Grand Angle Ovin : La filière ovine face à l’impact du Brexit

Publié le 26 mars 2019

“La production ovine s’est stabilisée dans l’UE. Depuis trois campagnes, nous faisons de la promotion avec les Britanniques. Nous avons les mêmes difficultés sur le renouvellement des générations et les revenus. Si demain il n’y a pas d’accord, cela

Lors de la première édition d’une conférence sur la filière ovine française, organisée par l’Institut de l’élevage, une large part des débats a porté sur l’influence du Brexit et de futurs accords de libre-échange.

Le 14 mars, à Montpellier SupAgro, se tenait la diffusion en direct de la première conférence dédiée à la filière ovine : Grand Angle Ovin, à laquelle plus de 160 personnes ont participé. L’un des thèmes principaux de la matinée a porté sur l’impact du Brexit sur le marché de la viande ovine et de futurs accords de libre-échange. Des négociations pour deux accords de libre-échange entre l’UE et la Nouvelle-Zélande et l’Australie ont en effet démarré en juin 2018. Ceux-ci auront des répercussions sur le marché européen de la viande ovine. En 2018, l’Australie a en effet exporté 69 % de sa viande ovine, et la Nouvelle-Zélande 91 %, ces deux pays dominant à 70 % le marché ovin dans le monde. Ils sont extrêmement compétitifs : avec une productivité élevée, les coûts et les prix sont inférieurs à ceux de la filière ovine française et ce, même en ajoutant les coûts de transport. Le pendant de cette forte présence basée sur des systèmes de productions de pâturage avec peu d’intrants, en fait une production saisonnière, avec un énorme pic d’abattage avant Pâques. L’effet des aléas climatiques, comme la sécheresse, est important, en particulier en Australie, avec des pics d’abattages et d’export conséquents.

L’Europe, destination majeure de la viande ovine d’Océanie

L’UE à 28 est une destination majeure pour la Nouvelle-Zélande, mais pas pour l’Australie. L’UE est le deuxième client de la Nouvelle-Zélande, derrière la Chine. Pour l’Australie, l’UE ne représente que 3 % des volumes exportés. A ce jour, l’accès au marché européen est limité par des contingents à droits nuls. En cas de libéralisation totale des échanges avec ces deux pays, cela aurait des répercussions sur le marché UE de la viande ovine. Pour la Nouvelle-Zélande, l’accès au marché UE est déjà conséquent. Or des marges de développement importantes et des possibilités d’envois opportunistes pourraient avoir lieu en cas de problème climatique ou de fermeture de marché. Avec l’Australie, les envois sont limités par un contingent européen. On pourrait craindre une forte progression de ces envois si le marché européen s’ouvre davantage avec une possibilité supplémentaire d’envois opportunistes. Il est donc essentiel de maintenir des mesures de protection dans l’UE, afin d’éviter toute déstabilisation du marché.

L’effet du Brexit en question

La majorité des envois de viande ovine en provenance de Nouvelle-Zélande et d’Australie vers l’UE à 28 a pour destination le Royaume-Uni. Aussi, le Brexit pose question. Les contingents tarifaires seraient redécoupés. Le contingent néo-zélandais serait réparti à 50 % vers l’UE à 27, et à 50 % vers le Royaume-Uni ; le contingent australien à 20 % vers l’UE à 27, et à 80 % vers le Royaume-Uni. De plus, les futures relations entre le Royaume-Uni et l’UE à 27, et le Royaume-Uni et l’Océanie pourraient avoir leur importance, et jouer sur les intérêts européens dans les négociations.

Marie Carlier, au service Economie des filières de l’Institut de l’élevage, souligne que l’idéal serait de savoir comment se déroule le Brexit, avant d’entamer toute négociation avec ces deux pays.

Anne-Solveig Aschehoug


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