Gel dans l'Aude : Bilan hétérogène mais lourd

Publié le 20 avril 2021

L’épisode de gel laissera des traces profondes pour l’économie agricole départementale. Les organisations agricoles attendent donc un soutien fort de l’ensemble des collectivités. © O. Bazalge

Dans l'Aude, les parties les plus productives ont été lourdement touchées. L’Ouest, le littoral et les coteaux s’en sortent un peu mieux, mais les pertes de récolte seront conséquentes. Les organisations agricoles sont très inquiètes et le risque reste élevé.

Dès le lendemain, ils ont tenu à exprimer toute la détresse et la frustration d’une profession agricole audoise sous le choc de cette gelée noire du 8 avril 2021 qui restera dans les mémoires. Rendez-vous a donc été donné dès le vendredi par toutes les organisations agricoles départementales pour aller constater les dégâts dans les vignes des adhérents de la cave de Montredon-des-Corbières. Philippe Vergnes, Jean-Marie Fabre, Frédéric Rouanet, Ludovic Roux, Alexandre They étaient tous là pour montrer le spectacle désolant de ces vigoureux et prometteurs rameaux verts qui, en l’espace de quelques heures entre le 7 et le 8 avril, ont tourné au gris et cessé de vivre.

Là, ce sont ces jeunes inflorescences de vignes indispensables à la récolte à venir, et plus loin, dans la plaine du Somail, autour d’Ornaisons ou de l’étang de Marseillette, ce sont les prémices d’abricots, d’amandes et autres fruitiers ayant déjà fleuri qui se sont recroquevillés ou ratatinés. “C’est la goutte d’eau qui fait déborder le vase sur un département, qui était déjà largement fragilisé par la crise du Covid”, déplore Frédéric Rouanet, président du Syndicat des vignerons de l’Aude (SVA). “Le moral des collègues est au plus bas. Et les règles sanitaires font qu’on ne va même pas pouvoir se réunir pour se soutenir les uns les autres. On va devoir passer le week-end tous seuls chez nous à ressasser tout ça.”

Même son de cloche de la part du président de la Chambre d’agriculture, Philippe Vergnes, ou des autres représentants syndicaux viticoles. Le mot d’ordre est clair : il va falloir aller chercher de l’argent partout où c’est possible.

Exonérations et reports bancaires attendus

Jean-Marie Fabre et Alexandre They, représentants des Vignerons indépendants (VI), résument assez bien les demandes des organisations agricoles pour permettre aux exploitants de se remettre d’un tel épisode : “Face à cette situation inédite, nous attendons un soutien majeur de la part des collectivités départementale et régionale. L’impact psychologique est énorme après 14 mois de difficultés qui ont lourdement affecté la trésorerie de nos exploitations. Il faudra donc une exonération du maximum de charges possibles, une année blanche bancaire et un appel à la solidarité nationale pour une profession qui s’attendait à un rebond de l’activité entre cette fin d’année et 2022,” déroule le président national des VI. Il anticipe d’ores et déjà la baisse de volume de vin commercialisable à partir de fin 2021 et, par conséquent, la baisse mécanique du chiffre d’affaires des exploitations, qui comptaient sur la reprise et une bonne récolte pour rembourser PGE et autres mesures d’aides liées à la crise sanitaire.

S’il faudra prendre du temps pour recenser précisément l’ampleur des dégâts au sein du département, les tendances générales ne sont pas très difficiles à mettre en exergue.

“Nous pouvons constater des choses assez étonnantes et hétérogènes dans certains secteurs, avec une parcelle gelée à 100 % dans le Cabardès et une vigne avec très peu de dégâts à une centaine de mètres. Globalement, le département a été largement touché, avec une prépondérance des dégâts en plaine et les zones de bas-fonds. Il s’agit des zones les plus productives, nous savons déjà que la perte de récolte va être importante”, indique Giacomo Pinna, consultant viticole de l’ICV de Trèbes.

Encore des risques de gel

La carte publiée par la Chambre d’agriculture résume bien la synthèse des premiers retours du terrain. “Bien sûr, il faudra affiner, mais nous pouvons avancer que 80 à 90 % du vignoble audois a été touché. Il reste maintenant à établir les degrés d’atteinte des parcelles. Impossible de faire une tournée exhaustive, aussi nous avons envoyé un questionnaire aux exploitants pour faire ce recensement”, éclaire Nicolas Sourd, technicien au service viticulture de la CA 11. Face à l’incertitude des vignerons quant à la marche à suivre sur le plan cultural (lire page 8), les Chambres d’agriculture de la région ont décidé de se concerter pour apporter une réponse commune et uniforme. “Les services ‘viticulture’ des départements ont entamé la discussion pour se baser sur les 30 dernières années d’expérience du gel, et apporter une réponse aussi affinée que possible au cas par cas : par âge et type de vigne, par type de production, cépage, etc. Il y aura, dans tous les cas, un gros travail en vert à faire, mais nous fournirons des préconisations aussi fines que possible”, poursuit Nicolas Sourd.

Si l’Ouest audois semble avoir été plus préservé de cette gelée du 8 avril, tous les regards sont restés tournés vers les prévisions et les thermomètres qui n’auguraient rien de bon jusqu’à la fin de la semaine 15.

Guillaume Desperierres, des laboratoires Dubernet et SRDV, confirme l’hétérogénéité d’atteinte du territoire audois par le gel, avec des zones de coteaux relativement épargnées, ainsi qu’autour de Minerve, dans l’Ouest ou sur le littoral, “mais même des bas-fonds ou des combes de la Clape ont été touchés”. Les prévisions ne laissaient pas entrevoir une telle étendue de dégâts, et il résume assez bien la violence de l’événement en indiquant “qu’entre 20 h et minuit, nous avons perdu plus de 15°C de température. On peut situer le ‘cœur du cyclone’ autour de Pézenas, dans l’Hérault, où la température est descendue jusqu’à – 5°C et partout, les zones de plaine et de bords de rivière ont été très touchées, soit une grande partie de la production languedocienne”, ponctue-t-il. 

Olivier Bazalge


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