Des moissons au pas de course

Publié le 22 juillet 2020

Quasiment finies pour les cultures céréalières d’hiver, les moissons de blé dur devraient s’achever dans l’Aude autour du 20 juillet. © DR

Dans le département, la climatologie depuis la fin d’année 2019 n’a pas aidé à la bonne implantation des cultures d’hiver. Résultat, les surfaces cultivées ont diminué et les rendements sont inférieurs à la moyenne quinquennale. Les moissons des cultures d’hiver s’achèvent avec une bonne qualité face à un marché encore attentiste.

“Il peut, en effet, y avoir un peu d’avance sur les cultures d’hiver, mais cela reste assez relatif. Les semis ont été plus tardifs, mais les dates de récolte restent à peu près équivalentes. C’est donc plutôt le cycle des cultures qui a été plus rapide en absence de vrai froid hivernal avec des conditions plutôt douces et humides”, tranche d’emblée Gilles Terres, chargé de mission grandes cultures à la Chambre d’agriculture de l’Aude.

La précocité n’est donc pas la caractéristique essentielle en cultures d’hiver cette année, mais plutôt les conditions difficiles d’implantation de ces cultures. “La climatologie a pesé lourd avec d’abord beaucoup de pluies de novembre à février, qui ont compliqué l’implantation des semis. Il en résulte une baisse des surfaces cultivées”, reprend Gilles Terres. La tendance de baisse des surfaces cultivées dans le département, déjà observée l’an dernier, se poursuit donc, mais pour des raisons différentes, même pour le blé dur, qui reste la première culture céréalière d’hiver dans l’Aude. Les surfaces de blé dur étaient passées de 29 000 ha à
23 000 ha entre 2018 et 2019, notamment en raison de l’arrêt des parcelles les moins rentables de la plaine narbonnaise. Cette année, compte tenu du contexte climatologique, les surfaces de blé dur se maintiennent légèrement au-dessus de 20 000 ha.

Conditions météo défavorables

Les mois de mars et avril se sont ensuite révélés très secs, suivis d’humidité et de fraîcheur en mai et en juin. “Les conditions climatiques se sont avérées défavorables tout au long du cycle physiologique de ces cultures d’hiver, entraînant des diminutions de surfaces cultivées et des rendements affectés, qui s’avèrent en-deçà des moyennes quinquennales dans tous les secteurs”, ajoute Gilles Terres. 

Même si les raisons sont différentes, ces conditions défavorables ont été rencontrées sur l’ensemble du territoire national, avec plutôt trop de précipitations dans les parties ouest et sud, et des conditions trop sèches dans le nord et l’est. Les chiffres d’estimations au 1er juillet publiés par Agreste vont dans ce sens avec, pour le blé dur, une récolte en chute de 14,7 % en un an, sous l’effet du recul des rendements. Il en va de même pour les autres cultures, avec notamment une récolte nationale de blé tendre qui serait la deuxième plus faible depuis 2004, après celle de 2016. Dans l’Aude, la surface de blé tendre cultivée a baissé de 14 % en un an.

“En outre, ces conditions climatiques ont favorisé la pression cryptogamique. Comme on l’a vu avec le mildiou pour la vigne, la fusariose a fait des dégâts en blé. Cela a été très difficile à contrôler, la baisse constante des matières actives à disposition n’aidant pas dans un tel contexte de forte pression”, relance le chargé de mission.

Alors que les moissons de ces cultures d’hiver sont bien avancées et devraient être bouclées, dans l’Aude, d’ici le 20 juillet, le niveau qualitatif apparaît globalement bon. Les marchés se situent pourtant dans une phase d’attentisme.

Marché attentiste

“Le marché n’apparaît pas très bon en orge d’hiver, colza, blé tendre ou pois. En blé dur, les niveaux de prix apparaissent plutôt à la hausse, ce qui s’explique facilement par une diminution mondiale des surfaces cultivées, à l’exception du Canada. Mais il n’y a concrètement que peu d’échanges, car les opérateurs attendent de connaître les niveaux qualitatifs. Les quantités sont à peu près connues, à part pour le Canada, premier producteur, pour lequel il faudra patienter jusqu’en septembre”, analyse Gilles Terres.

Les positions peuvent toutefois bouger assez rapidement, notamment par la demande des pays d’Afrique du Nord, qui vont devoir passer bientôt aux achats, et consolider ainsi les premières tendances. Mais la diminution générale des surfaces cultivées en blé dur dans le monde, déjà opérée l’an dernier à l’échelle mondiale après deux années de production importante, entraîne une faible disponibilité des stocks de report. “Cela va dans le sens d’un maintien du marché mais, pour l’instant, les acheteurs restent patients et les vendeurs attendent de voir. Nous en saurons certainement plus d’ici la fin du mois de juillet !”, termine Gilles Terres.

Du côté des cultures céréalières de printemps, les cycles végétatifs arrivent à mi-parcours dans le département. Les perspectives semblent, pour l’heure, un peu meilleures que pour les cultures d’hiver.

Olivier Bazalge


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