Gard : au tour de l'eau

Publié le 02 février 2021

Le Canal du Rhône à Sète relie l’étang de Thau au Rhône, à Beaucaire. Il est “le point le plus bas de la Camargue”, expliquait Guy Marjollet, directeur adjoint à la CA 30. © Ph. Douteau

Le partenariat qui lie la Chambre d’agriculture du Gard et l’Agence de l’eau Rhône Méditerranée Corse ne date pas d’hier. Et devrait logiquement se poursuivre en vue du nouvel accord-cadre 2022-2027 en cours d’élaboration. Le 21 janvier, Magali Saumade avait donné rendez-vous à la nouvelle directrice de la délégation territoriale de Montpellier de l’Agence de l’eau, Karine Bonacina, à la coopérative de Gallician, puis chez un vigneron bio, avant une présentation des travaux de la Chambre, au Centre du Scamandre.

Sujet inépuisable de débat, de politiques publiques et de recherche, mais ressource à maîtriser pour sa pérennité, l'eau est plus que jamais au cœur des réflexions. Pour assurer une meilleure gestion et préparer les agriculteurs aux contraintes techniques qui s'amplifient à mesure que les conséquences du changement climatique s'intensifient, les besoins sont variés, et les actions de terrain déjà engagées. 

Comment mieux optimiser l'eau ? De quels moyens les filières agricoles disposent-elles pour réaliser les économies nécessaires ? Les pistes ne manquent pas, et les projets menés depuis des décennies par la Chambre d'agriculture du Gard et l'Agence de l'eau RMC ont déjà apporté des éléments de réponses. 

Des engagements à soutenir 

Pour éviter de sacrifier et de "perdre l'agriculture au fil de l'eau", la présidente de la Chambre d'agriculture du Gard a prévenu que le secteur était "à la croisée des chemins", lors de la visite des élus, des techniciens et d'une délégation de l'Agence de l'eau RMC à la cave coopérative de Gallician. Concurrence sur les marchés, moyens nécessaires pour assurer les transitions agroécologiques et conserver des revenus décents, les agriculteurs sont, dans l'ensemble, soucieux de la stabilité économique de leurs exploitations, notamment viticoles. D'où l'importance, pour aider aux financements des projets portés par la Chambre d'agriculture, de l'oreille et du soutien de l'Agence de l'eau RMC. Engagée à "aider la profession pour aller vers de nouvelles démarches, comme l'agriculture biologique", la nouvelle directrice de la délégation territoriale de Montpellier, Karine Bonacina, a assuré que l'Agence de l'eau RMC ferait "remonter les messages", en précisant "que nous ne sommes pas le ministère de l'Agriculture". 

En 2020, dans la zone Rhône, Méditerranée et Corse, la structure a financé près de 3 400 projets pour plus de 373 M€, dont "90 M€ sur les quatre départements littoraux du Languedoc-Roussillon", tels que des projets d'aires de lavage, d'aides à l'équipement de matériel, a ajouté la directrice.

Contraintes techniques en zone vulnérable

Parmi les engagements des agriculteurs à concilier environnement et plus-value économique, la certification HVE (Haute valeur environnementale) fait partie des démarches entreprises par la cave coopérative de Gallician. Son président, Jérémy Teissier, a d'ailleurs rappelé les efforts de nombreux coopérateurs en AB, qui ont pu "mutualiser les frais pour la HVE". Car, la HVE, indique-t-il, représente aussi "des contraintes techniques pour le vigneron". Les indicateurs de biodiversité, de fertilisation, d'usage de l'eau, de réduction des IFT, sont recalculés chaque année, pour se rapprocher des exigences requises. Accompagnés par la Chambre d'agriculture, les vignerons ont opté pour le travail du sol mécanique ou l'enherbement. La question du coût de l'achat d'interceps, par exemple, est à prendre en compte. D'où "un besoin d'accompagnement technique", glisse Jérémy Teissier. Sur sols caillouteux, notamment, le désherbage nécessite plus de temps à la parcelle. Entre l'enherbement naturel et l'enherbement choisi, la restitution d'azote est un bénéfice grâce aux légumineuses, "mais cela a un coût", atteste Thierry, un coopérateur. "Il faut semer tous les cinq ans, soit 200 €/ha". 

De son côté, Stéphane Caupert, vigneron sur la commune, évoque le juste équilibre à trouver "entre la réduction des traitements et le passage du tracteur". Si les interceps pèsent dans la balance ("entre 15 000 et 20 000 €"), ils permettent de travailler "à tout moment". Installé en zone vulnérable, il faut d'autant plus "être attentif à l'eau", précise le viticulteur, qui n'a pas touché à ses sols depuis les vendanges. Quant à l'épisode extrême de canicule en juin 2019, malheureusement, "rien ne peut résister !" 

Une coopération prolifique 

En raison des aléas de plus en plus fréquents, entre les vagues de sécheresse et les inondations, comme celles qui se sont abattues dans les Cévennes en septembre 2020, "le changement climatique se fait de plus en plus prégnant", souligne Philippe Cavalier, élu référent 'Eau' à la Chambre d'agriculture du Gard. "La gestion de l'eau est prépondérante sur le territoire", appuie Magali Saumade, se félicitant du travail commun avec l'Agence de l'eau RMC depuis la fin des années 1980. "Les agriculteurs doivent être considérés comme des alliés dans la gestion de l'eau. Nous sommes les premiers impactés quand il y en a trop ou trop peu !" Comme pour le désherbage à la vigne, tout est question de bon dosage. 

Au Centre de découverte du Scamandre à Vauvert, en pleine réserve naturelle régionale, élus et techniciens ont profité de la rencontre pour revenir sur tous les travaux menés de concert avec l'Agence de l'eau RMC au cours des accords-cadres successifs, financés à hauteur de 70 % par l'Agence de l'eau et 30 % par la CA 30. 

Le contrat de coopération 2019-2021 a ainsi permis de mener à bien divers projets, comme l'a rappelé Philippe Cavalier. Six études ont été conduites avec les syndicats de rivière pour déterminer les besoins en eau et limiter les prélèvements, une trentaine de partenariats avec les collectivités ont été animés sur les captages du Gard pour modifier les pratiques et former les agriculteurs en vue de "reconquérir la qualité de l'eau", et une mission d'expertise et de suivi des épandages (MESE) a permis de valoriser les boues de STEP (stations d'épuration urbaines), épandues à 90 % sous forme de compost, d'éditer un guide régional ou de suivre les épandages de caves vinicoles et de deux distilleries. 

La modernisation des canaux d'irrigation, la recherche de cultures moins gourmandes en ressource et l'irrigation raisonnée à la parcelle ont fait économiser à l'agriculture gardoise 13,5 millions de m3 d'eau par an. Un chiffre éloquent qui valide ces démarches convergeant vers une gestion quantitative de l'eau. Karine Bonacina a d'ailleurs salué ce "travail de qualité reconnu", attestant que l'Agence de l'eau RMC sera un "moteur" pour le futur accord-cadre des six prochaines années.

Philippe Douteau 


Magali Saumade et Karine Bonacina, directrice de la délégation territoriale de Montpellier de l’Agence de l’eau RMC depuis juin 2020, au Centre du Scamandre, à Vauvert. © Ph. Douteau

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