Coopération agricole Occitanie : Des filières à l’épreuve de la crise

Publié le 28 avril 2020

Parmi les caves interrogées par la Coopération agricole Occitanie, la première semaine d’avril, 64 % d’entre elles subissent une baisse d’activité dans le vrac et 71 % en conditionné.

L’impact du Covid-19 s’avère très fluctuant selon les filières. Chaque secteur est contraint de s’adapter à la réactivité des circuits de distribution et aux impondérables logistiques. Des prix aléatoires aux disponibilités de stockage, rien n’est certain, mais la Coopération en région veille au grain.

Suite aux deux enquêtes menées fin mars auprès de 151 caves, puis de 46 coopératives d'autres filières, les équipes de la Coopération agricole Occitanie ont, dès le début de la crise, collecté et analysé les données des coopératives régionales, pour tenter d'y voir plus clair dans les besoins et suivre au plus près les évolutions de chaque filière, et tenter d'anticiper au mieux les stratégies à adopter face à des marchés globalement perturbés. 

Vin : inquiétudes sur le réseau CHR

Parmi les caves en activité, c'est le segment de la grande distribution qui permet au marché de se maintenir tant bien que mal. Sur les 146 caves qui ont répondu au 15 avril, "28 % d’entre elles accusent une baisse d'activité en grande distribution", indique la récente enquête auprès de la Coopération viticole en Occitanie, avec "une hausse constante des BIB", précise Valérie Bas-toul, directrice générale des services, en charge du suivi de la filière viticole. Le secteur des CHR et de la RHD est plus sinistré, en raison de la fermeture des établissements. 73 % des caves accusent une baisse dans ce domaine, qui cristallise les inquiétudes. Tout dépendra de "la capacité de rebond des entreprises dans les mois à venir", sans que les annonces actuelles permettent de se projeter. Entre-temps, la plupart ont adapté leurs démarches, via le système de drive au caveau.  

La reprise quasi générale des structures assurant le suivi des vins ou la réouverture des caveaux est un point encourageant. Alors qu'on comptait "une vingtaine de caves à l'arrêt en mars", elles ne sont plus que huit en région, annonce Valérie Bastoul. La moitié des effectifs est active (65 %, télétravail compris). 

Par ailleurs, s'il est incertain d'établir des prévisions à l'heure actuelle, le grand export a globalement tenu, avec la Chine et les États-Unis, bien que le Covid-19 "aggrave une situation déjà complexe". Après un ralentissement en première semaine, les niveaux à l'export se sont maintenus en mars, mais entament un déclin début avril, portant à 43 % les caves connaissant une baisse d'activité sur ce terrain.  

La demande nationale d'ouverture à une distillation de crise, pouvant dégager entre 2,5 et 3 Mhl avant vendanges, a été soumise par la filière vin française, et soutenue notamment par le président de la Coopération agricole Occitanie, Boris Calmette, ainsi que par Jérôme Despey et Jean-Marie Fabre (Vignerons indépendants). Un prix fixé à 80 €/hl pour les AOP et IGP, et à 65 €/hl pour les vins sans IG, ou des aides au stockage sont proposés en guise d'accompagnement. 

Manque de visibilité sur l'approvisionnement 

De l'approvisionnement de matériel aux conditions de livraison et de transport, toutes les filières sont diversement concernées. Du côté des fournisseurs, l'activité ralentie ou nettement perturbée a des répercussions sur les caves. 49 % d'entre elles font face à un manque de matières sèches (cartons, bouchons, bouteilles). Certaines structures peuvent compter sur leurs stocks, mais "cela peut poser problème si la situation venait à durer", alerte Valérie Bastoul. Après la première semaine de crise, les transporteurs jouent aujourd'hui "globalement" le jeu, comme pour l'ensemble des filières, notamment après la réouverture des aires d'autoroutes. En charge du suivi de la filière élevage et de l'agroalimentaire, Claude Floch a eu vent d'un blocage au niveau du tunnel de Bielsa vers l'Espagne, pouvant nuire à la commercialisation des céréales. Une note a été transmise au préfet de Région pour résoudre ce "problème politique", et permettre quelques points de passage.

Agneau pascal pour familles confinées

Il est encore trop tôt pour évaluer l'incidence sur la filière vin, mais l'effet Pâques et les efforts des interprofessions ont permis de limiter la casse pour la viande. Pour Claude Floch, "l'inquiétude sur l'agneau était justifiée", mais la communication d'Interbev, axée sur la tradition, a incité les entreprises à s'adapter à la demande, en proposant "des gigots taillés pour des familles confinées". La GD a misé sur l'agneau pascal français, en gelant les importations de l'UE. Après le 14 avril, c'est la campagne sur le veau qui a été relancée. 

En viande bovine, un fort développement du haché s'explique par la fermeture des boucheries. "En GMS, la vente de steaks hachés a bondi de 20 % par rapport à 2019", note Claude Floch. Sur les œufs, la demande est "exponentielle", et les volailles de chair se vendent bien, grâce aux filets (poulet, dinde), "très demandés". 

Côté prix, la GD "ne joue pas le jeu", déplore-t-elle, en viande bovine comme pour le veau. Un alignement des prix est plus que souhaitable, au risque "de ne pas payer les producteurs comme il faut".  

Viande, lait, fromages : des nécessaires mesures de stockage

En début de semaine, la demande en veau était toujours là, mais une baisse de cadence risque d'engorger le marché. Il faudra stocker. Des mesures européennes sont espérées pour plusieurs filières, dont le foie gras ou bien le lait.

Confrontées à des arrêts de collecte, en raison de l'arrêt des marchés ou des rayons à la coupe, les PME et PMI fromagères sortant des petits volumes, à valeur ajoutée, ont "évité le pire" grâce aux aides octroyées par l'État et la Région, constate Claude Floch. "Elles ont dû investir dans du stock en froid." Certaines structures ont accusé une baisse d'activité "jusqu'à 80 %, pour les fromages sous signe de qualité".  

Les interprofessions ont ainsi décidé de baisser le volume de production de lait. Le Cniel (Centre national interprofessionnel de l'économie laitière) a annoncé financer une aide de 10 M€ pour accompagner les éleveurs qui réduiraient leur production d'avril, entre 2 et 5 %, "sous réserve d'une validation de l'UE". Pour les interprofessions et la Coopération agricole, ces mesures sont indispensables pour provisionner à nouveau la restauration collective, "maintenir les cours (...) et privilégier l'origine auprès des collectivités", souhaite Claude Floch.  

Fruits et légumes : la filière épargnée ?  

La grande distribution aura globalement joué la carte du ‘made in France’, en réduisant les importations, notamment de fraises et d’asperges. Avec le report de la part destinée à la restauration collective vers la GD, la filière n'accuse pas de baisse nette, confirme Raphaël Martinez. Le directeur de la Fédération fruits et légumes d'Occitanie observe une "forte valorisation de la production française" dès le deuxième week-end de crise, sur les fraises, les asperges, les tomates, entre autres. Les prix ont été légèrement supérieurs à l'an dernier, "sans excès", dus aux coûts supplémentaires. 

Mais "l'équilibre du marché se joue ailleurs aujourd'hui". Les entreprises doi-vent aborder des circuits différents et mobiliser de la main-d'œuvre. "Elles ont dû pallier 10 à 20 % d'absentéisme en réorganisant les équipes" par des recrutements de complément. Mais la perspective du pic estival, en juin et juillet, où la main-d'œuvre est la plus demandée, inquiète. Cette année, avec la fermeture des frontières, les exploitations devront peut-être se passer des saisonniers espagnols ou portugais, et se tourner vers le Maroc, la Bulgarie ou la Roumanie. 

Si les phases d'éclaircissage ont été moins nombreuses, les producteurs appréhendent la cueillette à venir. Les prix risquent d'être un peu plus élevés en raison des coûts, mais le secteur s'en sort avec les honneurs, "peu impacté par la modification de la consommation". Reste à voir si le portefeuille des Français, au sortir de la crise, pourra supporter le coût du circuit court. 

Philippe Douteau 

 


La fermeture des boucheries a permis aux GMS d’écouler 20 % de steaks hachés de plus qu’en mars 2019. “Mais tout est aléatoire chaque semaine, voire chaque jour”, explique Claude Floch.

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