Grêle et autres incertitudes dans l'Aude

Publié le 13 mai 2020

Dans la vigne anéantie par la grêle d’Arnaud Sié, la profession viticole a tenu à préciser aux élus présents l’importance de la viticulture dans l’économie audoise.

Talairan, dans les Corbières, s’est trouvé à l’épicentre du passage de grêle qui s’est produit le 27 avril dernier. La mise en avant des dégâts causés sur les parcelles de vignes par ce nouvel épisode climatique a servi de support à l’expression d’inquiétudes plus larges par la filière vigneronne audoise, compte tenu des difficultés liées à la crise sanitaire du Covid-19.

Depuis la parcelle d’Arnaud Sié, sur les hauteurs de Talairan, dans les Corbières, le panorama est exceptionnel. Le ciel complètement dégagé y propose une vue à couper le souffle sur les hauteurs et plateaux environnants, de la montagne d’Alaric au Mont Tauch. L’aspect idyllique de l’endroit n’a pourtant pas suffi à le préserver de l’orage de grêle qui s’est abattu sur Talairan dans la soirée du 27 avril dernier. “Pas la peine d’espérer quoi que ce soit sur cette parcelle, on n’y vendangera rien cette année“, se désole Frédéric Rouanet, le président du Syndicat des vignerons de l’Aude, en déambulant dans les rangs de la vigne d’Arnaud Sié. L’intégralité des rameaux et inflorescences a en effet été anéantie par les impacts de grêlons gros comme des billes. Un peu plus haut, le vigneron illustre même la violence de l’épisode, qui a pris naissance entre Talairan et Saint-Pierre-des-Champs, en montrant les traces laissées par les grêlons sur le poteau téléphonique voisin. « On dirait des tirs de carabine », dit Arnaud Sié.

Le couloir de grêle s’est ensuite déplacé en direction du littoral, occasionnant des dégâts sur les vignes dont les rameaux sont en pleine croissance depuis quelques semaines. La grêle a perdu de son intensité et s’est fondue à la pluie au fur et à mesure qu’elle s’est approchée du littoral.

Les élus à l’écoute

Le service viticole de la Chambre d’agriculture évoque une superficie de 150 hectares de vignes touchées à divers degrés, le secteur de Talairan et ses alentours apparaissant comme l’épicentre du phénomène météorologique soudain.

Entre le petit épisode de gel du 27 mars et ce passage de grêle, Ludovic Roux, le président de la cave des Terroirs du Vertige, à Talairan, annonce déjà une perte prévisible de 6 000 hl de vin pour la cave “à plus de 90 % due à cet épisode de grêle. Pendant 50 ans, il n’y avait pas eu de grêle, et ces dix dernières années, nous en sommes déjà au cinquième épisode“, regrette-t-il.

“Mais cela reste un risque assurable“, reprend Frédéric Rouanet, “et aujourd’hui, toute la famille viticole a tenu à se réunir pour mettre en avant les difficultés rencontrées par notre profession car, outre les aléas climatiques à répétition, le contexte actuel est plus qu’inquiétant“. En présence de la sénatrice de l’Aude, Gisèle Jourda, et de la députée de la 3e circonscription, Mireille Robert, ainsi que du représentant du Conseil départemental, Alain Giniès, Frédéric Rouanet était accompagné par Philippe Vergnes, le président de la Chambre d’agriculture, Alexandre They, président de la fédération départementale des Vignerons indépendants, Olivier Verdale, président de l’AOC Corbières, et Ludovic Roux en sa qualité de président de la cave des Terroirs du vertige et de la section Vignerons coopérateurs de Coop de France, pour exposer aux élus les différentes sources d’inquiétude pour la profession viticole.

Financement des mesures

Bien que les difficultés aient commencé avant l’arrivée de la crise sanitaire liée au Covid-19, ce dernier n’a fait qu’amplifier une situation déjà difficile. Les chiffres du marché sont lamentables“, indique tout de suite Frédéric Rouanet. Il explique que tous les exploitants qui vendent en bouteille subissent de plein fouet le coup d’arrêt provoqué par la baisse subite de consommation dans le monde entier. Quant aux autres, qui vendent leur production en vrac, “les soucis financiers commencent à arriver en décalé, avec la chute des sorties et les coopératives qui ajustent à la baisse les acomptes pour faire face à la situation“, reprend Frédéric Rouanet.

La distillation est impérative !“, tempêtent ainsi Philippe Vergnes, Alexandre They et Frédéric Rouanet. À quatre mois de la prochaine récolte, la profession ne veut pas se retrouver dans une situation de marché complètement déséquilibrée, qui réveille trop de mauvais souvenirs à certains. Et si le terme de distillation a pu spontanément évoquer quelques craintes, l’écrasante majorité de la profession attend maintenant un geste fort de la part de l’Europe et de l’état français pour financer cette mesure de distillation à hauteur des espérances. Dans l’attente des annonces concrètes du ministre de l’Agriculture sur ce sujet, les chiffres évoqués en France comme à l’étranger semblent bien en dessous de ce que la profession estime nécessaire. Didier Guillaume devrait rendre public le contenu de son plan pour la viticulture le 11 mai.

Olivier Bazalge


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