Embres-et-Castelmaure s’offre deux conservatoires

Publié le 30 juillet 2019

Philippe Vergnes (2e à g), président de la Chambre d'agriculture de l'Aude, Jean-Michel Boursiquot (au micro) et Didier Viguier (à droite) ont inauguré le 12 juillet les conservatoires de biodiversité variétale et du carignan.

Fruit d’un long travail de prospection et d’identification, un conservatoire de biodiversité variétale de vieux cépages des Corbières et du Minervois, ainsi qu’un conservatoire du carignan noir, ont été inaugurés, le 12 juillet, sur deux parcelles de la commune d’Embres-et-Castelmaure.

Sept étés de prospections auront été nécessaires à Didier Viguier et Jean-Michel Boursiquot pour arpenter l’ensemble des vieilles vignes de l’aire de la cave coopérative d’Em-bres-et-Castelmaure, et mettre au jour l’ensemble des variétés anciennes que l’on peut rencontrer dans cette zone. Didier Viguier, directeur du centre de bois et plants de la Chambre d’agriculture de l’Aude, et Jean-Michel Boursiquot, professeur d’ampélographie à Montpellier SupAgro, auront inspecté l’équivalent de 100 ha de vieilles vignes, rang par rang, pour isoler 53 variétés remarquables. “Cela représente 300 000 souches inspectées. Je reconnais que certaines vignes ont été parcourues plus rapidement que d’autres. Avec l’expérience, on sent très vite en rentrant dans une parcelle si elle va nous apporter son lot de surprises ou pas”, s’amuse Didier Viguier, en se remémorant ses escapades estivales. Il y a 20 ans, déjà, il avait mis en place un conservatoire similaire dans le Minervois, promettant à ses amis de la SCV Castelmaure qu’il viendrait faire de même chez eux une fois le travail terminé dans le Minervois.

La biodiversité : “une mission de service public”

“Je considère la conservation des cépages comme une mission de service public. Un décret avait d’ailleurs été publié en ce sens il y a 25 ans par le ministère, je ne fais donc que l’appliquer ! Le choix d’Embres-et-Castelmaure présente, par ailleurs, une valeur symbolique évidente par leur politique de vendange 100 % manuelle. Le développement de la machine à vendanger a fait progressivement disparaître les vieilles vignes pour adapter les parcelles à la mécanisation. C’est la perte d’un certain patrimoine”, relate-t-il.

Une fois l’inventaire de 550 souches mères bouclé, celles-ci ont été baguées et répertoriées. Des tests ADN ont permis d’identifier formellement les variétés. 550 tests sanitaires ont été pratiqués pour exclure les ceps atteints de court-noué et enroulement, viroses transmissibles à la descendance. Les bois prélevés ont été multipliés et traités à l’eau chaude pour arriver à la plantation, en 2017 et 2018, de 6 à 30 jeunes pieds par cépage dans la parcelle accueillant ces conservatoires. La SCV Castelmaure a sélectionné un lieu de plantation vierge de culture de vigne dans son historique, avec une topographie de la parcelle qui a naturellement conduit à la division en deux parties de 50 ares. “C’est à ce moment-là que nous avons validé la création de deux conservatoires distincts, l’un pour les variétés anciennes, l’autre consacrée au cépage emblématique du secteur, le carignan, et à l’extraordinaire diversité phénotypique qu’il présente”, poursuit Didier Viguier.

Deux cépages noirs inconnus

En plus des 53 variétés répertoriées sur l’aire de la coopérative d’Embres-et-Castelmaure, 26 cépages trouvés dans le vieux vignoble du Minervois ont été ajoutés. “Je vous rassure, les 79 cépages plantés sont également conservés au Domaine de Vassal, mais c’est exceptionnel d’avoir pu implanter ce conservatoire ici, avec deux cépages noirs inconnus, des cépages français, algériens, marocains, espagnols et des porte-greffes très rares, et même des curiosités comme le Nehelescol, raisin de la Bible, ou le Rivairenc bicolore gris et blanc”, détaille Didier Viguier.

Sur l’autre partie de la parcelle, ce sont 29 formes différentes de carignan qui ont ainsi pu être sauvegardées, ainsi que deux clones agréés en témoin. “Sur cette partie, nous avons fonctionné en répétition de 6 fois 6 souches selon le protocole VATE (Valeurs agronomiques technologiques et environnementales des cépages), car je suis à la retraite dans deux ans”, témoigne Didier Viguier. “Cela permettra à mes successeurs de travailler sur des expérimentations officielles pour, qui sait, permettre d’agréer un nouveau clone de carignan, ce serait magnifique.” On le lui souhaite.

Olivier Bazalge


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