Des vendanges presque comme les autres

Publié le 01 septembre 2020

Alors que le port du masque se généralise et devient obligatoire dans de plus en plus de villes, à la vigne, ce n’est pas lui qui s’impose comme l’élément perturbateur. (© PhD)

Avec ou sans Covid-19, les travaux de printemps à la vigne et les vendanges 2020 n’ont pas attendu. Malgré la crise sanitaire et ses fluctuations aux issues incertaines, les viticulteurs n’ont pas avancé masqués, pour être fin prêts aux premiers jours de récolte. En s’accommodant des mesures de base à respecter, chaque domaine a composé avec les restrictions pour faire conjuguer sécurité des équipes et bon déroulement des manœuvres aux parcelles.

La maturité était en avance dans la plupart des secteurs de la région, mais les domaines également. Pour cause de Covid-19, qui poursuit son numéro de trouble-fête, les exploitants viticoles, déjà rompus aux gestes barrières et aux mesures sanitaires depuis mars, ont adapté leurs plans de travail, sans bouleverser la cadence. Si, dans les vignes et hors cave, le port du masque, à distance raisonnable, n'est pas la norme imposée, en revanche, l'organisation des plannings et la gestion des équipes, permanents comme saisonniers, a été remaniée pour l'occasion. 

Une année normale, mais...

Lors du confinement, Basile Ricome a été contraint, comme chaque exploitant, à "réorganiser tous les chantiers". Palissage, attachage, le viticulteur et responsable de la cave au Château de Valcombe (Gard) et l'équipe n'ont "pas arrêté les frais à la vigne". En ayant fait travailler huit personnes en décalé au printemps, avec roulement chaque dix minutes, le responsable poursuit l'année comme si de rien n’était, tout en gardant à l'esprit la menace sanitaire qui plane sur chaque exploitation. Après une première phase critique commercialement parlant, qui a contraint Basile et Nicolas Ricome à mettre deux membres de l'équipe en chômage partiel, Basile a enchaîné sur le stade vendanges, épaulé par deux personnes à la cave, et trois saisonniers réguliers sur les 88 ha de vignes bio vendangés mécaniquement, à l'exception d'une parcelle de 2 ha de syrah. "On a tous eu un peu peur", confie-t-il, d'autant que les travailleurs, non logés sur place, viennent de Saint-Gilles et de Générac, secteurs où plusieurs cas ont été identifiés. Autre crainte, et non des moindres, que les vendanges soient carrément menacées, à l'instar des vignobles australiens, en plein confinement. 

Heureusement, dans notre hémisphère, le cours des choses s'est progressivement (pour l'heure) stabilisé, avec quelques aménagements. Chacun son véhicule, une rangée d'intervalle dans les parcelles, masque, gel, et les affiches signalétiques dans le bureau et à l'entrée de la cave en font partie. 

Après une année 2019 tristement marquée par les incendies sur le domaine de Valcombe, dont 2,5 ha ont été arrachés depuis, Basile Ricome garde espoir, en misant sur un retour des volumes à la normale, au-delà des 4 000 hl, tout en considérant "qu'il va falloir apprendre à vivre avec ce virus", sans qu'un potentiel reconfinement total ne vienne à nouveau plomber l'acitivité. 

Tables de tri en extérieur 

De l'aveu du directeur du Château Capion, ces vendanges 2020 sont "un poil plus compliquées", là où les travaux à la vigne lors du confinement permettaient des écarts suffisants, et où deux personnes maximum étaient autorisées à la cave. "Mais cela se gère", relativise Rodolphe Travel. Depuis le début des vendanges manuelles, le 18 août, l'équipe de sept permanents sur le domaine d'Aniane (Hérault) est complétée par 14 prestataires, disposant de plusieurs véhicules, au lieu de l'habituel camion, pour investir les 45 ha. "On a proscrit les contacts entre la cave et les coupeurs", précise le directeur, qui effectue les contrôles de parcelles en leur absence. 

En vue de la prochaine étape, celle du tri, la mécanique a quelque peu été repensée. Passant de 8 à 6, les trieuses saisonnières porteront chacune des gants et une visière lors de la manipulation des raisins en extérieur. À plus d'un mètre en face-à-face, elles seront plus espacées en latéral. "Ce sera moins rapide, certes, mais nous allons élargir les plages horaires de tri. Chaque jour, deux personnes viendront relayer deux trieuses." Si les saisonnières ont normalement droit à une visite de la cave, cette année, le tour du propriétaire ne pourra se faire, l'espace étant limité à quatre personnes. Mais dans un chai de 225 m, peu de chances de rompre les distances réglementaires. "Je peux être tout seul, c'est une cathédrale !"

Propice aux animations et à l'accueil d'artistes, le Château Capion a donc limité ses rendez-vous champêtres au samedi midi, mêlant dégustation de vins et de coquillages, jusqu'à début septembre. Pour la suite des événements, une résidence d'artiste, en collaboration avec le Mo.Co de Montpellier est programmée, sous réserve d'une décision préfectorale. 

Chacun son tracteur 

Lancées lundi 25 août, les vendanges au Château Saint-Estève (Aude) ont naturellement débuté par le chardonnay. Avant d'entamer le ramassage manuel à partir du 20 septembre, les machinistes s'affairent aux vignes. "Chacun des quatre tractoristes dispose de son tracteur", commente David Latham, propriétaire exploitant du domaine familial de 98 ha. "Les réunions préparatoires se font en extérieur, et de nombreuses instructions entre les régisseurs et les tractoristes passent par téléphone." Si les masques ne sont pas légion au grand air, chacun "garde ses distances".

Pour assurer les récoltes à la main, le domaine fera appel à douze coupeurs, pour trois porteurs, ou jusqu'à quarante saisonniers, en fonction de la météo et des besoins. "Le but est de ne pas aller trop vite", confie David Latham qui passe par une société marocaine pour recruter ses saisonniers, garantis de vendanger trois semaines durant. Bien souvent prévenus la veille, selon le timing imposé par la vigne, ceux présentant des signes inquiétants, comme une température élevée, seront dépistés par les services de l'ARS, comme l'ensemble de l'équipe, qui compte 12 permanents. 

"Aujourd'hui, nous sommes peu impactés dans l'Aude. Notre secteur de Thézan-des-Corbières est épargné", constate David Latham. Pour autant, et afin d'éviter le moindre risque, le port du masque est rendu obligatoire au caveau, notamment pour limiter toute propagation par la venue de gens de l'extérieur, clients comme fournisseurs. "Conscient" de la situation, le viticulteur ne veut pas tomber dans la psychose, la saison des vendanges étant suffisamment contraignante en soi. "On ne va pas désinfecter tout le chai non plus, mais on a composé deux groupes séparés au caveau depuis le mois de mai." Les impondérables sanitaires ne sauraient perturber le déroulement d'une tradition séculaire, avec du bon sens, sans parler de celui du masque. 

Philippe Douteau 


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