Coronavirus : les domaines et les négoces vivent au jour le jour

Publié le 31 mars 2020

Si le pays est à l’arrêt, la vie continue dans les vignes. Tous les viticulteurs sont autorisés à aller dans leurs vignes pour les tailler.

Déjà impactées par les taxes américaines, le repli du marché chinois et le Brexit, l’épidémie va impacter le fonctionnement des entreprises viticoles. Point d’étape.

Bonne nouvelle : les viticulteurs peuvent être dans les vignes pour la taille, comme tous les autres agriculteurs appelés dans leurs parcelles. La vie continue au moins de ce côté-là. Et, autre avantage : il est assez facile de se tenir à distance les uns des autres, comme l’imposent les mesures sanitaires, et donc de respecter les gestes barrières. Mais la filière sait déjà qu’elle non plus n’échappera pas aux effets du coronavirus sur le plan économique. “La durée du confinement va être déterminante à ce sujet”, indique Jérôme Despey, président du conseil spécialisé vin de FranceAgriMer. Avant d’ajouter : “Pour l’instant, il n’y a pas d’observation de baisse de retiraison des vins dans les chais, mais cela pourrait se produire dans les semaines à venir.” En matière de main-d’œuvre, aucune tension particulière n’est relevée pour l’heure.

Côté caveaux, après une bonne fréquentation en début de confinement, celle-ci se tasse désormais, et certains ont décidé de fermer. Par ailleurs, si les débouchés avec la grande distribution ne sont pas remis en cause, des pertes sont déjà enregistrées avec la restauration hors foyer et l’export. De même, avec les reports et annulations des salons professionnels et grand public, les vignerons indépendants vont être à la peine. “Il y aura donc besoin d’un accompagnement de trésorerie auprès de ces exploitations”, prévoit Jérôme Despey. Des dispositions seront sans doute à prendre en matière de stockage du vin, des reports de dossiers sont à prévoir, notamment sur les plantations. “Nous avons demandé que les aides viticoles soient payées le plus rapidement possible. Avec l’appui du ministère de l’Agriculture, nous avons instruit une demande auprès de la Commission européenne pour être payés sans attendre les contrôles sur place”, indique Jérôme Despey.

“Tout se fera au fur et à mesure.” En attendant, la filière viticole peut déjà s’appuyer sur les mesures mises en place par l’État pour venir en aide aux entreprises.

Les mesures

Le chômage partiel est pris en charge par l'État. L'employeur paiera 70 % du salaire brut et sera remboursé à 100 % par l'État dans la limite de 4,5 Smic. Les charges sociales et fiscales seront reportées. Les entreprises qui le demandent ne paieront pas en mars, et ces reports seront prolongés autant que de besoin. Un fonds de solidarité est également mis en place pour les entreprises qui ont dû fermer. Cela concerne les sociétés qui réalisent moins d'un million d'euros de chiffre d'affaires (CA), et les petites entreprises qui ont perdu 70 % de CA entre mars 2019 et mars 2020. Une aide directe de 1 500 € leur sera versée sur simple déclaration. Un dispositif anti-faillite pour les entreprises en grande difficulté sera créé au cas par cas. L'État met également en place un fonds de garantie des emprunts de 300 milliards d'euros en France. Il s'agit de maintenir à flot la trésorerie des entreprises touchées par la crise économique liée au coronavirus. La filière vin peut déjà solliciter ces dispositifs pour accompagner sa poursuite d’activités.

L’embouteillage à l’arrêt

Même s’il reste difficile de parler de manière exhaustive, il semblerait que plus aucune prestation externe de mise en bouteilles ne soit possible dans la région depuis l’annonce des mesures de confinement, tant pour les lignes fixes que mobiles. Les caves équipées avec leur propre chaîne peuvent continuer à embouteiller dans la mesure de leur capacité à respecter les distances entre opérateurs et les gestes barrières. Le respect des mesures de sécurité sanitaire apparaissent, en revanche, difficilement transposables au niveau des prestataires fixes ou mobiles de mise en bouteilles, comme le précise Pierre Beauclair, le directeur général d’Embouteillage Services : “Dès les premiers avertissements, nous avons mis en place des mesures drastiques d’hygiène et de distance pour nos employés. Mais dès l’annonce du confinement, nous avons choisi de fermer pour arrêter complètement l’activité.” Chez Embouteillage Services, les postes administratifs sont transférés en télétravail pendant que les postes de production sont à l’arrêt complet. L’entreprise, certifiée ISO 22000 (sécurité alimentaire) et 26000 (Responsabilité sociale des entreprises), a dû rapidement prendre des mesures et arrêter son activité pour répondre aux exigences de ces certifications. Mars figure pourtant comme l’un des mois les plus chargés de l’année pour l’entreprise. “Nous nous contentons donc de reporter sans pouvoir indiquer de date de reprise, mais c’est une grosse inquiétude financière, nous n’avons aucune visibilité”, poursuit Pierre Beauclair. Dans l’ensemble, les clients concernés font contre mauvaise fortune bon cœur et se montrent compréhensifs des contraintes exceptionnelles posées par l’arrivée du Covid-19.

Des arrêts d’activité incontournables

Au regard des contraintes posées pour arrêter leurs fours, les verriers produisent encore des bouteilles. Les bouchonniers restent en production, sans toutefois savoir pour combien de temps. Les usines de cartonniers se situent, quant à elles, entre deux eaux : ne constituant pas une production de première nécessité, elles fabriquent toutefois des emballages indispensables au conditionnement des produits alimentaires. Les cartons destinés aux vins ne devraient toutefois pas figurer parmi les priorités de production.

Du côté des laboratoires de conseil et analyse œnologique, les échos sont les mêmes : fermeture des activités de laboratoire et maintien des échanges téléphoniques pour accompagner les producteurs au mieux de ce qui est faisable à distance, mais sans dégustation possible ni support analytique, le champ d’action reste limité.

Florence Guilhem et Olivier Bazalge

 


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