Convois exceptionnels

Publié le 10 février 2022

À Nîmes, le 31 janvier, une cohorte de tracteurs a défilé dans les rues, marquant des arrêts devant une enseigne Leclerc, les douanes, la DDTM et enfin la préfecture. © Ph. Douteau

À l’appel de la FRSEA Occitanie, les fédérations départementales ont mobilisé leurs troupes dans toute la région pour faire entendre leurs revendications et leur ras-le-bol. Entre les mille-feuilles réglementaires, la surcharge administrative, les prix tirés vers le bas et les aides promises qui se font attendre, les FDSEA du Gard et des Pyrénées-Orientales ont sorti leurs tracteurs, lundi 31 janvier.

Le temps de la mobilisation a repris. Subissant les contraintes réglementaires, alors que les coûts de production ne cessent d'augmenter et que certaines enseignes de la grande distribution cassent les prix, les agriculteurs gardois de la FDSEA, ralliée par la Coordination rurale pour l'occasion, ont démarré leur cortège de tracteurs au départ de la Chambre d'agriculture pour s'achever aux portes de la préfecture, à Nîmes. Après quelques flambées et déversements de végétaux et de litres de lisier devant les portes d'un Leclerc drive, de la division des douanes et de la DDTM, une délégation réunissant la FDSEA, la section gardoise des Vignerons coopérateurs, le syndicat bovin du Gard, les Vignerons indépendants et la Chambre d'agriculture, a été reçue par la préfète. Malgré des points en suspens, certaines avancées sont favorablement accueillies. À Perpignan, la FDSEA 66, les JA et les Vignerons indépendants ont également sollicité le préfet. 

Doléances à la chaîne 

"On ne veut pas emmerder les consommateurs !" Avant de lancer la mobilisation matinale à Nîmes, le président de la FDSEA du Gard, David Sève, a pris soin de pointer du doigt les responsables et de lister les problématiques en cause dans les déboires des agriculteurs, en écho au slogan de la manifestation : "Emmerder ceux qui nous emmerdent". La carte des ZNT (Zones de non-traitement), qui a multiplié par quatre le tracé des cours d'eau (14 000 km),
reste "inacceptable" pour le président. "On risque de perdre un tiers des surfaces du département, sans compter les ZNT riverains." Autre point d'achoppement "inadmissible", la suradministration et les procédures de plus en plus restrictives dans le montage des dossiers d'aides (Pac, FranceAgriMer), "retoqués à la moindre erreur". 

Si les charges des matières premières ont flambé (diesel, engrais), les prix payés aux producteurs demeurent insuffisants. "La grande distribution nous pressurise. Il faut toujours rééquilibrer le rapport de force", clame David Sève, qui affiche par ailleurs sa déception sur l'avancée du dossier des aides suite au gel. Il n'en fallait pas moins pour sortir l'artillerie lourde dans les rues de la ville. D'abord, par une escale devant le drive d'un Leclerc, en réponse à l'affront de la fameuse baguette à 29 centimes d’euro. "Certaines enseignes ne jouent pas le jeu, on ne pouvait pas aller ailleurs que devant Leclerc", explique Frédéric Cavagna, de la section viticole du syndicat. "À quand la bouteille de vin à 1 € ?", ironise à-moitié David Sève. 

Aides gel : le "flou artistique" 

Après le gel, c'est la douche froide. La promesse faite par Jean Castex d'un montant de 1 milliard d’euros (Md€) ne saurait suffire aux quelque 6 Mds€  de dégâts constatés en France. Les aides MSA prévues "jusqu'à 15 000 € par exploitation", comme promis, concernent 2 000 dossiers dans le département, mais "on ne voit rien venir", atteste Anthony Bafoil, président de la section Gard des Vignerons coopérateurs. Si une petite centaine d'exploitants les plus fragilisés a été aidée, de l'ordre de 500 à 1 000 €, c'est "le flou artistique", déplore Pierre Jauffret, président des Vignerons indépendants du Gard. 

Vers midi, la délégation s'est entretenue près d'une heure avec la préfète Marie-Françoise Lecaillon, qui a convenu d'une révision de la carte des cours d'eau. "C'est l'antériorité qui l'emporte. Ce n'est pas à nous de nous adapter", confirme David Sève au sortir de la préfecture. La carte sera revue après identification des vrais cours d'eau par les services préfectoraux. Une avancée non négligeable, tandis que la prise en charge des franchises pour les assurés touchés par le gel et les aides à l'aval font défaut. "La préfète s'est engagée à appeler le préfet Michel Papaud (coordinateur du Plan gel en soutien aux exploitations, ndlr)."  Suite au refus de l'Union européenne d'inclure la prise en charge des cotisations MSA dans les aides Covid-19, la règle des minimis impliquerait des critères trop restrictifs pour les cotisations annuelles personnelles. "90 % des gens vont être exclus", estime David Sève, qui évoque une probable mobilisation, pour enfoncer le clou. 

Six procès sur la Têt au cœur des revendications 

À Perpignan, la FDSEA 66, désignée porte-parole des syndicats associés à cette journée de manifestation, estime à 400 le nombre d’agriculteurs présents, dans la rue, ce 31 janvier. 

Mené par 80 tracteurs, le cortège s’est arrêté à la préfecture et à la DDTM. Une délégation a été reçue rapidement par le préfet, Étienne Stoskopf, qui leur a donné rendez-vous ultérieurement. Pour marquer la grogne, un muret a été érigé à l’entrée de la DDTM. Devant les deux sites, les agriculteurs ont déversé déchets végétaux et ceps de vignes. 

Dans les Pyrénées-Orientales, les agriculteurs dénoncent une politique d’abandon avec, en fond, une crise sur l’eau. Six procès sont intentés à six ASA (Associations syndicales autorisées) pour restreindre l’irrigation d’importantes surfaces de maraîchage et d’arboriculture. La Fédération nationale de l’’environnement (FNE) s’active pour faire annuler des arrêtés préfectoraux autorisant un débit minimum réservé et saisonnier pour des canaux d’irrigation rattachés à la Têt. 

Sur le Teck, un autre petit fleuve, un procès a été gagné pour les mêmes raisons. Les syndicats craignent un effet de jurisprudence pour les six suivants. “Nous ne comprenons pas qui est derrière la FNE, dont les directives sont prises depuis Montpellier. Nous n’avons aucun interlocuteur localement. Nous revendiquons, nous aussi, la protection de l’environnement. Pourquoi s’en tenir à la faune des rivières, alors que dans les canaux vivent aussi des poissons, qu’ils irriguent des champs et des forêts et participent à l’alimentation des nappes ? Cette interdiction va les assécher”, explique Pierre Pagnon, président des Jeunes agriculteurs 66. 

Les syndicats déplorent que les pouvoirs publics n’aient pas fait appel. “Une crise de l’eau est engagée”, déclare Bruno Villa, président de la FDSEA 66. “On nous demande de répondre à une demande de souveraineté alimentaire, mais les restrictions sont de plus en plus contraignantes.” Pour la FNE, le prélèvement effectué sur ces petits fleuves est nettement supérieur au minimum nécessaire à leur survie. Si pour les agriculteurs les jeux sont faits, le préfet a promis de les recevoir bientôt. 

Dans les revendications du jour, les agriculteurs dénoncent également des promesses non tenues d’exonérations de charges, par la MSA, pour faire face aux pertes dues au gel. “On ne verra pas la couleur des fonds. Nous déplorons que ni le Département ni la Région n’aient abondé à ces mesures. Si cela ne représente pas grand chose pour chaque agriculteur, c’est un désengagement sur des sujets importants”, reprend le président des JA. 

Philippe Douteau et Catherine Jauffred


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