Gard : variations des aides pour le gel

Publié le 29 juin 2021

Les producteurs de fruits à noyau et de raisins de table ont jusqu’au 5 juillet pour demander une aide sous forme d’avance remboursable à la DDTM. © Ph. Douteau

Bien qu’inégalement impactées, toutes les cultures gardoises ont subi les assauts du gel, les 7 et 8 avril. Viticulture, arboriculture ou grandes cultures, les pertes indemnisables et les aides spécifiques conditionneront une partie de la campagne et une estimation des pertes réelles.

Fin mai, les services de la préfecture du Gard incitaient au “recensement initial des pertes indemnisables au titre des calamités agricoles” suite au gel d’avril, en remplissant une fiche à cet effet. Mais les dossiers enregistrés en viticulture sont en-deçà des estimations de pertes, relève la Chambre d’agriculture du Gard. 

Mi-juin, un dispositif d’aides sous la forme d’avance remboursable était instauré, pour les producteurs de fruits à noyau, “conditionné notamment au dépôt futur d’un dossier calamités agricoles (automne 2021)”, a précisé la préfecture. D’après les discussions en coulisse, le montant global de l’enveloppe d’aides pour le Gard devrait largement dépasser les 600 000 €. 

Viticulture : dans l’attente 

La viticulture, bien que touchée, n’enregistre pas le nombre de dossiers escomptés. Sur 2 000 estimés, seulement 600 ont été envoyés à la DDTM du Gard. “On attendait plus que ça”, confirme Jean-Louis Portal, alors que les dossiers en arboriculture correspondent aux remontées d’indemnisation. Pour le secrétaire de la Chambre d’agriculture, ce différentiel s’explique notamment par la reprise du végétal à certains endroits. “J’ai été touché à 70 % sur 2,6 hectares, mais la vigne repart.” 

Calculée sur un taux de perte de 30 % de la production annuelle, sur un montant des dommages supérieur à 13 %, l’indemnisation au titre des calamités agricoles est dans les tuyaux, mais la profession “attend de voir comment la viticulture va y entrer”. 

D’autre part, le recensement des pertes de fonds pour les plants gelés est aussi à inclure. 

Fruits à noyau : critères cumulables 

Pour bénéficier d’une avance remboursable sur dossier des calamités agricoles à déposer à l’automne 2021, c’est un peu l’usine à gaz. Le dispositif concerne uniquement les arboriculteurs spécialisés en fruits à noyau (cerise, abricot, pêche, nectarine, prune) et en raisins de table, représentant “plus de 50 % du chiffre d’affaires de l’un des trois derniers exercices clos”. Un premier critère excluant pour “tous les producteurs de fruits à pépins”, note le président de la FDSEA du Gard, David Sève. En plus d’avoir enregistré des pertes d’au moins 70 % de la production, le chiffre d’affaires des productions sinistrées doit représenter au moins 20 % du chiffre d’affaires total de l’exploitation. Les pertes de 70 % de la production sont à considérer “par rapport au produit brut du barème départemental”, selon la préfecture. Or, “c’est le tonnage qui compte”, nuance David Sève. Autrement dit, un arboriculteur qui a perdu plus de 70 % ne pourrait se retrouver qu’à 40 % du barème. Prévue entre 1 000 et 20 000 €, soit l’estimation de la moitié des indemnités à percevoir pour les calamités agricoles, l’aide devrait être versée par FranceAgriMer avant fin juillet. 

Dégâts variables sur blé dur 

Une semaine après la tournée des calamités agricoles effectuée par les services de la DDTM, avec la Chambre d’agriculture, FDSEA et les JA, les pertes demeuraient “compliquées à estimer“, selon Stéphan Cavalier. Jeune agriculteur en blé dur et pois chiche à Milhaud, il démarrait la moisson le 22 juin. Alors que la casse s’annonce sévère dans des secteurs comme Marsillargues et Saint-Laurent-d’Aigouze, toutes les cultures n’ont pas subi le même contrecoup. “Sur les épis, certaines fleurs n’ont pas donné de fruits”, constate-t-il. L’hétérogénéité des épis rend encore les dégâts difficilement quantifiables, notamment sur blé dur (environ 7 000 ha). 

“La DDTM a constaté que sur certaines parcelles, la situation était catastrophique, les 30 % étaient dépassés”, indique le semencier. Alors que l’indemnisation des pertes suite au gel se baserait sur des moyennes départementales, Stéphan Cavalier pencherait plutôt pour le barème par exploitation. “En tant que semencier, je suis obligé de produire des grains de qualité.” Selon les résultats après le passage de la batteuse, il saura si le seuil des 30 % est atteint. “Si la production est de 3,5 ou de 3,7 t, il faudra bien payer les fournisseurs, les intrants, mais comment financer la campagne à venir ?” Les dix prochains jours seront décisifs.

Philippe Douteau


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