Coronavirus : des secteurs à la pêche aux solutions

Publié le 21 avril 2020

Après un ‘Plan Pêche’ dévoilé par la Région et la préfecture d’Occitanie, les conchyliculteurs attendaient un dispositif spécifique.

Un mois après le début du confinement, les professionnels de la pêche et de la conchyliculture pâtissent du ralentissement, voire de l’arrêt, des échanges commerciaux habituels. Entre plan régional, aides et initiatives d’appoint, les producteurs d’Occitanie et de Paca se débrouillent, mais ne sont guère optimistes.

“Vu la situation des trésoreries, je crois qu'on va être les premiers à subir les conséquences de cette crise." Le président du Comité régional conchylicole de Méditerranée (CRCM) est inquiet, la veille du week-end de Pâques. Dans l'attente d'un dispositif de soutien à la conchyliculture, Patrice Lafont commence à estimer les pertes pour les quelque 600 entreprises réparties sur le bassin méditerranéen, de l'étang de Salses-Leucate à la rade de Toulon.

En Occitanie, un plan dédié aux pêcheurs est activé, pour reporter les échéances ou venir en aide aux "petits métiers". Une "réactivité" de la préfecture, de la Région et de la Direction interrégionale de la mer Méditerranée (Dirm) saluée par Bernard Pérez, président du Comité régional des pêches maritimes et des élevages marins (CRPMEM).

Un ‘Plan Pêche’ régional

Le 7 avril, la préfecture d'Occitanie et la Région ont présenté un 'Plan Pêche', reposant sur les dispositifs d'aide aux entreprises. Ces mesures prévoient, notamment, la prise en charge des salaires des marins et capitaines de navires de pêche salariés "dans le cade du chômage partiel", indique la Plan État/Région. Le "prêt bancaire (...) garanti par l'État", le report des cotisations et impôts, ou la suspension de certaines factures, font suite au Fonds national de solidarité (FNS). Celui-ci joue pour les entreprises "de moins d'un million d’euros de chiffre d'affaires", et dont le chiffre a baissé d'au moins 50 % entre mars 2019 et mars 2020(1). Il s'élève à 1 500 €, voire 2 000 € complémentaires afin d'éviter la faillite. Un Fonds de solidarité Pêche prévoit également une aide spécifique aux "petits métiers", soit 1 500 € pour ceux ne bénéficiant pas du FNS, et un complément sur les charges fixes, de 500 à 1 500 €. Ces “petits métiers” représentent "75 % des professionnels de la filière", note Bernard Pérez. En tout, une centaine avait rempli la demande de dossier en une semaine, sur les 2 500 professionnels recensés.

Préparer l'après

"Tous les pêcheurs sont frappés de la même façon", indique le président du CRPMEM. Au début du confinement, "85 % des bateaux ne sortaient pas", aujourd'hui, ils sont "environ 70 %." Les criées d'Occitanie sont ouvertes, mais "beaucoup de gens ont stoppé leur activité". Les petits pêcheurs polyvalents, aux bateaux ne dépassant pas les 12 m, ont basculé sur la vente directe une fois les restaurants fermés, là où les pêcheurs d'anguilles ou à pied ne peuvent plus travailler. Le sort des thoniers préoccupe aussi Bernard Pérez. "Leur campagne démarre début juin. À ce jour, on ne sait pas où l'on va." Il a interpellé les services de l'État pour qu'ils puissent "gagner leur vie", sans devoir jeter le poisson. De sortie, moins de la moitié de la flottille "arrive à bien vendre" à la criée de Sète.

Malgré "l'élan de solidarité" et la mobilisation des pêcheurs sur les réseaux sociaux, "pour faire découvrir notre patrimoine et nos produits", Bernard Pérez compte "organiser l'après", auprès des producteurs, des représentants professionnels et des services de l'État, pour pérenniser la filière.

Une cellule de crise pour les conchyliculteurs d'Occitanie

Une cellule de crise a réuni, début avril, la Dirm, le cabinet de la présidente Carole Delga, et les services de la préfecture, pour mettre en place un dispositif adapté à la filière conchylicole, avec de probables "modulations de critères", évoque Patrice Lafont, pour ceux ne rentrant pas dans le cadre du FNS. En attendant une évaluation globale de l'impact de la crise, le secteur n'en est pas à son premier coup dur. Les prêts bancaires garantis, ou les reports de cotisations, sont sollicités, mais les conchyliculteurs comptent déjà "un passif assez dramatique", rappelle le président du CRCM. Les centaines de tonnes perdues ne feront que s'ajouter aux pertes causées par la suspension provisoire et décriée, en janvier à Thau, évaluées à "- 80 % un mois après l'ouverture", sans oublier les 13 semaines de fermeture entre 2017 et 2018.

Pertes sèches et prix à garantir

"Les trésoreries ne sont pas à la banque, mais dans l'eau !" La question de l'achat des naissains, à l'étude avec les collectivités, et celle des stocks, se posent inévitablement. "L'évaluation des pertes est en cours auprès du CRCM", explique Patrice Lafont. Les conchyliculteurs avaient jusqu'à mercredi pour la remplir. Une monographie conchylicole, conduite par le Centre d'étude pour la promotion des activités lagunaires et maritimes (Cepralmar), servira de base pour synthétiser tous les besoins des exploitations. Une enquête nationale sera menée "tous les sept à dix jours", auprès des exploitants.

La plupart des structures sont des petites ou très petites entreprises (de 0,5 à 1 salarié). Aussi ont-elles dû s'adapter, en misant sur la vente directe, pour ceux qui disposent de l'agrément, ou la livraison à domicile. Début avril,
75 % des producteurs de Méditerranée ont déclaré avoir au moins un point de vente impacté par la suspension. Le CRCM évalue à 99,4 % les répondants ayant déclaré subir des diminutions, voire des arrêts, de vente ou de commandes. "Il faudra trouver des leviers avec la Région et les collectivités locales", espère Patrice Lafont, notamment pour garantir les prix.

Philippe Douteau

 

(1) Les aides du Fonds national de solidarité ou celles versées par la Région Occitanie aux entreprises qui ne peuvent pas justifier d’une baisse du CA de 50 %, ne sont pas cumulables avec les arrêts temporaires, financés par le FEAMP et l’État.


“La saison aurait dû démarrer maintenant”, regrette le président du CRCM, Patrice Lafont. “À part le report de charges, je ne vois pas comment effacer les dettes sur le chiffre d’affaires.”

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