Equidés : une filière à tous crins

Publié le 24 novembre 2020

Les centres équestres ont dû assurer l’entretien et le nourrissage des chevaux. En club, le coût d’un cheval s’évalue entre “250 et 350 € par mois de frais incompressibles”, selon Jacob Legros, président du Comité régional d’équitation. © DR

Le coup de sabot aux secteurs équestres d’Occitanie a bien marqué l’ensemble des structures et des métiers liés, de près ou de loin, aux activités hippiques et équines. D’avis des professionnels, le second confinement devrait moins entacher la filière, qui compte sur une reprise progressive et encadrée de ses activités avant la fin de l’année. La première phase de confinement a forcément causé dégâts et pertes, bien que toutes les structures n’aient pas eu à subir les mêmes blocages dus au Covid-19.

Le vent de la reprise, confirmé cet été et à la rentrée, est malheureusement retombé comme un soufflet, lors de l'annonce du reconfinement, à compter du 30 octobre. 

Couvrant divers secteurs, différemment impactés, le monde du cheval dans son ensemble comprend des victimes collatérales inéquitablement frappées par les pertes économiques, alors que tous les corps de métiers n'ont pas accès aux mêmes types d'aides. De l'activité agricole à la valorisation des chevaux et poneys, en passant par des prestations d'agritourisme, les professionnels de la branche équestre n'ont pas tous eu droit aux mêmes systèmes d'aides. Mais des dispositifs particuliers ont pu être débloqués en Occitanie.

Élevage équin : les ventes décalées 

Ils ont accusé le coup, mais ont pu sortir de l'ornière en reportant les ventes prévues de quelques mois. Les éleveurs ont ainsi pu décaler les transactions de mars, avril, au mois de juin. "L'aide régionale initiée par le GIE a été prévue pour couvrir le stockage pendant cette période durant laquelle ils ne pouvaient pas vendre", indique Jean-Louis Laurent, vice-président du Conseil des équidés d'Occitanie (CEO). En cause, les valorisations difficiles à maintenir pour les jeunes chevaux de sport âgés de 4 à 5 ans. À l'élevage, un poulain coûte environ 150 €/mois à l'éleveur, or, la pension revient à 400 €/mois pour le cavalier, "sans valorisation en face", car sans entraînement pour les courses, la note peut monter à 1 000 €/mois.

Heureusement, les circuits ont pu rester ouverts aux professionnels (dirigeants, moniteurs), à huis clos. "Lors du premier confinement, les cycles classiques ont été arrêtés", rappelle le président éleveur d'une association de poneys de sport (Élevage Montvert, Tarn). "90 % des concours ont fermé", regrette Jean-Louis Laurent, soit une perte de revenus conséquente et de fréquentation du public amateur. 

Rebond des ventes, courses en berne

Le vice-président du CEO a tout de même constaté un rebond des ventes entre juillet et septembre. "Les ventes de chevaux de sport ont bien marché", annonce-t-il, analysant la sortie du confinement vécue comme "une bouffée d'air frais" pour le secteur. La valorisation des produits de l'élevage a subi de plein fouet les conséquences du premier confinement, jusqu'en juin, mais se voit moins freinée lors de cette seconde séquence de restrictions. 

Secteur qui a été le plus à la peine, les courses ont marqué un coup d'arrêt. Si elles peuvent se tenir à huis clos, les entraîneurs, qui "vivent des pensions", et les éleveurs, pâtissent de la situation. "Pour les courses, il a fallu trouver un biais", explique Jean-Louis Laurent. "Les hippodromes, qui ont un statut à part, ont été aidés par un fonds exceptionnel du secteur associatif." Car "tout ne dépend pas des aides agricoles", précise-t-il. 

Effet domino

Clubs, sociétés de courses, hippodromes, les revenus économiques tirés de chaque activité font boule de neige sur l'ensemble de la filière. 

Les centres équestres ont, de fait, subi les conséquences des fermetures administratives, contraints de ne plus assurer les cours. Certains ont tout de même pu "changer leur fusil d'épaule" en devenant des écuries de propriétaires, après la vente de leur cavalerie de club. Une transition en écurie de pension est plus aisée à opérer pour les petits clubs, là où une grosse écurie de 80 chevaux en pension est plus difficile à faire tourner. "Entre la sortie des chevaux et les propriétaires qui ne peuvent pas venir, c'est plus compliqué à gérer pour un seul palefrenier."  

Depuis le second confinement, les ministères de l'Agriculture et des Sports ont accordé aux propriétaires la possibilité de sortir leurs animaux, et aux cavaliers désignés par le centre de "donner un coup de main", indique Jean-Louis Laurent. Globalement, parmi les 57 000 licenciés, "les cavaliers sont bien revenus", note Jacob Legros, président du Comité régional d'équitation. 

Quoi qu'il en soit, la suspension de l'activité principale des centres équestres, à savoir les cours, ne saurait durer plus longtemps, au risque de plomber encore plus les trésoreries. 

Une dizaine de fermetures en Occitanie

Comment continuer à faire subsister les cheptels, alors que les salariés des centres sont placés en chômage technique ? s'interroge Jacob Legros. Ses palefreniers sont restés actifs, "mais pas productifs". Aussi, le fonds de solidarité des centres équestres, d'un montant de "60 € par jour par cheval, dans une limite de 30 chevaux", n'a pu être suffisant pour toutes les structures. Selon lui, "il faudrait le tripler et ne pas le limiter."

Résultat, il a fallu puiser dans les trésoreries des clubs déjà endettés. Par chance, les cours ont été rattrapés après le confinement. "Les frais ont été en partie amortis, mais il n'y a pas eu de rentrées d'argent entre le 15 mai et le 15 juillet", comme cela a été le cas dans son poney club de Grabels (Hérault). 

Le président du Comité régional estime entre "8 à 12 fermetures" en Occitanie. L'engouement pour l'équitation reste la planche de salut du secteur, grâce à la forte demande estivale des familles qui ne sont pas parties en vacances. "C'est le rare sport à ne pas avoir connu de grandes baisses de licences. C'est quasiment reparti comme avant", jauge Jacob Legros. Autre point fort, les clubs ont appliqué les mesures sanitaires. "La distanciation c'est dans notre culture", assure le président, qui indique qu'aucune contamination n'a été décelée dans ce cadre.

Une seconde phase assouplie

Si à la rentrée, certains clubs ont pu à nouveau renflouer les caisses avec les forfaits d'adhérents, les manifestations publiques et autres spectacles ont souffert, alors que les chevaux doivent continuer à être nourris et entretenus. L'ensemble des spectacles à dimension pédagogique organisés par les clubs, sont concernés. 

Alors que la saison des concours s'achève, des autorisations spéciales avaient pu être accordées aux professionnels pour assurer les présentations, sous conditions sanitaires strictes. L'heure n'est pas encore au catastrophisme, sous réserve que le reconfinement ne dépasse pas un mois. "Cela suffira", atteste Jacob Legros. "On est en plein air. Il n'y a pas de propagation de la maladie."

Si le confinement numéro 2 s'avère "plus flexible", notamment pour les chevaux en pension, les réglementations sont soumises à une libre interprétation. "Les centres équestres fermés ne peuvent pas recevoir de public, à quelques exceptions près", nuance Patrick Viala, en charge de la filière équine à la Chambre d'agriculture du Gard. L'entraînement professionnel, l'accueil de groupes périscolaires ou les prescriptions d'hippothérapie font partie des exceptions. En outre, le protocole ministériel mis en place avec la FFE (Fédération française d'équitation) prévoit "une venue maîtrisée des propriétaires et cavaliers licenciés", hors cours et leçons. "On a du monde dans les écuries, mais on ne peut pas travailler, c'est absurde", déplore Jacob Legros. 

La fin d'année rime avec saison creuse pour toute la filière, qui, malgré les aides disparates mais bienvenues, piaffe d'impatience de retrouver son rythme de croisière dans les plus brefs délais. 

Philippe Douteau


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