Gard : Rentrée sénatoriale des vendanges

Publié le 14 septembre 2021

Denis Verdier (IGP du Gard, VPA) et Denis Bouad, sénateur du Gard, à l’issue d’une rencontre avec des viticulteurs, à Castillon-du-Gard, le 2 septembre. Au programme : accès à l’eau et réforme du système assurantiel. © Ph. Douteau

Au cours de sa tournée des caves gardoises, Denis Bouad a fait escale à la coopérative des Sablons, à Aigues-Mortes, avant d’échanger avec des viticulteurs à Castillon-du-Gard. Le sénateur porte un projet de refonte du système d’assurance agricole, tout en avançant sur le Schéma départemental de la ressource en eau.

Désigné par les sénateurs du groupe ‘Socialistes, écologistes et républicains’ en juin dernier, Denis Bouad a engagé une réflexion de fond pour répondre aux impératifs climatiques et d’accès à l’eau sur le territoire. Entre l’adaptation aux contraintes hydriques, aux risques météorologiques, et en vue d’un système assurantiel remanié, le sénateur du Gard compte, in fine, sur une “solidarité nationale” pour mener à bien les travaux nécessaires, après consultation des représentants des filières et des assureurs. Selon lui, “si le système des calamités agricoles permettra aux agriculteurs de tenir la tête hors de l’eau, le problème de fond reste l’assurance”. 

Mornes vendanges 

Avec des pertes de récolte estimées à “plus d’1 Mhl”, d’après Denis Verdier, les vendanges 2021 s’annoncent “dramatiques, surtout sur les blancs et rosés”, note le président de la coopérative VPA (Calvisson) et de la Fédération des vins IGP du Gard. À la cave des Sablons, à Aigues-Mortes, c’est aussi la douche froide, après le gel de printemps. Après avoir rentré 1 200 hl en dix jours, la coopérative (550 hectares) envisage une production à la baisse de 60 %.
“Une année normale, on rentre 50 000 hl, comme en 2020, mais là on s’attend à faire entre 20 000 et 25 000 hl”, prévoit le président Bernard Vila. Comme ailleurs sur la zone des sables, les IGP Sable de Camargue sont confrontées aux remontées de sel dans le sol. “On ne risque pas de retrouver des volumes l’an prochain”, déplore le président.

 Prônant une actualisation du régime des calamités agricoles, Denis Bouad veut impulser un renouveau sur le système assurantiel actuel. “Il faut revoir cette moyenne olympique des cinq dernières années”, déclare-t-il. Face au “malaise” de l’assurance agricole, Denis Verdier interroge : “Comment améliorer le mécanisme pour faire en sorte que 80 % des agriculteurs s’assurent ?” 

Assurance : réformer la référence olympique

“Il y aura de moins en moins d’assurés”, déclare le président de la cave coopérative de Vers-Pont-du-Gard, se référant à une franchise passée de 10 à 20 %. “Après quatre mauvaises années, compte tenu de la moyenne olympique quinquennale, les mauvaises années sont assurées à 20 %. Nous sommes étranglés !” Si l’État ne semble pas vouloir s’engager sur une assurance obligatoire, comment la rendre plus attractive ?
“À 130 €/ha, c’est une folie de ne pas s’assurer”,
estime Denis Bouad, qui comprend le faible taux d’engagement des exploitations, peu, voire pas touchées par le gel. Et pour éviter les défections d’assurés qui souhaitent résilier leur contrat après deux gelées fatales, “il faudrait supprimer ce rendement olympique”, plaide le sénateur. “Si une récolte sur cinq n’est pas bonne, soit, mais en prenant la plus faible et la meilleure année, en cas de trois mauvaises, cela pose problème.” Il espère d’ailleurs faire sauter “le verrou” européen en 2022, lorsque la France prendra la présidence du Conseil de l’Union européenne, au premier semestre. Parmi les pistes à l’étude, un ‘pool’ d’assurances permettrait un partage de déficit “à partir d’un certain seuil”, et de “sortir de ce rendement olympique, car les assureurs ne pourront pas payer indéfiniment”. Le dispositif européen ‘Omnibus’ pourrait être “intéressant”, en cas de franchise à 20 %, pour une prise en charge de 60 %. 

Quant aux calamités agricoles, il ne voit pas “de miracle” venir. Après les déconvenues des arboriculteurs gelés, qui ont perçu les premières avances d’aide, le milliard d’euros débloqué pour toute la France sera loin d’être suffisant. 

Forages, irrigation : les pistes à creuser 

“Si l’on veut pérenniser les installations, il ne faut pas les pénaliser par la sécheresse”, avance le sénateur du Gard. Face aux disparités d’accès l’eau, un Schéma départemental avait été initié du temps de la présidence de Denis Bouad au Département. Pour assurer la viabilité des exploitations et des rendements corrects, ce schéma est voulu comme “un outil de projections sur les années à venir”. Si les extensions du réseau BRL sont une solution, d’autres options sont sur la table, comme les bassins de rétention ou les forages profonds collectifs. 

“Il faut pousser les extensions de BRL, surtout lorsqu’on est situé dans des villages excentrés, en hauteur”, réclame un viticulteur. Denis Bouad penche d’abord pour des études localisées, menées par des géologues “pour savoir s’il y a bien de l’eau à prélever ou pour un forage”. Pour ainsi satisfaire les demandes, le schéma d’eau brute amorcé doit passer à l’étape supérieure. “Il faut faire un diagnostic avec vous, les viticulteurs, pour bénéficier d’un financement”, annonce Muriel Dherbecourt, première adjointe à la mairie de Castillon-du-Gard. Un diagnostic circonstancié est primordial avant de trouver les porteurs de projets (Communautés de communes, ASA). 

“Un outil BRL ne vaut que s’il y a un projet de territoire”, assure Élisabeth Viola, ancienne administratrice chez BRL et ancienne directrice de la Caisse des dépôts. Et d’inciter les agriculteurs à s’impliquer. “L’eau, c’est du rendement. Associez-vous au projet car il faudra des abonnements.” 

Au même titre que l’assurance, l’eau reste une clé de “la rémunération agricole”, résume Denis Bouad, qui va poursuivre les auditions en vue d’apporter un peu d’eau au moulin du prochain Projet loi de finances de 2022.

Philippe Douteau


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