Emplois saisonniers : éviter l’improvisation

Publié le 16 mars 2021

Les recrutements ont débuté il y a près d’un mois. Quelque 13 164 saisonniers et 1 432 permanents s’activent chez les 736 producteurs de fruits et légumes gardois pourvoyeurs d’emplois. © C. Zambujo

À peine la campagne lancée en maraîchage, les recrutements de main-d’œuvre s’organisent, pour pallier d’éventuels déficits, et fournir suffisamment de saisonniers aux 2 327 employeurs concernés, jusqu’à la fin de la saison.

Pour éviter le bricolage et les initiatives d’urgence comme lors du premier confinement, les filières maraîchères et arboricoles sont mobilisées, avec l’appui de la FDSEA du Gard et des organismes compétents pour le recrutement de saisonniers (Anefa, Pôle emploi, Agri emploi, Service de remplacement). 

Les exploitants sont en quête de main-d’œuvre compétente, pour la taille, la cueillette et le gros des récoltes en arboriculture d’ici quelques semaines, des abricots aux pommes, sans oublier les vendanges. Français ou étrangers, les salariés agricoles sont attendus de pied ferme, bien que les conditions d’accueil et d’hébergement soient toujours conditionnées par les impondérables liés à la pandémie. 

Des bras et des toits 

“Tout sauf 2020 !” C’est le mot d’ordre lancé au syndicat gardois par les exploitants agricoles qui redoutent une pénurie de main-d’œuvre, ou une défaillance de compétences, entre les demandeurs d’emploi peu ou pas expérimentés et la fermeture des frontières qui a retardé le recrutement. Heureusement, “les locaux fidèles reviennent d’une année sur l’autre”, note Laurence Biscaylet, directrice adjointe de la FDSEA du Gard. En 2020, 313 CDD et 4 CDI à temps partagés ont été pourvus par Agri emploi.  

Echaudés par des contraintes de circulation ou les mesures drastiques d’hébergement, les exploitants espèrent éviter les turbulences, entre les tests Covid-19 à mener, et le logement parfois problématique. Marqués par la fermeture administrative et la mise en demeure de deux lieux de logement en juillet 2020, les exploitants accueillant des saisonniers détachés sont soumis à la réglementation du travail et de l’hébergement, et doivent aussi veiller aux respects de mesures sanitaires strictes, comme celle prévoyant une personne pour 6 m2. Pour les entreprises ne logeant pas sur place, l’option des bungalows pose problème, rappelle Laurence Biscaylet. “Les règles d’urbanisme ne sont pas adaptées à notre métier”, les saisonniers ne pouvant y être logés plus de trois mois, sauf dérogation spéciale. Mais ce n’est pas jouable en raison des délais. Reste la solution de l’hébergement chez de la famille, la location (à la charge du salarié), ou le camping. “On essaie de mutualiser les efforts, mais ça a un coût ! À chaque employeur de décider.”

Contrats OFII : une dérogation attendue 

Alors que la récolte de fraises et asperges a démarré, “il ne faut se priver de rien en raison d’un turn over énorme”, insiste la directrice adjointe de la FDSEA du Gard, qui souhaite ouvrir en grand les fenêtres de disponibilité des travailleurs. Si les habitués, locaux comme issus de la Communauté européenne, représentent la part la plus importante de la main-d’œuvre aux champs, certains producteurs comptent sur des salariés hors Union européenne. 

Prévus pour recruter des travailleurs agricoles détachés, les contrats OFII (Office français de l’immigration et de l’intégration) permettent l’embauche de salariés étrangers titulaires d’une autorisation de travail en France. À l’instar des Bouches-du-Rhône ou du Vaucluse, le Gard a demandé une dérogation auprès de la préfecture, pour les travailleurs du Maroc et de Tunisie. La FDSEA attend la réponse. Bien que ces besoins ne concernent que quelque 300 travailleurs, “c’est un complément pour une quinzaine d’exploitants qui sont attachés à cette main-d’œuvre nécessaire et sûre”, atteste Laurence Biscaylet. Contrôles aux aéroports, “avec tests PCR supervisés par l’ARS et tests salivaires 7 jours après”, le protocole sanitaire d’accueil se veut “strict”.

Le tout sera de pouvoir fournir la main-d’œuvre adéquate dans les temps, et au fil des besoins dans les prochains mois. “Le contrat de travail est une condition d’entrée, mais on ne sait pas ce qui pourrait arriver.” Et les employeurs de croiser les doigts pour que les frontières ne referment pas.

Philippe Douteau 


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