Du thé infuse sur le sol catalan

Publié le 07 juin 2022

Jean-Marc Sanchez, ingénieur agronome et fondateur de la start-up toulousaine Acapella. © M. Masson

L’expérience a été lancée il y a un an et demi sur le sol catalan par Acapella, start-up toulousaine spécialisée dans le thé et le café. Le but ? Produire du thé et du café 100 % local. Si le projet est encore en phase d’expérimentation, la première récolte est prometteuse.

La crise sanitaire n’a pas eu que des répercussions négatives. C’est aussi grâce à elle que s’épanouissent 12 000 plants de théiers et de caféiers sous serre, entre Alénya et Saint-Cyprien, en plein cœur des Pyrénées-Orientales. Une idée pas si folle, menée par Jean-Marc Sanchez, ingénieur agronome expert en thé et café, et fondateur de la start-up toulousaine Acapella, spécialisée dans ce domaine. Le but ? Produire du thé et du café “made in Roussillon” et parvenir à une résilience agricole. “Pendant la crise du Covid-19, je n’ai pas pu voyager autour du monde. C’est devenu d’un coup une évidence pour moi que de devenir l’acteur de la plante à la tasse”, explique Jean-Marc Sanchez. Avec, comme motivation, de lancer cette production dans le département d’où il vient : les Pyrénées-Orientales. “Ici il fait beau et chaud. C’est un climat favorable à la culture ! Le seul problème, c’est le vent”, explique-t-il. Mais la solution est toute trouvée : les plants grandissent sous des serres parées de panneaux photovoltaïques pour être à l’abri du vent, mais aussi à l’ombre, “les caféiers étant de petits arbustes grandissant à l’ombre d’arbres beaucoup plus grands”, ajoute l’ingénieur agronome.

Du thé local bientôt dans nos tasses ?

Si, pour l’heure, ces plantations sont encore en expérimentation, “un total de 2,7 kg de thé a été récolté sur les 27 variétés qui poussent sur l’exploitation”, confie Rémi Guyonnet, responsable de la recherche et du développement, et chef de culture chez Acapella. “Un début prometteur pour une première récolte. À nos 4 hectares de surface sous serre  viendront bientôt s’ajouter 2 hectares supplémentaires”, poursuit-il. Le thé est pour le moment le grand gagnant de l’expérience avec plusieurs variétés “déjà testées et validées”, s’enthousiasme le chef de culture, qui a pu concocter quatre thés blancs, deux thés noirs et quelques variétés de thés verts, oxydés, séchés et roulés sur place (pour le thé noir). Des productions qui, selon Jean-Marc Sanchez, “devraient être commercialisées peut-être d’ici l’année prochaine. C’est ce qu’on espère”, annonce-t-il. 

A la recherche du caféier catalan

Le café “100 % made in Roussillon”, ne sera, quant à lui, de sitôt dans nos tasses, accompagné d’une rousquille ou d’un croquant catalan. “C’est l’expérimentation la plus risquée”, explique Rémi Guyonnet. “Nous avons plus de 300 caféiers et les plus vieux plants ont trois ans. Il faudra encore attendre trois ou quatre ans pour les premières récoltes (...). Pour le moment, ils grandissent, et notre objectif est de tester plusieurs variétés, car la finalité n’est pas de recréer les conditions de culture des pays tropicaux où poussent naturellement ces arbustes. C’est de faire grandir les caféiers ici, sur le sol catalan, et de trouver celui qui s’adapte le mieux à la terre et au climat, et qui possèdera une belle qualité gustative”, poursuit-il. 

Pour cela, le Centre international de recherche agronomique pour le développement (Cirad) prête main forte au projet en transférant diverses variétés d’arabica pour tester, en conditions réelles, la faisabilité de cultiver du café en Occitanie. La serre abrite aujourd’hui une dizaine de variétés parmi lesquelles “se trouve très certainement la bonne”, espère Rémi Guyonnet, qui admet être “très optimiste” au sujet de l’évolution de cette expérimentation. L’Institut de recherche pour le développement (IRD) parraine lui aussi ce projet.

Un modèle de résilience

Sur le plan agronomique, pas question d’utiliser des produits chimiques. L’expérimentation se veut durable et respectueuse de l’environnement. “Les serres ne sont pas chauffées. On n’utilise aucun produit avec des résidus, et des tests sont faits sur les végétaux avec des insectes auxiliaires pour traiter les plantes”, poursuit Jean-Marc Sanchez. De plus, les serres permettent de maintenir un taux d’humidité en évitant l’évapotranspiration. 

Le but de ce projet, c’est aussi de maîtriser un produit acheté habituellement en Asie ou dans les pays d’Amérique du Sud, et d’obtenir, par ce biais, une transparence dans le produit final obtenu. “On ne sait jamais ce qui a été ajouté dans le produit”, raconte Jean-Marc Sanchez. “En tant que torréfacteur, les processus de production nous échappent souvent. Avec cette expérimentation, on veut que le produit soit traçable et pouvoir agir sur lui.” La somme de 100 000 € a été investie par Jean-Marc Sanchez pour une autre raison : pouvoir commercialiser du thé et du café localement, dans un premier temps. “15 000 tonnes de thé sont importées par an,  et plus de 300 000 tonnes de café vert sont consommées en France chaque année. Les enjeux climatiques sont donc énormes”, observe le dirigeant d’Acapella. “Pouvoir en produire directement sur place éviterait l’émission de gaz à effet de serre, principaux responsables du réchauffement climatique.”

D’autres projets en perspective

Jean-Marc Sanchez et Rémi Guyonnet ne manquent pas d’idées quant au devenir de l’exploitation : d’abord, tirer des conclusions, déployer le système et, ensuite, développer une filière. “On veut avoir la possibilité de schématiser un agroécosystème avec des paramètres agronomiques et l’exporter vers d’autres territoires en Occitanie. Notre région est riche, il faut utiliser ses ressources et ses forces”, explique Jean-Marc Sanchez.

L’exploitation va aussi s’agrandir et passer de 12 000 à 35 000 plants de cafiéers et de théiers d’ici la fin de l’année, soit un totalde 6 ha de production. Avec l’aide de la Communauté de communes de Saint-Cyprien, une piste cyclable va aussi être développée.  L’intérêt ? Acapella compte ouvrir les portes de son laboratoire végétal au public, afin de lui faire découvrir la production locale via un itinéraire avec des dégustations sur une terrasse prochainement aménagée, sous le soleil du Sud. La résilience se décline bel et bien sous toutes ses formes. 

Margaux Masson


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