Gard : les Costières de Nîmes se tournent vers le Soleil-Levant

Publié le 01 octobre 2019

Surplombant la cour rénovée de l'hôtel Imperator, l'équipe de l'AOC Costières de Nîmes au complet : Fanny Molinié-Boyer (vice-présidente), Bruno Manzone (président), Manon Missongé (communication) et Marie Flassayer (directrice par intérim, durant l

Les affres du climat ont laissé des stigmates sur la vigne, la biodiversité environnante, et chez certains vignerons. Malgré tout, si elle table sur une probable perte de volumes d'environ 10 % cette année, l'appellation s'attend à un millésime 2019 de bonne tenue, grâce notamment à cette sécheresse bénéfique au bon état sanitaire, et à des bonnes sorties de grappes. Et lance une opération séduction au Japon.

En ce 24 septembre, les vendanges en Costières de Nîmes touchaient à leur fin. Restaient encore à récolter les marselan, carignan et mourvèdre. Malgré des conditions climatiques chaotiques, et des sorties de chais qui flanchent à peine, les pronostics sont encourageants. Si le potentiel des blancs n'a pas encore pu s'exprimer, à l'export, c'est le Japon qui est dans le viseur de l'AOC. L'équipe de l'appellation avait donné rendez-vous à la Maison Albar Hotels L'Impérator de Nîmes pour débriefer la chaude campagne.

 

L'air a bien circulé à la vigne

Ce n'est un secret pour personne, l'année a été marquée par la sécheresse. Elle avait "bien démarré", en raison d'un hiver pluvieux, mais suivi d'un printemps sec. Les "jolies sorties de grappes" en mai, observées par Bruno Manzone, ont quelque peu été freinées par un été en surchauffe. Mais le président de l'AOC y voit "des conséquences positives sur le vignoble", bien que les 200 mm d'eau relevés entre janvier et septembre n'aient pas fait le poids face aux 700 mm de l'an passé. Globalement, et malgré le pic "dantesque" de chaleur du 28 juin ("jusqu'à 47, voire

48 degrés !"), le peu d'humidité associé à l'excès de chaleur a conduit à un état sanitaire jugé "parfait" par le viticulteur bio, aussi président de la cave des Vignerons créateurs, "même jusqu'à la récolte de ces derniers jours". Ainsi, le manque d'eau a porté ses fruits, réduisant à néant toute pression de mildiou, des ravageurs comme le ver de la grappe, et laissant peu de place à l'oïdium. "Les grappes étaient très lâches, ce qui a permis une bonne circulation de l'air", ajoute Bruno Manzone.

Les baies sont certes moins volumineuses que d'aventure, mais la forte concentration de couleurs et de tanins, ainsi qu'une acidité élevée, et un pH bas, laissent présager "un millésime qui va traverser les années", prévoit-il.

S'il y aura moins de raisin à l'arrivée au chai, "le vigneron était serein", résume le président des Costières de Nîmes. Alors que les rouges n'ont alors pas encore été décuvés, il faudra s'attendre à une probable baisse de 10 %.

 

"On n'a pas la place qu'on mérite en blanc"

En 2018, les Costières ont récolté près de 212 000 hl sur 4 000 ha, avec une dominante de rouge (55 %), 39 % de rosé et 6 % de blanc. Si l'AOC enregistre une infime baisse en sorties de chais 2017-2018 (- 1 %), les cours restent "stables", constate Fanny Molinié-Boyer, vice-présidente. En vrac, les transactions (2017-2018) portent le rouge à 128 €/hl, le rosé à 127 €/hl et le blanc à 129 €/hl, en moyenne. Une constance, malgré un recul observé sur la consommation des vins rouges, au national comme en Costières. D'où "un bon potentiel en blanc" à creuser, note Bruno Manzone.

"On n'a pas la place qu'on mérite", déplore le président. "Il n'y a pas assez de blanc en Costières", ajoute Fanny Molinié-Boyer, qui observe cependant un regain d'intérêt et "de plus en plus d'accessibilité au marché". Très présente en Vins de Pays d'Oc IGP, l'AOP compte pousser les vignerons à "blanchir" leurs vignes. La vice-présidente est optimiste : "C'est le marché des bouteilles qui va tirer les ventes en blanc."

 

Le Japon, la carte à jouer sur le bio

Sur les 185 629 hl commercialisés,

26 % sont dévolus à la grande distribution, 34 % au réseau CHR, et 40 % à l'export. Premier marché, la Chine pèse 33 %, suivie des Etats-Unis (16 %) et du Royaume-Uni (10 %). En volume, le marché chinois a progressé de seulement 2 %, et de 4 % en valeur, entre avril 2018 et avril 2019, là où le marché américain connaît une augmentation de 14 % et de 18 % en valeur. Devenu concurrentiel, ces marchés, notamment chinois, recherchent des vins de plus en plus qualitatifs d'une année sur l'autre. D'où un positionnement sur un créneau à plus fort potentiel commercial.

L'AOC Costières de Nîmes a ainsi misé sur le Japon, qui pèse encore très peu dans son chiffre, mais a bondi de 126 % en volume et de 86 % en valeur en un an. En raison des frais de douanes à la baisse, issus d'un accord de libre-échange (JEFTA) entre le Japon et l'Union européenne, et d'un contexte médiatique favorable, entre la Coupe de monde de rugby et des prochains Jeux olympiques d'été en 2020, le Japon est un terrain d'opportunité pour les Costières.

Ce "regain pour les vins de moyenne gamme et haut de gamme" laissent une chance aux vins français (20 % des importations, derrière le Chili), et particulièrement aux AOC. "Peu orienté sur le bio", le consommateur nippon s'ouvre peu à peu aux critères environnementaux venus d'Occident. "On a une grosse carte à jouer sur le bio", assure la vice-présidente de l'AOC. L'AOC est convertie au bio à hauteur de 25 %. L'opération séduction menée sur place en juin a permis à une douzaine de vins d'asseoir la réputation des Costières auprès des sommeliers et journalistes locaux.

 

L'après incendies : mesures exceptionnelles et mobilisation

Les épisodes caniculaires de fin juin et de juillet ont causé une défoliation de certaines vignes, et l'échaudage de raisins. Grâce à l'irrigation, certains cépages comme le grenache ont pu se réadapter. à l'échelle de l'appellation, peu d'impact est à déplorer tant en volume qu'en qualité. Plus violents, les incendies d'août, au centre et au Sud des Costières, ont touché 800 ha de bois et forêts, entre Saint-Gilles, Vauvert et Générac. Sur les 175 ha de vignes concernés, 56 ha ont été impactés par le feu, dont certaines parcelles "carbonisées", précise Bruno Manzone. 112 ha ont été touchés par les fumées, ce qui peut entraîner "un goût durant la fermentation", sans compter les 6 ha touchés par les produits "retardants". 3,8 ha de l'AOC sont ainsi concernés.

En réaction, le syndicat a mis en place une cellule de crise et effectué des demandes dérogatoires auprès de l'Inao, pour toute modification exceptionnelle au cahier des charges, telle que la dérogation à l'interdiction d'irrigation pour les vignes échaudées, la prolongation de la renonciation à produire, en cas d'impossibilité de produire une qualité standard de l'AOC, soit entre

20 et 30 ha sortis de l'appellation. Et enfin des demandes d'aides spécifiques à la replantation ont été déposées. Les réponses sont attendues dans les prochaines semaines.

Mais face aux dégâts des flammes, les Costières de Nîmes entendent s'engager. Sur la vente des tickets de chaque événement organisée par l'appellation, 1 € sera prélevé et versé à un fonds destiné au reboisement et à la biodiversité dans l'aire des Costières de Nîmes. L'ODG prendra part aux projets paysagers, avec l'ONF, la DDTM, la Draaf et l'Association des forêts méditerranéennes.

 

Philippe Douteau


Le cours du rosé, 39 % de la récolte 2018 de l'AOC, reste stable pour 2018-2019, à 127 €/hl. Au Japon, seuls 4 % sont consommés, mais le goût de la ménagère change et peut

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