En route pour l’obtention d’une IGP pour la grenade

Publié le 06 avril 2021

Plus 200 ha seraient consacrés à la culture de grenade, répartis entre le Gard, l’Hérault, les Pyrénées-Orientales et l’Aude. © Pixabay

La Chambre d’agriculture de l’Hérault organisait, le 26 et le 29 mars, une formation pour les producteurs de grenade en Occitanie, dédiée à la constitution d’une marque collective, puis d’une IGP régionale pour ce fruit qui a le vent en poupe.

Si la culture de ce super fruit méditerranéen a été abandonnée dans le Sud de la France depuis un bon siècle, elle est désormais remise au goût du jour. De retour dans l’ex-Languedoc-Roussillon depuis une dizaine d’années, ainsi que dans toute l’Occitanie, la culture de la grenade revient donc en force, encouragée par son plein boom sur les marchés, un terroir adapté et sa capacité de résilience face au dérèglement climatique. Au moins 200 hectares y seraient consacrés entre le Gard, l’Hérault, les Pyrénées-Orientales et l’Aude. Mais si ce fruit est en plein boom, la concurrence, notamment de la Turquie et de l’Espagne, sur le marché français est féroce. 

Pour mettre toutes les chances de leurs côtés, assurer un suivi technique, mettre en place une politique de projets, protéger leur production et sécuriser leurs débouchés, les producteurs de grenade d’Occitanie, réunis au sein de la Fédération des producteurs de grenade du Sud (FPGsud), créée en 2014, ont décidé d’engager une démarche pour structurer la filière de l’amont à l’aval, en lançant notamment une marque collective et, plus tard, une IGP (Identification géographique protégée). 

“Il est impératif de se structurer et d’avoir une longueur d’avance face à un marché très concurrentiel. Et, pour protéger nos productions et faire ressortir leurs atouts, se lancer dans la démarche d’une marque collective pour la grenade et le jus, puis, plus tard, dans une démarche identitaire au travers d’une IGP, uniquement pour le jus, nous a semblé la bonne réponse”, indique Pierre Colin, producteur de grenade à Pinet, et président de la FPGsud, dont il est, par ailleurs, à l’initiative. 

Cahier des charges de la marque collective

Durant deux journées de formation, les producteurs, réunis à la Chambre d’agriculture de l’Hérault, à Lattes, accompagnés de Valérie Dominé, chargée de mission qualité à l’Irqualim, ont engagé une réflexion commune autour de la constitution d’un cahier des charges pour la grenade et le jus de grenade, qui sera la colonne vertébrale de la marque collective. “Nous avons travaillé sur les valeurs partagées, l’origine, la description du produit, l’éthique des pratiques culturales, les critères de transformation et les qualités gustatives, ainsi que sur le nom de la marque et son logo”, résume Valérie Dominé.

Bien que les critères retenus pour le cahier des charges sont à affiner, et que le nom suggéré, ‘grenade d’Occitanie’, ainsi que le logo, n’ont pas été arrêtés, plusieurs caractéristiques ont été fixées, et l’aire géographique de production strictement définie, soit l’Occitanie. Pour ce qui est des pratiques culturales, la densité de plantation oscille entre 400 et 1 300 pieds à l’hectare. “L’objectif est de ne pas être dans l’intensif, même si planter 1 300 pieds s’en rapproche”, reconnaît Pierre Colin. En matière de conduite culturale, les producteurs ont surtout retenu des critères sanitaires. Les grenades au sol ne devront pas être ramassées, et un tri sera opéré entre les fruits sains et ceux qui présentent des altérations. La récolte des fruits, entre août et novembre, selon les variétés, doit se faire à maturité. Outre le respect de l’environnement – la majeure partie des producteurs sont en bio – les agriculteurs ont convenu, sur le plan éthique, de privilégier la main-d’œuvre locale, la production ayant un fort besoin de main-d’œuvre, puisque la récolte est manuelle.

En matière de variétés, la liste reste volontairement exhaustive, car “comme c’est une filière naissante, si, demain, on trouve une nouvelle variété d’enfer, on ne veut pas se priver de pouvoir l’utiliser”, indique-t-il. Sur plus de 1 200 variétés connues, 4 d’entre elles sont prioritairement utilisées dans notre région, à savoir la Mollar de Elche, Wonderful, Acco et la Provence. 

Pour ce qui est de la transformation, la règle d’or est la production d’un jus pressé 100 % grenade. Entre la trituration et la pasteurisation, le délai le plus court doit être privilégié – “l’idéal étant le même jour”, dixit Pierre Colin – pour éviter tout risque sanitaire et toute altération du goût. Une seule pasteurisation doit être opérée pour conserver les saveurs et les vertus du fruit. L’extraction doit se faire sur site, avec des équipements de pressurage définis : pressoir à bande, pressoir continu, pressoir hydraulique vertical ou pressoir pneumatique. 

Si la procédure d’instruction peut être rapide pour la marque collective, une fois le dossier remis à l’Inpi (Institut national de la propriété intellectuelle), celle pour le dossier déposé à l’Inao (Institut national de l’origine et de la qualité) sera au long cours.

L’obtention de l’IGP

Nul n’ignore que l’obtention d’une IGP est un véritable parcours du combattant, pour ne pas dire un véritable chemin de croix. Si certains en doutaient encore, Catherine Richer, déléguée territoriale Occitanie pour l’Inao, en a rappelé toute la complexité lors de la formation. Le cadre réglementaire, qui s’applique à l’échelle nationale comme internationale, repose sur le triptyque suivant : une démarche volontaire et collective au cœur du dispositif ; un cahier des charges homologué par les pouvoirs publics, répertoriant les conditions de production et les éléments spécifiques du produit ; et un plan de contrôle approuvé par l’Inao.

Par ailleurs, le rôle du groupe qui porte la demande ne s’arrête pas à la constitution et présentation du dossier. La mise en place d’une IGP suppose aussi d’en assurer le suivi et son développement. “Il faut vraiment prendre en compte ce rôle pérenne, car il implique un coût de fonctionnement pour l’animation du collectif, la promotion de l’IGP et les contrôles à réaliser. La question à se poser est donc : est-ce que la démarche est réaliste au regard de la dimension économique de la filière ? L’IGP est avant tout un outil juridique. Ce n’est pas la clé de réussite de vos produits”, met en garde la déléguée territoriale de l’Inao. 

De quoi faire reculer les producteurs ? “Non, la caractéristique de notre jus de grenade est l’assemblage des variétés permettant d’obtenir un équilibre entre la sucrosité, l’acidité et la couleur. Par ailleurs, on a une histoire. Les grenadiers existent sur notre territoire depuis un bon millénaire. Ils étaient plantés en bordure de parcelles, mais comme le goût des fruits n’était pas bon, on a fini par abandonner leur culture. C’est la raison pour laquelle nous sommes allés chercher des variétés différentes”, défend Pierre Colin. Tout en sachant qu’il faudra étoffer le contenu du dossier sur la méthode de culture, la caractérisation du produit et l’antériorité historique. C’est la raison pour laquelle “la marque collective sera le premier étage de la fusée avant de se lancer dans la demande d’une IGP. Cela prendra le temps qu’il faudra. Peu importe, car nous sommes dans une logique de démarche et non de calendrier”, conclut-il.

Florence Guilhem


Les producteurs de grenade ont suivi deux jours de formation autour de la démarche d’obtention d’une IGP, à la Chambre d’agriculture de l’Hérault, à Lattes. © F. Guilhem

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