient impactées. Du Pic Saint-Loup à la moyenne vallée de l’Hérault, en Faugérois, dans le Biterrois et jusqu’à Olonzac, les pertes sur les bourgeons et les premières feuilles seraient comprises entre 50 et 80 %, et dans certaines communes supérieures à 80 %, selon les premiers recensements établis par la Chambre d’agriculture de l’Hérault.

Les AOC ont été particulièrement affectées par la gelée noire. On parle d’une perte de 80 % des volumes en Terrasses du Larzac. Selon la directrice de l’AOC Grès de Montpellier, Isabelle Vermorel, la perte de récolte ira de "30 à 90 %". En AOC Picpoul de Pinet, ce sont "15 à 90 % des vignes qui sont touchées", témoigne Céleste Renaud, directrice du syndicat. L’étang de Thau n’a pas protégé les vignes. En Pic Saint-Loup, Sophie Landreau, directrice de l’AOC, table, "pour l’instant, sur 50 % de pertes, avec une situation hétérogène dans l’appellation". En AOC Saint-Chinian, le gel a grillé "grosso modo 50 % des vignes". Idem pour l’AOC Faugères, et entre 20 à 90 % en Languedoc-Pézenas. Dans tous les cas, les vignes de plaine ont été plus affectées que celles des coteaux. En Minervois, seul le cru de La Livinière a été moins touché. Quant à la perte en IGP, elle est estimée entre 40 et 90 % dans l’Hérault. "Certains vignerons ont tout perdu", relève Sylvie Olivet, directrice de l’IGP Hérault. Pour les IGP Pays d’Oc, "en moyenne, nous avons perdu entre 40 et 50 %", assure son président, Jacques Gravegeal. Pour les IGP Côtes de Thongue, ce serait de "60 à 70 %", indique son président, François Teisserenc.

5 Mhl perdus dans l’ex-Languedoc-Roussillon

Le président de La Coopération agricole d’Occitanie, Boris Calmette, dresse un constat tout aussi catastrophique, cette fois-ci, à l’échelle de l’ex-Languedoc-Roussillon. "On peut estimer que l’on a perdu 5 Mhl, soit 500 M€ de chiffre d’affaires partis en fumée en une nuit", précise-t-il. L’impact sur les caves coopératives et particulières sera de taille. "On peut envisager des répercussions énormes sur les exploitations et les structures coopératives, comme sur leurs investissements, ce qui aura aussi des conséquences sur l’activité des concessionnaires", prévoit-il. Sans compter la vulnérabilité extrême à laquelle seront exposés "les jeunes viticulteurs les plus dynamiques, qui se sont endettés. Il faut donc trouver des moyens, et rapidement, pour les aider. À situation exceptionnelle, aide exceptionnelle, d’autant que leur moral est profondément touché", insiste-t-il.

Cette détresse, la présidente de la FDSEA de l’Hérault, Sophie Nogues, peut en témoigner. "Nous avons été submergés d’appels. Certains étaient en pleurs, d’autres désemparés et dégoûtés. Leur moral a chuté aussi bas que les températures", raconte-t-elle. "Les jeunes agriculteurs sont en train de se demander s’ils vont pouvoir continuer à faire ce métier au vu de la répétition des aléas climatiques, qui fragilise les exploitations", ajoute, de son côté, Camille Banton, présidente des Jeunes agriculteurs de l’Hérault. Jeunes et moins jeunes, "tous ont besoin d’un salaire pour vivre. Un soutien aux exploitations s’impose", insiste François-Régis Boussagol, président des Vignerons indépendants de l’Hérault.

Appel à la mobilisation générale

La Chambre d’agriculture a immédiatement mis en place une cellule de crise, avec un numéro d’appel (04 67 20 88 17), pour accompagner les agriculteurs en difficulté. Elle a également envoyé un questionnaire par mail à ses 5 000 ressortissants pour recenser l’ensemble des dégâts. La Fédération des Vignerons indépendants de l’Hérault en a fait de même, de son côté, pour ses 600 adhérents. Au 12 avril, 1 847 agriculteurs, toutes cultures confondues, avaient répondu au questionnaire de la Chambre d’agriculture, "dont 97 % de viticulteurs, la plus grande partie en cave coopérative", indique Renaud Lachenal, en charge de recenser les dégâts pour la Chambre.

Côté Vignerons indépendants, la fédération a reçu "279 réponses, soit 46 % de retours, couvrant  8 500 ha de vignes en production. Et sur ces 8 500 ha, 5 800 ha seraient touchés", détaille son directeur, Luc Cauquil.

Tous demandent des mesures d’urgence pour accompagner les agriculteurs sinistrés, au rang desquelles l’exonération de la taxe sur le foncier non bâti, la prise en charge des cotisations sociales, le relèvement du plafond des minimis, une année bancaire blanche, avec le report de toutes les annuités sans frais. "La notion d’année blanche sur le plan bancaire sera d’une nécessité absolue", martèle Jérôme Despey. Le président de la Chambre réclame également une mobilisation du PGE et un prolongement au-delà du 30 juin, avec, si possible, "un remboursement sur dix ans", complète François-Régis Boussagol.

Parlementaires et collectivités territoriales, aux côtés de la filière viticole, ont demandé au Premier ministre la mise en place d’un plan de sauvetage pour la survie de l’économie agricole et un effort de l’État au regard des milliards d’euros prévus dans le plan de relance national pour les autres secteurs économiques. Le Département s’est aussi engagé à voter, lors de sa prochaine assemblée plénière, une aide conséquente pour renforcer son soutien à la profession agricole, emboîtant le pas à la Région. S’il faut agir vite, en revanche, dans la vigne, "il est urgent d’attendre, au moins dix jours, avant d’intervenir. Il y a des bourgeons qui peuvent prendre le relais de ceux qui ont gelé. Mais, pour l’heure, il faut laisser le temps à la vigne de récupérer. Il faudra ensuite agir au cas par cas, selon l’intensité des dégâts, la reprise de la végétation et la fertilité des bourgeons de secours", prévient Paul Hublart, responsable viticulture à la Chambre de l’Hérault.   

Florence Guilhem


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