Gard : IGP Cévennes : marquer son identité

Publié le 06 juillet 2021

En GD, sur les IGP, “le marché du bio représente 7 à 8 %, comme le Pic-Saint-Loup ou Faugères“, note Christophe Jammes (CIVL). Le rosé représente 53 % des volumes commercialisés de l'IGP Cévennes. (@Ph. Douteau)

Segment porteur des IGP Sud de France, l'IGP des Cévennes est la première indication géographique protégée de territoire du CIVL, avec plus de 90 000 hl au compteur. Raison de plus, pour certains vignerons, de donner un coup de jeune et de projecteur sur les vins cévenols.

Forts d'une part de 30 % commercialisés en rosé, les vins IGP des Cévennes représentent “plus de la moitié des débouchés de la commercialisation des appellations“ sur ce créneau, a indiqué Christophe Jammes (CIVL), lors de l'assemblée générale du syndicat, le 25 juin, à Alès. Parmi les 17 IGP de département et de territoire regroupées au sein du Conseil interprofessionnel des vins du Languedoc, les vins des Cévennes pèsent près de 92 420 hl lors des dernières récoltes, sur les 216 450 hl recensés en IGP Gard. Devant ces résultats encourageants, une stratégie de redynamisation de l'IGP Cévennes est enclenchée, par un travail sur la marque 'Cévennes'. 

Le rosé porteur 

Affichant une progression sur la campagne 2020-2021, les IGP Sud de France accentuent leur positionnement sur les rosés, en cinq ans, grignotant lentement mais sûrement des parts sur les rouges, qui passent de 60 % à 52 % entre 2015 et 2021. La proportion de rosés en IGP de département, elle, fait marche avant toute, de 33 % à 41 %, pour une part stable en blancs (7 %). Sur la dernière campagne, 326 642 hl ont été enregistrés en sorties de chais en rosé, et 420 035 hl en rouge. 

Reconnu par décret en 1992, le vin de pays des Cévennes, aujourd'hui IGP, s'inscrit dans cette tendance, dont les IGP de territoire en rosé atteignent 32 % des sorties IGP Sud de France. Entre 2016 et cette année, le rosé représente désormais une vente sur deux, en IGP de territoire, soit 203 821 hl sur un volume de 408 811 hl. Les vins IGP Cévennes occupent aujourd'hui une place de choix sur ce créneau, forts de 53 % de rosés commercialisés. Disposant de stocks disponibles de 70 000 hl, fin mai 2021, le syndicat en aura “jusqu'à fin décembre“, estime Christophe Jammes, responsable du service 'Économie et études' au CIVL.  

Cévennes : une marque à identifier 

Si les Cévennes jouissent d'une belle réputation en France et au-delà, “la marque 'Cévennes' n'est pas encore connue comme une marque de vin“, regrette Loïc Evesque, vigneron aux domaines Saint-Alban et de la Quiétude. Or, “c'est un peu notre ADN commun“, plaide-t-il. D'où l'impérieuse nécessité, selon lui, d'identifier les vins sous le signe des Cévennes, “pour créer de la valeur ajoutée“. Alors que les modes de consommation changent, notamment auprès des jeunes, et que le “vin plaisir“ gagne des adeptes, “on vit le début de la renaissance d'une reconnaissance du vin“, estime le vigneron converti en bio. En s'appuyant sur le soutien du CIVL, une plateforme de marque est en cours afin de déployer une stratégie de communication béton et drainer le négoce. “Si la demande est là, les metteurs en marché demanderont des Cévennes“, avance Loïc Evesque. “Les négociants cherchent des identités. Il faut leur vendre une image, une marque“, insiste-t-il. Cet automne, des démarches de communication ciblées sont prévues, après les opérations locales, comme les fêtes des vins d'Anduze et de Saint-Ambroix. 

Au-delà de la refonte de façade, la question du passage au bio dans le cahier des charges serait un atout pour concrétiser ce redéploiement. Ce n'est pas Gérard Bertrand qui le contredira, présent virtuellement à l'AG, par vidéo interposée. “L'IGP des Cévennes mérite une reconnaissance nationale et internationale“, a lancé le chantre mondial du bio et de la biodynamie.  

Le tournant de la biodiversité et des pratiques agroécologiques n'est pas à louper, appuie Loïc Evesque. “Le bilan carbone négatif, les haies, les couverts végétaux... Ça parle aux gens !“ Seulement, entre les convaincus et les sceptiques, l'appétence pour une plus-value et les impératifs techniques et économiques d'une conversion, le bio fait débat. 

Pourquoi pas le bio ? 

De moins d'1 Ml à 2,9 Ml, la part des ventes de l'IGP Cévennes en grande distribution (GD) a grimpé. Le bio pourrait tirer profit de cette hausse, dont les ventes sur ce circuit oscillent entre 2 200 hl et 2 900 hl, selon le stade de conversion. “Vous avez intérêt à axer votre stratégie sur le bio, car il y a de plus en plus de demande des consommateurs“, conseille Christophe Jammes.

Du côté de la coopération, le discours est plus modéré. Le bio en soi n'est pas balayé, “mais mieux vaut y aller progressivement“, glisse Philippe Dry, directeur général des Vignerons Ardéchois. Avec 500 ha de surfaces bientôt converties, “on ne peut pas ignorer ceux qui ne travaillent pas en bio“, plaide-t-il. D'autant que “les gens veulent une constance de prix“. À coup d'écarts de 30, voire 50 %, la bascule vers une autre tranche de consommateurs n'est pas forcément gagnée. “On ne pourra pas suivre“, affirme le directeur général. Pour Anthony Bafoil, président de la cave coopérative de Lédignan, la transition s'annonce trop compliquée pour ceux qui font surtout du vrac. “Il faut un timing plus long que trois ans.“ “C'est nécessaire, mais il faut y aller avec des pincettes“, soutient Maurice Barnouin (Domaine de Gournier), en référence au mauvais souvenir du mildiou de 2018, “catastrophique“ pour les vignerons bio. “Il faudra vendre plus cher, car on produira moins. Les plus gros rendements et les entrées de gamme vont disparaître“, renchérit Loïc Evesque.

Si la problématique diffère quelque peu entre coopératives et domaines, l'idée de “travailler sur un calendrier pour ne pas perdre de parts sur plusieurs années“ ferait sens, selon Patrick Compan, vice-président de la cave des Coteaux de Saint-Maurice. 

Philippe Douteau

 


GardIGP Cévennes Indication géographique commercialisation vin rosé rouge blanc territoire marque bio