Gard : front commun pour les Vignerons indépendants et la coopération

Publié le 21 octobre 2021

À la cave coopérative de Durfort. Sébastien Pons (Groupama Méditerranée), Pierre Jauffret (VI 30), Anthony Bafoil (Vignerons coopérateurs 30), Patrick Viala (Chambre d’agriculture) et David Sève (FDSEA 30). © Ph. Douteau

Pour marquer le coup de la tournée préfectorale des vendanges, les Vignerons indépendants et les Vignerons coopérateurs du Gard ont fait cause commune pour alerter la préfète des risques potentiels d’un décrochage de certains vignerons dépassés par les aléas et un contexte économique tendu, malgré les dispositifs activés.

La Fédération gardoise des Vignerons indépendants et celle des Vignerons de la coopération agricole ont "pour la première fois", mêlé leurs forces pour une tournée des vendanges au goût un peu amer, comme l'a souligné Anthony Bafoil. Dans le nord du Gard, jusqu'aux portes des Cévennes, la viticulture gardoise a fait escale, le 7 octobre, au Domaine des Arnasseaux, à Cardet, avant de faire une halte à la cave coopérative Les Coteaux cévenols de Durfort. "Ce secteur a été très touché par le gel, avec jusqu'à 70 % de pertes", a précisé le président de la section gardoise des Vignerons coopérateurs d'Occitanie. Sur le territoire, un tiers des exploitations auraient perdu au moins 50 % des récoltes, un autre tiers 25 %, quand le reste aurait été plus faiblement impacté. Chez les Vignerons indépendants, les 30 % de pertes sont évaluées par rapport à la campagne précédente. Aussi faut-il les considérer de l'ordre de 40 % "par rapport à une année dite normale", précise Pierre Jauffret, président de la Fédération gardoise des Vignerons indépendants. 

Assurance et reconnaissance 

Pour Guilhem Peladan, le gel de 2021 aura marqué un tournant. Au domaine familial des Arnasseaux à Cardet, le vigneron déplore 80 % de pertes, malgré "un millésime parfait". S'il n'était jusque-là pas assuré, il a été en capacité d'acheter un peu de récolte, mais "à l'avenir, la question va se poser", reconnaît-il, alors qu'il a rempli une déclaration de reconnaissance pour les calamités agricoles. "C'est inédit."  Tout dépendra "du taux de reconnaissance des calamités", répond la préfète Marie-Françoise Lecaillon à la coopération agricole, inquiète que les baisses d'aides de l'État ne signent l'arrêt d'activité pour des viticulteurs trop durement touchés. Or, les assureurs ne peuvent plus suivre. "On attend beaucoup de ce nouvel outil en 2023, pour que les indemnités soient calculées en fonction des pertes individuelles", déclare David Sève, président de la Fdsea du Gard. "Il faut faire des simulations. Mais ce n'est pas la même vérité pour tous les agriculteurs", indique la préfète. Entre le système de barème, comme pour les fruits et légumes, et la moyenne olympique pour chaque exploitant, le juste (et le meilleur) équilibre devra satisfaire tout le monde, notamment les non-assurés, pour aborder 2022.  

Plan gel : copie à revoir

Alors que les coopératives ont subi 30 % de pertes, soit "55 à 60 % sur une année normale", estime Anthony Bafoil, celle de Durfort a accusé un recul de 35 à 40 %, selon les prévisions de son président, Michel Souchon. Sur 630 hectares, la cave n'envisage qu'une récolte de 24 000 hl, certes "un peu mieux qu'espéré", mais loin des 32 000 hl de 2020, en IGP Oc, essentiellement en vrac, en AOP Duché d'Uzès ou IGP Cévennes. Entre le peu de viticulteurs assurés (moins de 30 %), et le manque de renouvellement des coopérateurs – "seuls trois jeunes se sont installés" – la cave est "condamnée à faire de la qualité", comme l'a expliqué le président à la préfète, comptant 37 % des parcelles en AB, et 43 % d'engagement en HVE. "Il reste 15 000 hl de la précédente récolte que le négoce retire peu. On manque de visibilité sur les prix", déplorant une absence d'acomptes versés dans le cadre de la loi Egalim. 

Malgré l'annonce du Premier ministre, Jean Castex, de débloquer un fonds de solidarité de 1 Md€, des points restent à éclaircir, voire à repenser, pour Anthony Bafoil. Rappelant que ce plan exceptionnel de 1 Md€ est destiné à une profession qui n'a pas eu "le même impact selon les secteurs et les productions", la préfète du Gard a aussi mis en avant l'effort du fonds d'urgence, d'abord de 450 000 €, puis "monté à 680 000 €", alors qu'Anthony Bafoil évoquait l'effort du département voisin, à hauteur de 5 M€ pour l'agriculture héraultaise gelée. "Un engagement est pris, mais il faut des mesures concrètes", a-t-il lancé à destination du Conseil départemental. 

Le Comité national de gestion des risques en agriculture (CNGRA) se tiendra le 17 novembre, afin d'ouvrir les indemnisations au titre des calamités agricoles.

Philippe Douteau 


Le 7 octobre, la préfète du Gard, Marie-Françoise Lecaillon, a répondu à l’appel des Fédérations gardoises des Vignerons indépendants et des Vignerons coopérateurs d’Occitanie, présidées par Pierre Jauffret et Anthony Bafoil. © Ph. Douteau

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