De Valcyre à Uma : changement de “paradigme”

Publié le 28 février 2022

Emmanuel Clausel a confié à Karen Turner, sacrée meilleure femme “winemaker” 2016 au Japon, passée entre autres chez Hugel, Chapoutier et, plus récemment, au Prieuré Saint-Jean-de-Bébian, à Pézenas, la production des vins du domaine. © F. Guilhem

En achetant, en juillet 2021, le Domaine de Valcyre, rebaptisé depuis Domaine Uma, Emmanuel Clausel ne s’est pas contenté de changer de nom. C’est un projet d’envergure qu’il lance pour participer au rayonnement du territoire du Pic Saint-Loup.

De prime abord, on pourrait penser qu’il s’agit juste d’un rachat de plus d’un domaine viticole en Languedoc par une personne totalement étrangère à ce milieu, comme l’est Emmanuel Clausel, ancien directeur d’Urbat, qui a vendu son entreprise de promotion immobilière en 2020 pour "réinventer" sa vie et se glisser dans la peau d’un vigneron. Mauvaise pioche. L’ex-promoteur sait garder sa place. "Je ne sais pas faire du vin, et je n’ai aucune prétention d’en faire. Ce rôle est dévolu à Karen, parce que je crois en son expérience et ses capacités de tirer le meilleur du foncier que je lui confie. Moi, ce qui m’intéresse, c’est de créer un lieu ouvert, pour recevoir tout un chacun, et partager le goût. Car, ce qui compte pour moi, c’est le goût", confie-t-il.

C’est en effet autour du goût qu’Emmanuel Clausel est en train de construire son ambitieux projet, dont le socle est la qualité des vins, "car tout commence et repose là-dessus, avec pour locomotive l’appellation Pic Saint Loup", explique-t-il. Et parce que tout débute au vignoble, il l’a confié à l’Australienne Karen Turner, sacrée meilleure femme winemaker lors du concours Sakura, au Japon, en 2016. Installée depuis 2004 en terres languedociennes, celle-ci a rejoint Emmanuel Clausel en septembre 2020. Ensemble, ils ont cherché, en Pic Saint-Loup, le vignoble à partir duquel la première pourrait exercer ses talents, et le second développer son projet. En Pic Saint-Loup, et pas ailleurs, en raison "de la valeur du foncier et des domaines importants en termes d’hectares, de volumes et bouteilles produits, ce qui est plus intéressant pour un chef d’entreprise", commente-t-il. Après une première tentative avortée à Claret, c’est finalement à Valflaunès, à la suite de la mise en vente du Domaine de Valcyre, que le binôme a trouvé son bonheur.

Carte blanche au vignoble

Sur les 120 ha d’espaces protégés, le vignoble offre un potentiel de 43 ha, qui grimpera à 60 ha avec le rachat de 17 ha de vignes de son voisin, dont 9 ha en AOP Pic Saint Loup. Pour l’heure, 36 ha sont plantés et exploités au domaine, tous en bio et HVE, répartis en trois terroirs : un tiers en AOP Pic Saint Loup, un tiers en IGP Pays d’Oc sur des terres argilo-calcaires, où l’équipe souhaite produire des rosés, et un dernier tiers, toujours en IGP, sur des terres plus calcaires sur lesquelles seront plantés des cépages blancs. Des plantations, à raison de 5 ha par an, seront réalisées dans les quatre prochaines années. "À terme, l’idée serait de consacrer 15 ha pour la production de vins rouges en AOP Pic Saint Loup, 15 ha pour celle de vins rosés, et le reste en blanc, et pourquoi pas majoritairement en blanc", détaille Emmanuel Clausel. 

Pour la plantation de cépages, l’équipe ne s’interdit rien. Ainsi, pour les blancs, seront plantés du petit manseng, un cépage d’origine pyrénéenne, du vermentino, mais aussi du chenin blanc, du fiano de Campanie, en Italie, et pourquoi pas du verdejo, cépage blanc venant d’Espagne, "bien adapté au réchauffement climatique", indique Karen Turner. Pour les rosés et les rouges, dès l’an prochain, les vignes accueilleront de la syrah, du grenache, de la cournoise, du cinsault, et peut-être du morrastel. "Pour les IGP, c’est carte blanche. Pour les AOP, on souhaite faire des vins avec de la fraîcheur, de la complexité, du fruit, de la tension, et surtout sans bois, soit des vins qui nous ressemblent et que l’on aime", détaille l’œnologue. Faire des vins à bulles, pour les rosés et les blancs, sera aussi au programme, ainsi que des vins orange, un des dadas de la winemaker. 

Pour atteindre ces objectifs, outre le programme des plantations, un chef de culture viendra rejoindre l’équipe, et un nouveau chai, sur la base d’un bâtiment existant, est en cours de construction, avec un espace de dégustation. Il devrait être fin prêt en mars 2023. À l’horizon 2029-2030, la production totale devrait avoisiner les 330 000 cols autour d’une quinzaine de cuvées. Mais le projet ne s’arrête pas là.

Un lieu d’accueil haut-de-gamme

Situé dans l’arrière-pays de Montpellier, le Pic Saint-Loup, par sa proximité avec la capitale languedocienne et la beauté de ses paysages naturels, est l’un des lieux favoris de balade des Montpelliérains. Retrouvant ses réflexes professionnels d’antan, et voulant participer à l’attractivité du territoire, Emmanuel Clausel a donc décidé de faire du Domaine Uma un lieu d’hospitalité, qui regroupera un hôtel 5* disposant de 23 chambres (en attente de permis), un spa de 350 m2, avec piscine intérieure, un restaurant gastronomique, un bistrot, une guinguette, une galerie d’art, une école autour du goût et une boutique. Si tout se déroule correctement, l’ensemble du projet pourrait être finalisé en avril 2024.

Coût de l’opération ? Le nouveau propriétaire préfère rester discret en raison des appels d’offres en cours, et réfute toute dimension capitalistique. "Quand on s’intéresse au monde du vin, on est plus sur un projet patrimonial, même si notre ambition est que ce lieu œnotouristique soit en capacité d’accueillir 60 000 personnes par an", conclut-il.

Florence Guilhem


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