Gard : Histoires d'eau

Publié le 11 décembre 2019

Philippe Chevalier (élu référent ‘eau’ à la CA 30), Magali Saumade (présidente de la CA 30) et Dominique Colin (directeur régional de l'Agence de l'eau RMC).

Partenaires historiques depuis 30 ans dans le Gard, la Chambre d'agriculture et l'Agence de l'eau Rhône-Méditerranée-Corse ont signé une nouvelle feuille de route pour trois ans. Ce nouvel accord cadre de coopération entend réaffirmer les engagements communs pris pour reconquérir et pérenniser les ressources en eau. à l'heure où le changement climatique bouscule les donnes culturales et impactera sans doute les productions agricoles, une gestion plus fine de l'eau se profile de plus en plus précisément.

Forte d'une démarche engagée depuis 1989, la Chambre d'agriculture du Gard a fait figure de précurseur en ex-Languedoc-Roussillon. Trente ans après le premier partenariat engagé avec l'Agence de l'eau RMC, qui a permis de tester des itinéraires alternatifs et d'implanter des cultures intermédiaires pièges à nitrates (Cipan), en instaurant un "mode d'emploi pour les agriculteurs" en matière de fertilisation, la Chambre a été "visionnaire", comme l'a souligné Dominique Colin. Le directeur régional de l'Agence RMC a salué le rôle de l'organisme gardois, le premier "qui s'est lancé dans ce défi du changement climatique" en région. à l'occasion de la signature de ce nouvel accord cadre de coopération, à la cave coopérative de Cardet, la présidente de la Chambre d'agriculture, Magali Saumade, a rappelé l'implication des équipes dans la mise en œuvre des mesures d'amélioration qualitative et de gestion de l'eau, des stratégies environnementales et des nécessaires stockages de la ressource.

Anticiper les impacts climatiques sur les modes de production

La poursuite des aménagements du territoire et des actions à mener jusqu'en 2021 nécessite un support stratégique, afin d'évaluer les besoins et d'ajuster les pratiques agricoles. En ce sens, la Chambre d'agriculture a mené une étude se basant sur "des calculs de projection pour quantifier l'évolution climatique et ses impacts". Ingénieure conseil à la Chambre, Anne Astier a présenté les effets observés sur quatre stations de référence du département, selon des projections faites jusqu'en 2021. Des indicateurs agroclimatiques ont ainsi été prélevés sur les secteurs d'Alès, Bagnols-sur-Cèze, Vauvert et au Vigan. Conduite sur cinq filières (arboriculture, viticulture, grandes cultures, maraîchage et horticulture), l'étude a analysé 50 indicateurs, selon l'hypothèse d'un scénario médian retenu.

Vers une variabilité accrue des conditions climatiques

Cinq d'entre eux ont été présentés ce 29 novembre. Partant du constat faisant état d'une augmentation des températures de 0,85 °C en moyenne sur Terre depuis 1980, et selon le postulat d'une réduction par deux des gaz à effets de serre d'ici la fin de ce siècle, une plus grande variabilité des conditions climatiques est à prévoir. Ainsi, sur Alès, la température moyenne annuelle était de 13,8 °C un an sur deux à la fin du XXe siècle, indique Anne Astier, qui prévoit "16,2 °C de température moyenne à la fin du siècle", ainsi qu'une "forte baisse du nombre de jours de gel, de 13 à 4 jours en moyenne en un siècle".

Les cumuls mensuels de précipitations ont enregistré une baisse de 13 mm sur 30 ans, et de 50 mm en fin de siècle. Elles seront moindres au printemps et en été, avec un regain de cumuls en septembre et octobre, puis une chute en novembre. De 1976 à 2005, les cumuls de pluie annuels étaient établis à 917 mm, puis à 904 mm entre 2021 et 2050, et à 862 mm d'après les projections pour 2071-2100. Sur un mois comme septembre, au cours duquel les précipitations maximales s'élevaient à 200 mm, "on s'attend à un maximum de 300 mm, soit une hausse de 40 mm sur la variabilité interannuelle". Par augmentation de ces variabilités, il faut comprendre que les saisons seraient marquées par de fortes sécheresses en alternance avec de fortes précipitations.

Les jours de canicule, durant lesquels les 35 °C sont dépassés, de juin à mi-septembre, vont s'intensifier, d'après les rendus de l'étude. De sept jours maximum au XXe siècle, ces pics caniculaires vont s'observer "presque un jour sur deux, dans le secteur d'Alès, voire jusqu'à 45 °C".

Philippe Douteau


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