Contre la hausse brutale du prix du GNR

Publié le 29 mars 2022

En attendant le cortège venu de l’Est du département, les agriculteurs ont manifesté sur le rond-point de Leclerc, à Carcassonne, avant de rejoindre la préfecture à 10 heures. © J. Bonnery

C’est une union inédite. Pour la première fois, le syndicat des vignerons de l’Aude, la FDSEA de l’Aude, les JA et la Chambre syndicale de l’artisanat et des petites entreprises du bâtiment de l’Aude (Capeb) se sont réunis pour une mobilisation contre la flambée brutale du prix des matières premières, notamment du gasoil. La mobilisation a été “cinq fois plus grande que prévue” avec 500 personnes selon la police et 1000 selon les organisateurs.

Au petit matin du vendredi 18 mars, un convoi de tracteurs venus de l’Ouest audois s’est réuni sur le rond-point de Leclerc à Carcassonne. En attendant le second convoi venu de l’Est du département, la circulation a été bloquée pendant que des fumées de pneus et de paille noircissaient le ciel de la 113. “Voir autant de tracteurs aujourd’hui, alors qu’il pleut et que nous n’avons pas eu le temps d’organiser cette manifestation, c’est exceptionnel. Vous êtes les meilleurs d’être autant à avoir quitté vos exploitations”, a lancé Jean-Pierre Alaux, président audois de la FDSEA, en rappelant le tarif du jour du GNR à 1,88 €  HT. “Aujourd’hui, on ne manifeste pas contre le préfet, qui fait tout ce qu’il faut pour nous défendre, c’est contre le gouvernement que nous avons beaucoup de critiques. Il nous demande de toujours produire, sans que jamais les coûts de production ne soient décents”, a-t-il fustigé, en invitant les agriculteurs à rester groupés toute la journée : “Nous ne cassons rien ! On n’est pas des destructeurs, on est là pour se faire entendre.” À l’arrivée du deuxième convoi, l’ensemble des manifestants a rejoint la préfecture après un tour du centre-ville. Alors qu’un concert de klaxons animait les rues, de nombreux badauds ont encouragé les paysans, sourires aux lèvres et smartphones à la main. 

Le prix du GNR : principale revendication

Avant qu’une délégation (chaque président et les administratifs) ne rejoigne le bureau du préfet de l’Aude, Thierry Bonnier, les très nombreux engins ont stationné boulevard Jean Jaurès où les échanges ont fusé. “Là, je suis censé m’occuper des préparations de printemps pour semer les cultures d’été, mais je vais essayer de minimiser le travail du sol en y passant qu’une seule fois et en combinant les outils. Cela aura un impact sur les rendements”, explique un céréalier de la Piège. “Avec tout ce qu’il se passe, on va nous demander de produire plus, mais on nous en empêche en permanence ! Les engrais azotés sont à pratiquement 1 000 €/t, les phytos, les transporteurs, le matériel... tout augmente !” Du côté des viticulteurs, la même grogne. “Aujourd’hui avec le prix du GNR qui a triplé, on ne sort pas inutilement. Pour les engrais, on limite les surfaces d’épandage. Moi, je dois être entre 30 ou 40 % de surface au lieu de 100 %. Je n’en mets que sur des plantiers ou des vignes jeunes, ou s’il y en a vraiment besoin”, expliquent en cœur plusieurs vignerons de l’Alaric. “Pour les produits phytos, on a fait beaucoup d’efforts, on a supprimé tous les cancérigènes. Là, on termine la taille, mais on va lésiner sur le travail du sol, et avec les réductions de glyphosate, c’est compliqué. Maintenant, les coûts de production ont doublé, les cours du vin ne suivent pas et on travaille à perte. Et pour les pêcheurs, c’est pareil, on est dans le même bateau.” Des pêcheurs qui soutiennent cette mobilisation “mais qui ont pris la décision nationale de ne pas faire de mouvement parce qu’il y a la guerre”, a rapporté Frédéric Rouanet, président du syndicat des vignerons de l’Aude. “On s’est aperçu ce matin que la mobilisation est cinq fois plus grande que ce qu’on avait prévu. C’est une démonstration de force. Aujourd’hui on demande une solution pour l’augmentation des matières premières. Le gouvernement nous pousse à des méthodes environnementales où il faut plus de gasoil, et là on ne peut plus. Il va y avoir d’énormes augmentations aussi dans les caves, qu’elles soient indépendantes ou coopératives, sur tout ce qui est soude, azote, gaz, etc.Avec le gel qu’on a connu, on aura la double peine pour cette année. (...) Le fait marquant, c’est qu’on s’est associé pour la première fois avec la chambre de l’artisanat. Ce n’est pas tous les jours que divers corps de métiers arrivent à se rassembler sur plusieurs revendications. C’est une belle preuve de force. On voulait marquer le coup, c’est un premier avertissement”, a-t-il conclu, en appuyant : “Il ne faudrait pas que dans les jours à venir, si jamais nous n’avons pas gain de cause, nous prenions les chemins de Port-la-Nouvelle pour aller bloquer la raffinerie.” Des inquiétudes partagées par les JA : “Les aides de Jean Castex sont ridicules, on veut le gasoil à moins d’1 € TTC ; et là, on pourra assurer la souveraineté alimentaire et faire manger les Français”, a expliqué Fabien Mariscal, co-président des JA de l’Aude. “Lui, ce sont 180 litres par hectare pour préparer un champ”, lance-t-il en pointant du doigt un tracteur. “Actuellement, il y a des éleveurs qui font partir les poulets à 90 jours au lieu de 120. On attend beaucoup du gouvernement.” 

“On est tous solidaires”

Avant que la délégation ne rejoigne le préfet, chaque président s’est exprimé au mégaphone depuis la benne d’un camion. Olivier Coulom, président de la Capeb1 : “Aujourd’hui, nos trésoreries sont basses. On a des devis de matériaux valables 24 heures. On s’assoit sur nos marges. Les rentabilités sont extrêmement faibles, c’est plus possible... C’est la goutte d’essence qui fait déborder le vase !” 

“En ce moment, si vous faites une commande de GNR, vous l’aurez à 1,88 €, si vous l’achetez en Espagne vous l’aurez à 1,38 €, cherchez l’erreur ! Les 15 centimes qui nous ont été proposés c’est un bol de riz, une honte ! On veut pouvoir travailler dans de bonnes conditions et aujourd’hui on ne sait même pas à quel prix on va pouvoir moissonner et vendanger. On sait très bien qu’on n’aura jamais les 59 ou les 64 centimes qu’on avait au mois de juin, mais il faut très rapidement qu’on soit à 1 €. À ce prix-là, je pense qu’on arrivera à rentrer chez nous”, poursuit Jean-Pierre Alaux. Composée de pneus, de paille, de bâches, de palettes, de ceps de vigne et même de parpaings, une belle flambée a enfumé le secteur entre le tribunal et la préfecture de Carcassonne sous le regard impassible d’un groupe de CRS. En début d’après-midi, le cortège est reparti en direction du rond-point de Leclerc, où un nouveau feu a été allumé.

Justine Bonnery

(1) Chambre syndicale de l’artisanat et des petites entreprises du bâtiment de l’Aude.


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