Gel dans l'Hérault : risques et pertes hétérogènes

Publié le 19 avril 2022

Le verger de pruniers de table (40 hectares) de Gradilis, à Mudaison, est touché à près de 100 %. Après des pertes dramatiques en 2021, Alexandre Grard repart pour une année noire, et réfléchit à revoir son système de protection. © Ph. Douteau

Avec des températures descendues jusqu’à – 2,5°C dans les vergers du secteur de Mauguio et de Marsillargues, voire jusqu’à – 5°C dans certaines parcelles de l’ouest héraultais, les dégâts, épars, ne sont pas de la même ampleur qu’en 2021. Mais certains arboriculteurs enregistrent déjà des pertes conséquentes. Les prochaines semaines seront décisives.

Après des nuits de veille et d'anticipation, les agriculteurs de l'Hérault ont, à nouveau, dû veiller entre le 2 et le 4 avril. Abricotiers, pruniers, cerisiers, pommiers et vignes précoces, dans certaines zones, toutes et tous étaient à l'affût, avec encore en tête la gelée d'avril 2021. Pour l'heure, il est encore trop tôt pour évaluer les pertes réelles, mais des surfaces ont été sévèrement impactées du côté de Mudaison. "Les aléas climatiques sont durs à encaisser, surtout que notre bureau est à toit ouvert", rappelait Jérôme Despey, lors d'une visite de terrain, jeudi 7 avril.  Mobilisé auprès  des producteurs, des élus locaux et régionaux, avec le préfet Hugues Moutouh, le président de la Chambre d'agriculture s'est rendu sur l'exploitation d'Alexandre Grard, dont les vergers de pruniers de table ont une nouvelle fois subi les assauts du gel, après une récolte perdue l'an dernier. Non loin de là, à Candillargues, les pommiers de Mariano Navarro devraient révéler leurs stigmates dans les jours, voire les semaines qui viennent. 

Vergers sous tension

Le bassin de vergers entre Mauguio et Marsillargues apparaît, pour l'heure, le secteur le plus concerné par le gel. Si les températures enregistrées (entre – 1°C et – 2,5°C) sur des durées variant de 1 à 4 h, ont été moins basses qu'en avril dernier, les pertes déjà visibles ou à prévoir s'ajoutent aux dégâts de 2021, pour certains producteurs et pour les structures de conditionnement et de commercialisation (la Sica de Mauguio et la coopérative Cofruid'Oc). 

Avec une application de la réforme des outils de gestion des risques climatiques, qui devrait s'appliquer au 1er janvier 2023, les agriculteurs touchés n'ont pas encore pu bénéficier de ce nouveau dispositif. "Il faut donc accompagner les plus sinistrés dans cette transition, pour ne pas qu'ils arrêtent leur activité", déclare Jérôme Despey, en saluant le soutien de la Région et du Département pour le versement du dispositif 'arboriculture' dans le cadre du Plan de relance. Ce dernier aura permis à certains producteurs d'investir dans des équipements de lutte et de protection (tours anti-gel), mais il est désormais fermé, indique la Chambre d'agriculture. Sur vergers, la lutte par aspersion est la méthode la plus efficace, mais les débits en eau sur la zone ne sont pas suffisants, alors que la plupart des exploitations ont opté pour le goutte-à-goutte ou la micro-aspersion. "Il faudrait doubler le réseau", selon l'arboriculteur Robert Cecchetti. "On la pratiquait à l'époque, mais avec un coût de 60 €/m3 quand on souscrit à BRL, au rythme de 40 m3/ha", la note est salée. Quant aux forages, "on n'a pas assez de volumes, et on est déjà en tension". 

Pruniers touchés à 90 %

Sur l'exploitation d'Alexandre Grard, à Mudaison, la société Gradilis déplore des pertes estimées entre 80 et 100 % sur 40 ha de prunes de table. Après avoir "tout perdu" l'an dernier, les trois nuits consécutives de gel de début avril "sur une longue durée, au stade petits fruits", ont enfoncé un peu plus le clou. "Déjà, le 7 mars, les températures sont tombées de 1°C à 4°C au stade de la floraison." Dès le dimanche 3 avril midi, les impacts étaient visibles, avant une aggravation le lendemain. "En trois quarts d'heure, on voit les fruits noircir." Et même les petits fruits encore verts sont marron à l'intérieur, grillés. 

Équipés de filets anti-grêle sur 8 ha, la lutte aux vergers reste compliquée. "La structure n'est pas adaptée à la pose de chaufferettes en-dessous", explique Alexandre Grard. Quant au système de goutte-à-goutte, il ne permet pas de protéger les cultures à 100 %. 

Sur pommiers, quelques jours après la gelée de rayonnement sur les vergers, rien n'était encore évalué quant au potentiel de pertes, en volumes comme en qualité à attendre cette saison. À Candillargues, sur l'exploitation de 35 ha de Mariano Navarro, il faudra attendre encore 15 jours pour y voir plus clair sur les pommiers alors en floraison (Granny, Legend, Pink Lady). À – 2°C, dans la nuit du samedi 2 au dimanche 3 avril, l'arboriculteur a hésité à ouvrir les filets, "mais il faudrait avoir des bougies pour inverser la température en cas d'arrêt du vent". L'exploitant, épargné l'an dernier, songe à investir dans des bougies pour la prochaine campagne. Quant à ses 25 ares de cerisiers, plantés en 2017, "très sensibles au gel", ils n'ont rien donné. 

Adhérent à la coopérative Cofrui-d'Oc, il croise les doigts pour l'instant, d'autant que l'hétérogénéité des impacts perturbe les prévisions. "C'est au cas par cas. Les reinettes ont été gelées", constate le président de l'OP, Jean Nougaillac. "Les filets n'ont pas été installés car la pollinisation était en cours." Si les volumes pourraient être au rendez-vous, c'est la qualité qui inquiète par rapport à l'an dernier. "À – 2°C, l'épiderme est marqué et la qualité est moins bonne", atteste Robert Cecchetti. En cas de pertes à 30 % pour déclencher les calamités agricoles, si on y ajoute les 10 % de pommes touchées dirigées vers l'industrie en 2021, "ça fait beaucoup" de coûts à supporter, ajoute le pomiculteur. "On n’a pas vendu plus cher malgré le gel." 

Philippe Douteau


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