Gard : un millésime plus technique 

Publié le 20 octobre 2022

La Fédération gardoise des Vins IGP présentait un premier bilan de récolte, en-dessous des 3 Mhl, et annonçait les festivités à venir. Jérôme Pépin, Éléonore Anger, Christel Guiraud, Denis Verdier et Gérard Sanchez, à Nîmes. © Ph. Douteau

Une récolte sous la barre des 3 Mhl, pour la quatrième fois sur les cinq derniers millésimes, c’est ce à quoi le Gard doit s’attendre. Disparités, vendanges étirées et festivités automnales étaient commentées par la Fédération gardoise des Vins IGP et l’ICV, le 11 octobre. 

Si certaines caves rentraient encore la fin de la récolte cette semaine, les prévisions du centre œnologique de Nîmes de l’ICV sont tombées. Et la récolte 2022 s’annonce “petite”, révèle Gérard Sanchez. En-dessous d’une année dite normale, à 3 Mhl, celle-ci est estimée à 2 920 000 hl dans le département. “Entre le gel, la sécheresse, la grêle ou la pression phytosanitaire, les 3 Mhl, on ne les dépasse plus”, depuis 2015, constate le directeur. Cette baisse n’est pas tant due à une diminution des surfaces qu’à une succession d’événements climatiques marquants. 

10 % de plus, mais récolte modeste

Dans un contexte de millésime précoce, la production se tient déjà prête en blancs et rosés, alors que la fermentation malolactique se poursuit sur rouges, pour fournir les acheteurs, malgré “une récolte moins importante”, note Denis Verdier, président de la Fédération gardoise des Vins IGP, notamment en IGP Cévennes, là où les IGP Coteaux Pont-du-Gard se maintiennent, d’après les premières estimations. La production totale gardoise, si elle dépasse la faible récolte précédente (2,645 Mhl) de 10,4 %, n’a pu se contenter de la bonne sortie de grappe, pour cause de canicule persistante et de stress hydrique qui n’aura été que maigrement compensé par les pluies d’août et septembre. 
Selon les secteurs, Gérard Sanchez souligne des “distorsions importantes”, entre les zones gelées de 2021 (sud, piémont cévenol), plus productives cette année, les plaines, ayant moins subi la sécheresse, et les Côtes-du-Rhône qui affichent une “baisse significative” (- 20 %), frappées également par la grêle et des “phénomènes de concentration des raisins”. Globalement, le millésime a souffert de la petite taille des baies sur tous les cépages, surtout le merlot, qui a difficilement supporté les températures et la sécheresse, contrairement au grenache, plus résistant, en dépit de blocages de maturité suite aux premières pluies. Les zones septentrionales ont le plus subi ces aléas. “La grêle a causé des pertes de 25 à 40 % sur certaines parcelles”, confirme Christel Guiraud, le nouveau président de l’IGP Cévennes.  

Vendanges paradoxales 

Malgré une légère baisse des surfaces gardoises depuis 2017, répertoriées à ce jour à 52 200 ha en de vignes en production, ce n’est pas ce qui explique ces récoltes en berne, précise Gérard Sanchez. Les aléas climatiques influent forcément sur le niveau des vins, rendant chaque millésime inédit, en termes de couleur comme d’aromatiques. Les vendanges en ont donc pâti, étirées en longueur. “C’était paradoxal, car c’était mûr début août, mais après, cela n’avançait plus”, relève le directeur de l’ICV de Nîmes. “Les vignes n’ont plus bougé après les pluies, à part sur les cépages tardifs (mourvèdre, cabernet)”. Certaines caves ont d’ailleurs vendangé sur huit semaines, signe que les vendanges “ne sont plus les mêmes qu’il y a 30 ans”.

À l’image de la récolte, les rendements sont moindres, de 56 hl/ha en moyenne “toutes zones et dénominations confondues” (52 hl/ha en AOP, 60 hl/ha en Costières). Point positif, l’état sanitaire du vignoble aura profité du contexte climatique. 

Techniquement, le millésime sera “moins facile que les autres”, conçoit Gérard Sanchez, nécessitant des interventions pour pallier certains déficits de maturité, et “peut-être davantage de travail d’élevage sur les rouges”.

Vignes Réboussières en plein air 

Forte d’une année de reprise événementielle estivale, malgré une chaleur écrasante qui a quelque peu découragé le public lors des fêtes ‘Excellence en Cévennes’, la Fédération gardoise des Vins IGP revient pour un programme d’automne sous le signe de la romanité et de l’agroécologie. D’abord avec les 7es Vignes Réboussières, le dimanche 30 octobre, prévues au domaine Quartier Lander, à Bagard, pour une balade vigneronne “en pleine nature”, indique Éléonore Anger, chargée de promotion. Les bois environnant le domaine de Jérôme Pépin (IGP Cévennes) seront le théâtre d’œuvres “poétiques” de l’artiste dessinatrice Land Art, alias Guth Joly, proposant des variations autour de l’arbre et du bois. Le photographe Arthur Vignaud exposera ses créations, au gré des 2,5 km de parcours, sur lequel prendront part 14 vignerons de l’IGP, prêts à faire déguster 42 cuvées. Jeux, musique et food trucks sont aussi au programme. “Fier d’accueillir les Vignes Réboussières, pour y avoir participé l’an dernier”, Jérôme Pépin, “jeune” vigneron a réinvesti il y a deux ans l’exploitation familiale, après une carrière dans l’élevage et l’assemblage. Visant des vins “originaux, en tous cas avec du caractère”, il a repris en main les vignes qui en avaient besoin. Conversion au bio, diversification avec un verger, remise en vie des sols sur des terres peu profondes du piémont cévenol, “sans accès à l’eau”, il a pris le virage de la biodiversité, après avoir replanté quelques variétés anciennes et résistantes “pour atténuer les impacts climatiques”.  

Le 17 novembre, ReGard sur le Vin investira à nouveau le Musée de la Romanité pour une seconde soirée découverte des trois IGP départementales, ponctuées par deux visites guidées en version nocturne. Vingt vignerons sont attendus, entre buffet et concert (22 € pour l’entrée et la visite, et 6 € pour l’entrée et deux verres de vin). 

Des rendez-vous naturels et culturels, à l’image des IGP du Gard, entre “capacité d’innovation” et élans de “révolution sur le vignoble”, a résumé Denis Verdier. 

Philippe Douteau


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