Gard : Grappes échaudées, agriculteurs sinistrés

Publié le 09 juillet 2019

Une parcelle de vigne qui n'a pas résisté aux plus de 45 °C. Les cépages carignan et muscat ont été les plus touchés, ainsi que les vignes en bio, qui ont été traitées au soufre dans les jours précédant la vague de chaleur.

Le 28 juin, les départs de feu ont brûlé 550 ha, tandis que le thermomètre a explosé tous les records, causant l'échaudage des cultures, la vigne en tête. Alors que le ministre de l'Agriculture est attendu ce vendredi 5 juillet, le préfet a constaté les dégâts et les paysages de désolation dans le secteur de Montfrin.

Rendez-vous était donné par les agriculteurs au préfet du Gard à la cave coopérative de Montfrin, ce mardi 2 juillet. Un point critique des épisodes survenus en fin de semaine dernière, témoin d'un départ de deux incendies ravageurs, mais aussi de chaleurs fatales pour les cultures, la vigne notamment. Non seulement le département a dû faire face à 31 feux simultanés, une situation inédite pour les pompiers, mais de plus, les grappes ont été fortement échaudées par les pics de chaleur dépassant les 45°C, le 28 juin. Didier Lauga a assuré aux agriculteurs sinistrés que le dispositif des calamités agricoles serait enclenché, une fois les recensements des dégâts dûment effectués. Selon les zones, les pertes en vignes sont estimées de 20 % jusqu'à 80 % en Costières.

Impuissants face aux flammes

"La vigne peut repartir, mais pas le matériel", a lancé Jean-Louis Portal au préfet, Didier Lauga. "Les grappes sèchent, notre récolte se perd. Dans un an, c'est une baisse de revenus pour les agriculteurs", alerte le secrétaire général de la Chambre d'agriculture.

"J'ai vu tout brûler, j'ai rien pu faire", raconte Vincent Bonnard au préfet, la gorge serrée. Gérant du Mas Baudin avec sa sœur Amélie depuis 2015, ils ont perdu toutes leurs installations dans l'incendie. 520 oliviers, l'atelier oléicole, les tracteurs, une partie de leur miellerie, des stocks de vin... Partis en fumée. Par chance, les vignes ont été épargnées. "Tous nos matériels étaient d'occasion", explique Amélie Bonnard, qui estime les pertes sèches à plusieurs milliers d'euros. "On n'a plus rien à vendre", se désole l'agricultrice. D'autant que les frères et sœurs doivent faire face au "mur" FranceAgriMer, depuis que le site Vitirestructuration a connu des bugs, qui les ont empêchés de remplir à temps leur demande d'aide à la plantation, au palissage et à l'irrigation. "Il y en a pour 20 000 €", estime Amélie. André Horth, directeur de la DDTM du Gard, est confiant pour la reconnaissance des récents plantiers par les services de FranceAgriMer.

"Il faut que l'Etat agisse vite, dès la semaine prochaine !", exhorte Clément Leroux, un jeune vigneron, qui déplore "10 à 20 % de pertes, pour l'instant, mais s'il ne pleut pas, on risque 50 % de récoltes perdues".

Le canal asséché et la Voie verte mis en cause

A quelques kilomètres, Daniel Joubert, des Jardins de Saint-Etienne, route de Jonquières, a aussi perdu ses deux tracteurs dans les flammes. En face, séparée de la route par la Voie verte, qui relie Beaucaire au Pont-du-Gard sur 31 km, la parcelle d'oliviers de M. Pouzet n'a pas échappé à la langue de feu, causant la perte de 50 arbres. "Les buttes du Conseil départemental ne sont pas entretenues, la voie verte est toute sèche", s'agace-t-il. Et il n'est pas le seul à pointer du doigt les manquements aux obligations d'entretiens de ces espaces en friche, qui "favorisent" les incendies, comme le canal, a rappelé Jean-Louis Portal au préfet Lauga. "On a tiré la sonnette d'alarme ! Ce canal, personne ne s'en occupe, ça pousse dans tous les sens. Il y a une responsabilité collective", admet le secrétaire général de la Chambre d'agriculture, qui réclame un maintien des engagements pris par l'ASA du canal d'irrigation, plus alimenté en eau dans sa partie supérieure depuis les crues de 2002, "entre Remoulins et Beaucaire", précise André Horth. Jugeant la situation "insupportable", le préfet a annoncé qu'il organiserait une réunion avec l'ASA "d'ici huit jours". Il s'était déjà fendu d'un courrier, en vue d'une dissolution de l'association. La responsabilité de la structure pourrait alors être engagée.

Philippe Douteau

 


A Montfrin, le canal d'irrigation, plus en service dans sa partie nord depuis les crues de 2002, est montré du doigt, en raison du manque d'entretien de ses abords qui n'aura pas empêché le feu de se propager.

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