Foire d'Espezel : la gasconne des Pyrénées à l'honneur

Publié le 02 novembre 2022

L'Aude est le premier département de géniteurs de la race gasconne des Pyrénées. Une trentaine de génisses, âgées de 8 à 30 mois, ont été vendues cette année durant le week-end de la foire. © J.-L. Pull

Après deux ans d'absence, la Foire d'Espezel était de retour les 22 et 23 octobre derniers. Présentation de bovins, ovins, équins et porcins, concours et animations étaient au programme. 

Si l'élevage dans l'Aude pèse peu comparativement à la viticulture sur le plan économique, il occupe toutefois 65 % du territoire. "Il joue donc un rôle important dans l'ouverture et l'entretien des paysages", défend Jean-Luc Pull, responsable du Pôle élevage à la Chambre d'agriculture de l'Aude, et "chef d'orchestre" de l'organisation de la Foire d'Espezel, le rendez-vous annuel de la filière qu'aucun éleveur ne veut manquer.

Pour sa 43e édition (ou 45e, si l'on inclut les deux années où la manifestation a été annulée en raison de la pandémie, ndlr), une fois l'estive terminée, la Foire d'Espezel a mis, une fois encore à l'honneur, la filière élevage du département, avec un coup de projecteur sur la gasconne des Pyrénées, dont le "berceau" se situe entre l'Aude et l'Ariège.

Concours et ventes de gasconnes des Pyrénées

Si la gasconne des Pyrénées pèse autant en effectif que la limousine, soit 3 000 bêtes pour chacune de ces races, sur un cheptel total de 12 000 vaches allaitantes, elle se distingue cependant de sa congénère par l'importance de ses géniteurs. En effet, l'Aude est le premier département de géniteurs de la gasconne des Pyrénées en France. Aussi rien de plus normal que d'organiser un concours dédié à cette race, auquel ont participé une soixantaine d'animaux élevés par une vingtaine d'éleveurs. Pour pouvoir concourir, "l'accent est plutôt mis sur la préservation de la lignée et le niveau sanitaire que sur les caractères génétiques de l'animal", détaille Jean-Luc Pull. Si, d'une année à l'autre, on retrouve le même noyau d'éleveurs, cette année, "des jeunes éleveurs qui viennent de s'installer ont également participé. Cela fait plaisir de voir les jeunes générations intéressées par la préservation de cette race", se réjouit-il.

En parallèle, une trentaine de génisses, âgées de 8 à 30 mois, ont été mises à la vente, les prix oscillant de 800 à 1 800 €, selon leurs catégories d'âge, mais aussi leurs origines génétiques sur le père et la mère. Dernier critère particulièrement recherché : la docilité de l'animal. En termes de prix, "on peut trouver des animaux moins chers, mais qui présenteront moins de garanties sanitaires et génétiques que ceux qui se vendent lors de cette foire", précise le responsable du Pôle élevage. Inutile de dire que toutes les génisses vendues ont, de ce fait, trouvé preneur. Enfin, 12 grosses vaches gasconnes pour la boucherie étaient également à la vente.

Et parce qu'il n'y a pas que des gasconnes des Pyrénées dans l'Aude, une autre race de bovins allaitants des Pyrénées était aussi mise sous les feux des projecteurs lors de la foire, à savoir l'aubrac. Mais si la Foire d'Espezel est avant tout la foire de l'élevage audois et de sa mise en avant, les autres élevages n'étaient pas non plus oubliés.

Autres élevages dans l'Aude

Une centaine de brebis de différentes races présentes dans l'Aude (Lacaune, Tarasconnaise, Tarasconnaise croisée, Rouge du Roussillon, Montagne noire…) étaient aussi de la fête avec, cette année, pour particularité, l'organisation d'un concours autour de la rouge du Roussillon. "Deux juges devaient noter tant pour les brebis que pour les agnelles la conformation des bêtes suivant le type de la race et leur état général. Reste que pour ce dernier critère, cette année est particulière car, avec la sécheresse, et le manque d'herbe qui s'en est suivi, l'état général des bêtes était moins bon que l'an passé", souligne Jean-Luc Pull. Et de relever les bonnes performances des brebis, comme des agnelles de l'élevage de Yann Vetois, éleveur en bio de rouges de Roussillon, installé à Fanjeaux.

De même, quelques présentations d'équins, surtout des races de chevaux lourds que l'on retrouve sur la partie des Pyrénées audoises (comtois, croisé percheron…) ont été faites et des promenades organisées, ainsi que des présentations de porcins. "Normalement, on présente aussi des volailles pour donner un panorama complet de l'élevage dans notre département, mais cela n'a pas été possible cette année en raison des restrictions imposées par la grippe aviaire", commente-t-il. Entre les présentations d'animaux, les animations, dont la tonte de brebis et la conduite d'un troupeau avec les chiens de berger, la restauration sur place avec des produits locaux, et la démonstration de matériels par la Fédération départementale des Cuma, les deux jours de foire ont attiré entre 35 000 et 40 000 visiteurs. Objectif atteint. Mais si l'élevage attire le grand public et que des jeunes s'installent, la filière est dans une crise profonde.

Des temps difficiles

Avec la guerre en Ukraine et la sécheresse de cet été, la filière élevage traverse une période difficile, voire "une crise profonde, en cumulant crise économique et crise climatique", pointe le responsable du Pôle élevage. Avec les coups de chaleur à répétition tout au long de l'été, la filière a enregistré une perte de 45 à 50 % de la ressource fourragère tant dans les zones de piémont que dans les zones d'estive (une première, ndlr), "ce qui met à mal les systèmes d'élevage qui ont tendance à essayer d'économiser sur l'alimentation".

Or, la filière était déjà à la peine avec l'explosion des prix des intrants (engrais, alimentation concentrée) et des carburants, à la suite du conflit russo-ukrainien. "Les deux cumulés affectent fortement le moral et le portefeuille des éleveurs", souligne-t-il. Conséquence : certaines exploitations ont commencé à décapitaliser, faute de nourriture pour leurs animaux et de trésorerie. Si les calamités agricoles pourront être activées, des exonérations de charges sociales et de TFNB enclenchées, "les modèles d'élevage devront être revus pour être plus résilients", conclut Jean-Luc Pull.

Florence Guilhem


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