Filière chanvre : un nouvel eldorado pour les agriculteurs ?

Publié le 15 février 2022

Juin 2021, dans la parcelle de chanvre, à Gourvieille, dans l’Aude, sept semaines après le semis. La plante atteignait alors entre 40 et 60 cm de hauteur. © Chanvre Occitan

La filière chanvre textile connaît un renouveau en Occitanie. De l’amont à l’aval, sa structuration est en cours. À cette occasion, Ad’Occ organisait une demi-journée, le 31 janvier, intitulée "De la plante aux vêtements, venez découvrir et prendre part à la filière chanvre en Occitanie".

À l’heure où la filière chanvre refait la Une des médias avec la publication, le 31 décembre dernier, au Journal officiel, de l’arrêté autorisant la récolte de la fleur et de la feuille, permettant une valorisation complète du chanvre et relançant cette filière en plein essor, Julien Bonnet, co-fondateur de Chanvre Occitan rappelle "qu’il n’y a pas que le CBD qui offre un débouché intéressant pour le chanvre. Cette plante a en effet de multiples potentiels pour l’industrie textile, l’alimentaire, les matériaux de construction ou encore l’alimentation animale". 

Sans compter la place privilégiée qu’elle occupe dans la transition agroécologique, car elle est un puits de carbone, elle laisse les parcelles propres et y favorise la biodiversité. "Par ailleurs, elle n’a pas besoin de beaucoup d’irrigation. Elle utilise peu, voire pas d’intrants, et résiste bien aux maladies. Enfin, elle est adaptée à nos terroirs, et est source de rémunération pour les agriculteurs, d’autant que chaque partie de la plante peut être utilisée : la graine, la fleur, la chènevotte et la fibre", ajoute Mathieu Ebbesen-Goudin, président de la coopérative à intérêt collectif VirgoCoop, créée en 2018, à Cahors.  

Aussi entre les enjeux environnementaux, le regain du ‘Made in France’ et le retour aux matières nobles et naturelles, relancer la filière chanvre pour la fibre textile est apparue comme une évidence tant pour VirgoCoop que pour le co-fondateur de Chanvre Occitan. Pour y parvenir, plusieurs objectifs sont définis : inciter les agriculteurs à planter du chanvre, créer des chanvrières, mettre au point une machine performante pour le défibrage, relancer l’implantation de filatures, le chaînon manquant, à vrai dire, pour la filière en Occitanie. "On a, en fait, un projet global du champ au produit fini", affirme le président de la coopérative.

Au champ :  7 départements  testés en 2021

Pour ce faire, Chanvre Occitan a passé des contrats avec une trentaine d’agriculteurs pour un total de 72 hectares, répartis entre sept départements (Aude, Aveyron, Gers, Hérault, Lot, Lozère et Tarn) afin de tester les différents terroirs. "Comme il n’est pas évident de remettre une culture en place, on leur a proposé de ne pas planter plus de 2 ha afin qu’ils ne prennent aucun risque", détaille-t-il. Sur les sept départements, une fois la récolte passée, l’Aude, le Tarn, la Lozère et le Lot offrent, semble-t-il, le plus de parcelles adaptées pour cette culture, hormis, toutefois, à certains endroits de l’Aude, car les sols ont été beaucoup travaillés et ne sont pas assez vivants, selon Julien Bonnet. "Les résultats sont plus disparates dans le Gers, l’Ariège et l’Aveyron, mais c’est à confirmer, car peu d’essais ont été réalisés dans ces trois départements. Enfin, dans l’Hérault, si à l’ouest du département, la culture se révèle compliquée sur les contreforts de la Montagne Noire, autour de Pézenas, les résultats sont particulièrement prometteurs", détaille-t-il. Les terres les plus adaptées sont, en fait, des terres un peu profondes, argilo-calcaires ou argilo-limoneuses, plutôt non battantes, et surtout pas froides. Si le chanvre pousse aussi sur des terres caillouteuses, son développement n’est pas maximal. 

Production et prix

Sur les 72 ha en test, 172 tonnes de paille ont été récoltées en 2021, avec des rendements variant de 3,5 à 7 t/ha. Le prix payé à la tonne, initialement fixé à 400 €/t, a été, au final, de 340 €/t, après réfaction, du fait d’un problème de densité des fibres. "Avec un investissement à 880 €/ha pour l’achat de semences, l’azote et les frais de mécanisation, et un rendement à 2,6 t/ha, les agriculteurs font une  opération blanche. Ceux qui ne mettent pas d’azote ont un revenu supplémentaire. De plus, le chanvre est également rémunérateur dans le temps car, en raison de ses qualités agronomiques, les cultures semées derrière ont des rendements supérieurs", défend-t-il.

Pour les années suivantes, l’objectif est de focaliser, dans un premier temps, le développement des surfaces dans la partie nord de la région, pour atteindre 100 ha en 2022, puis 350 ha (capacité d’une ligne de défibrage durant un an, ndlr) en 2023 et 2024, avant de passer à 700 ha en 2025. 

L’enjeu du défibrage

Mais, pour cela, il faudra résoudre le principal et actuel enjeu de la filière, soit réussir à mettre au point une machine performante pour le défibrage des fibres longues du chanvre. "La ligne de défibrage mise au point par notre partenaire, Hemp-Act, est encore un prototype. Si les fibres extraites de la machine sont de belle qualité, son débit n’est pas encore au rendez-vous. Comme il y a encore du développement à faire sur celle-ci, on se focalise sur une machine aux États-Unis qui pourrait faire le job. Nous avons envoyé des pailles. On attend de voir quelle qualité de fibre on obtient avec leur machine. Suivant les résultats, on décidera si on l’achète ou pas, d’ici quelques semaines. L’autre option reste Hemp-Act, à condition qu’elle résolve son problème de débit", détaille le co-fondateur de Chanvre Occitan.

Conséquence : pour l’heure, les pailles n’ont pas été traitées, et un certain nombre d’entre elles sont encore dans les hangars des agriculteurs. En attendant la ligne de défibrage idoine, Chanvre Occitan est en pourparlers avec une entreprise normande, qui pourrait défibrer 60 à 80 t, le reste le serait dans le Lot. "On attend le retour des tests avant de prendre une décision", précise-t-il. Quand les 700 ha seront atteints en 2025, Chanvre Occitan et VirgoCoop envisagent deux options : soit des surfaces exclusivement développées dans un rayon de 70 à 80 km de la chanvrière à créer entre Caussade et Cahors, soit un développement au-delà de ce périmètre et l’achat d’une nouvelle machine, qui serait alors implantée dans l’Aude.

Si l’objectif de 700 ha est des plus modestes en comparaison des 5 000 ha de la Chanvrière de l’Aube, "nous avons fait le choix d’avancer tout doucement, car relancer une filière n’est pas une mince affaire. Une fois cela dit, on croit fermement à l’avenir de cette filière en Occitanie au vu des marchés à fort potentiel qui existent. Nous sommes très motivés, car on veut être un des vecteurs de l’agroécologie. Or, le chanvre est un levier pour changer les choses", conclut-il.

Florence Guilhem


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