Emballages : empreintes allégées

Publié le 16 janvier 2020

Si les cartons permettent les plus grosses économies, les diagnostics d'Adelphe révèlent une réduction de 197 t de verre, soit 69 000 € de gains pour les quatre entreprises suivies.

En collaboration avec Pays d'Oc IGP et Coop de France Occitanie - La Coopération agricole, Adelphe poursuit ses diagnostics collectifs auprès des domaines et groupes viti-vinicoles qui souhaitent améliorer leurs performances en matière de réduction de l'impact environnemental. En 2019, Adelphe a conduit un nouveau diagnostic auprès de Maison Sinnae et des caves Richemer, pour mieux gérer leur système d'emballages. De la bouteille au conditionnement, en tenant compte des cartons ou des palettes, tout est bon à optimiser. Avec des gains substantiels à la clé.

Depuis 2015, des caves, domaines, sociétés de négoce ont ouvert leurs portes à Adelphe. Au gré d'états des lieux et de récoltes des données internes, la société spécialisée dans le recyclage des emballages pour diminuer au maximum leur influence néfaste sur l'environnement, permet en même temps aux entreprises de réaliser des économies, en révisant leurs réflexes lors de la chaîne de production.

"Challengez-vous !" Tel était le message de Constance Rérolle, lors de la matinée de présentation des diagnostics à destination des professionnels de la filière vin, au siège du syndicat des producteurs de vins de Pays d'Oc. La directrice des comptes clés Vins et Spiritueux chez Adelphe, vigneronne au Château de l'Engarran (Hérault), a rappelé aux producteurs leur responsabilité dans le suivi de la fin de parcours des emballages et de la gestion des déchets qui passent leur porte. Si la prise de conscience implique un changement de pratiques, et des investissements afférents, les caves et domaines ont tout intérêt à suivre les recommandations, pour le bien de l'environnement, et de leurs trésoreries.

423 t sur quatre caves

En 2019, Maison Sinnae (anciennement Laudun-Chusclan Vignerons) et les caves Richemer se sont portées volontaires pour suivre le diagnostic collectif mené par Adelphe, avec le concours de l'interprofession des vins Pays d'Oc IGP et de Coop de France Occitanie. 

En guise de point de départ du diagnostic, il convient d'abord établir un état des lieux du tonnage, en listant tous les emballages utilisés. Les primaires, destinés à la vente au consommateur, les secondaires, pour le regroupement (carton de bouteilles) et les tertiaires, comme le film étirable, par exemple. En gros, "tout ce que vous achetez qui part en France et pour l'export" est passé à la loupe, explique Isabelle Dor, consultante indépendante pour Adelphe. Le tout est de conduire, en un jour, une auscultation des produits utilisés et leur destination, pour évaluer les allègements, voire les suppressions, qui pourront bénéficier à la cave, en tenant compte des contrain-tes de l'emballage et les impératifs marketing. "L'objectif n'est pas de substituer un matériau à un autre", prévient Isabelle Dor. Des fiches techniques sont établies, suite à des visites de stocks et à des entretiens des postes clés de chaque étape. Sont ainsi pris en compte la dimension du carton monté, la cannelure, la nature des papiers extérieurs, la résistance du matériau à compression verticale, la nature des encres... Tout est scruté, soupesé, dans l'optique d'alléger les éventuels surplus d'emballages et de produits de conditionnement. Ainsi, le tonnage peut être réduit de 423 t, soit 1,7 % du tonnage total des quatre caves.

Exit les 'poids lourds'

Entre les exigences clients et les priorités des services marketing, le bon équilibre entre impératifs écologiques et économiques n'est pas toujours une mince affaire.

Au rayon 'bouteilles' des deux caves récemment diagnostiquées, le format 75 cl varie, en poids, de 395 à 405 g en moyenne. "73 % du volume est réalisé en bouteilles allégées", note Isabelle Dor. "Mais certaines grimpent à 815 grammes ! C'est presque le poids des bouteilles de champagne, c'est énorme." à ce propos, la consultante pointe du doigt certains modèles emblématiques, pourtant poids lourds du verre, comme les bouteilles gravées, de type 'Provence', "jolies mais lourdes, surtout pour des bouteilles à 5 €". Et ne peut qu'encourager à trouver l'adéquation entre contenu et contenant, certes plus compliquée à mettre en place sur des modèles spéciaux. En ce sens, la recommandation d'Adelphe vise un passage à la bouteille allégée, en forme standard, entre 313 et 323 mm de hauteur. En dépit des préférences des clients, dont l'image de marque peut rester figée sur des figures imposées, le consommateur demeure sensible à l'emballage, mais "peut acheter un peu plus cher si le produit lui parle en termes d'éco-conception", assure Constance Rérolle, s'appuyant sur le résultat d'études commandées par Adelphe. Le sacro-saint principe du "lourd, car c'est premium" aurait ainsi fait son temps. Aux producteurs d'infléchir la tendance, estime la directrice comptes clés Vins et Spiritueux. "Si vous allégez, communiquez !", précisant que les clients de GMS paient une contribution auprès d'Adelphe. Aux producteurs, la directrice conseille de parler un langage de "positionnement environnemental, plutôt que de prix".

Sur les bouteilles, la réflexion menée par Adelphe conduit à une réduction de 114 tonnes, pour 40 000 € d'économies, auprès de Maison Sinnae et des caves Richemer.

Cartons : un allègement de 23 tonnes

En région, les caisses en bois ne sont pas légion. Moins de 2 000 ont été recensées sur les quatre diagnostics. Surtout prisées dans le Bordelais, elles sont plus chères et ne sont pas recyclables. Parmi les options d'éco-conception retenues, Adelphe recommande l'utilisation d'intercalaires en cellulose moulée à la place des guillotines, ou même d’utiliser les caisses carton, faisant ainsi passer le poids de 1 272, voire 1 600 g, à 320 g, pour une caisse carton de 6 bouteilles.

Sur les caves suivies par le diagnostic, un gain de 23 t est réalisé, soit 18 400 € d'économies (800 €/t de carton). En cartons debout, les bouteilles porteuses avec simple cannelure, en 75 et en 150 cl, sont conseillées dans un format de 132 à 140 g, en cannelure B, pour une formule de 6 bouteilles de 75 cl. Pour le grand export, en 12 x 75 cl, des intercalaires évitent les chocs. Un carton compact ou à simple cannelure, de 165 mm de haut, est recommandé.

Pour l'option cartons couchés en double cannelure, par 6 ou par 12 bouteilles, le passage en carton debout permettrait une réduction du grammage.

BIB : de l'outre à l'impression

D'après les recommandations d'Adelphe, c'est le passage aux outres transparentes qui fera la différence. En PE (polyéthylène) et EVOH (éthylène alcool vinylique), elles permettent un gain de poids lors du recyclage, là où les poches avec du polyamide sont plus délicates à recycler.

En supprimant les poignées plastique et la barquette de regroupement sur les BIB, le gain, pour Maison Sinnae et les caves Richemer, est évalué à 13,4 t, soit 25 800 € épargnés. Pour les contenants de 3 l, la cannelure E (100 à 110 g) est conseillée. Pour ceux de 5 litres, la cannelure E (140 à 150 g) convient, et en version 10 l, c'est la cannelure EB ou BE (300 à 320 g) qui est conseillée.

Et quid de l'impression des cartons, afin d'éviter les pigments d'huiles minérales ? L'impression offset (à plat) des cartons est préférée, là où la flexographie, répandue pour les cartons ondulés ou les sacs plastiques, peut présenter des risques de migration des pigments. Adelphe annonce d'ailleurs des malus pour contrer ce type de pertes aux conséquences sanitaires. Les entreprises sont prévenues.

Philippe Douteau


La synthèse des diagnostics menés chez BLB Vignobles et Castel, en 2015 et 2018, et chez Maison Sinnae et les caves Richemer en 2019, a conduit à une réduction de 423 t, soit 1,7 % du tonnage total, pour un gain estimé de 402 000 €.

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