Fitou : L’AOC vise une identité de terroir  

Publié le 08 novembre 2022

Alain Gleyzes, président, et Jean-Marie Fabre, vice-président de l’AOC Fitou, comptent poursuivre la stratégie de l’appellation, orientée vers les marchés export porteurs pour les rouges, “l’image et l’ADN de l’AOC“ (© Ph. Douteau).

La première appellation du Languedoc revient à des niveaux volumiques encourageants, après une récolte 2021 amputée par les aléas climatiques. Malgré une baisse de consommation sur les rouges, son cœur de marché, sur fond de tensions avec l’interprofession, l’AOC Fitou travaille à son repositionnement.

Appellation bicéphale par excellence, comme aiment à le rappeler les président et vice-président, Alain Gleyzes et Jean-Marie Fabre, l’AOC Fitou, plus ancienne appellation régionale en rouge, attend “un beau millésime qui augure de belles choses”, avance Jean-Marie Fabre. Entre terre et mer, le terroir a bien souffert de la sécheresse, mais les promesses qualitatives seront tenues, assure Alain Gleyzes, président de l’ODG Fitou.

Comptant sur des volumes estimés à 60 000 hectolitres, bien supérieurs aux 47 000 hl de l’an dernier, l’appellation revient à une année “presque normale” en termes de volumes. Et compte sur cette remise à niveau pour continuer à “sublimer” le carignan, dans un contexte climatique auquel le cépage phare a sa carte à jouer, tout en poursuivant la stratégie de repositionnement de l’AOC, initiée par Jean Daurat-Fort, l’ancien président de l’ODG Fitou pendant neuf ans, comme l’a souligné Jean-Marie Fabre, lors d’une conférence de presse au Domaine de la Rochelierre, à Fitou, le 27 octobre. 

Le carignan en force

Indéniablement, la pluie a cruellement manqué en Fitou cette année. Si l’appellation a connu des précipitations printanières bienvenues, depuis, le secteur n’a enregistré que 7 mm d’eau. “Cette année, les terres ont reçu un peu plus d’eau que côté mer, mais rien de flagrant”, note le président Alain Gleyzes. Dans ce “triangle désertique” pourtant, Jean-Marie Fabre attend un millésime “topissime en qualité et en équilibre”, en raison, notamment, de la force de résilience du carignan, cépage emblématique de l’appellation “qui peut endurer des niveaux extrêmes”. 

Entre le bord de mer et les Corbières, le terroir du Cru Fitou doit composer avec un climat sec et venteux, balayant les sols calcaires et schisteux.

Par “chance”, le carignan y trouve là tout son potentiel expressif, souligne le vice-président de l’ODG. Le cépage, pièce maîtresse historique de l’appellation, a toujours “primé”, dans un contexte climatique de plus en plus difficile à appréhender. Présent sur près de 40 % de l’aire d’appellation (environ 2 400 hectares), le carignan est l’une des cartes que l’AOC veut garder en main pour “redonner une dimension en communication et en repositionnement” à des vins combinant “équilibre et puissance”, souhaite Jean-Marie
Fabre. 

Redevenir offensif sur les rouges

Engagée par Jean Daurat-Fort, la dynamique de positionnement de l’appellation doit s’accommoder de la donne climatique, tout en affinant une “identité de terroir”, pour conquérir de nouveaux marchés. Au sein de la commission technique, l’ODG s’autorise la possibilité de “tout étudier”, indique le vice-président. Fortement ancrée sur les rouges, l’AOC Fitou mise sur son ADN, malgré la tendance à la baisse sur ce segment. “La consommation baisse, mais le rouge reste la consommation majoritaire”, indique Jean-Marie Fabre. “C’est notre cible.”

Aussi, la communication va consister, entre autres, à réinvestir durablement les marchés des pays d’Europe du Nord et d’Asie, où le rouge représente toujours “60 % du marché chinois”. Et si le rosé prend des parts de marché en Europe et en Europe du Nord, pour Fitou, c’est le rouge qui prédomine. “Il faut y être offensif”, insiste le président des Vignerons indépendants, alors que le contexte de commercialisation à l’export (traditionnellement sur le Benelux et l’Angleterre) est chamboulé. 

Redimensionner l’appellation sur le rouge 

Dans un contexte de scission au sein du CIVL (Conseil interprofessionnel des vins du Languedoc), sur fond de litige avec les metteurs en marché direct (MMD) depuis juillet 2021, l’AOC Fitou veut peser sur de nouveaux marchés propices au rouge, alors que l’accent a été mis par l’interprofession sur les vins du ‘Languedoc’ et les rosés sur le marché nord-américain. Or, la tendance en rouge ne saurait être négligée. “Il fallait redimensionner l’appellation”, appuie Jean-Marie Fabre. “On demande les mêmes parts de marché sur les rouges, pour vendre, et vendre mieux.”

Pour tenter de dénouer la situation au sein du CIVL, que le Cru Minervois a quitté, et dont les appellations Corbières, Faugères et Malepère ont annoncé vouloir s’éloigner, une commission de conciliation a été mise en place. Prévue pour répondre aux attentes des appellations, notamment quant à la “réintégration des MMD dans le collège des metteurs en marché”, comme l’indiquait le président du CIVL, Christophe Bousquet, cette commission est attendue ce mois-ci. “J’attends une proposition de date début novembre”, déclare le président de l’ODG Fitou, Alain Gleyzes. Hors du CIVL pendant près de dix ans, le Cru Fitou y est revenu “il y a huit ans, sous l’impulsion de Jean Daurat-Fort et de Jean-Marie Fabre”, indique-t-il, pointant du doigt cette “erreur stratégique” d’avoir écarté les MMD du collège des metteurs en marché par l’Union des entreprises viticoles méditerranéennes (UEVM).

Composée du président du CIVL et de quatre représentants des collèges des producteurs et des metteurs en marché, cette instance de conciliation saura-t-elle apaiser les dissonances ? Rien n’est moins sûr, selon Alain Gleyzes, qui évoque une sortie prévue, à ce jour, pour janvier 2024. 

Philippe Douteau

 


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