Conseil de bassin viticole du Languedoc-Roussillon : l’arrachage des vignes, c’est non

Publié le 15 novembre 2022

Après avoir avancé une récolte dans le Languedoc-Roussillon autour de 12,6 millions d’hectolitres, celle-ci devrait finalement dépasser les 13 Mhl. Et, en ajoutant les volumes en stock, soit 6,2 Mhl, cela fera plus de 19 Mhl. © DR

Le 7 novembre, le conseil de bassin viticole du Languedoc-Roussillon s’est réuni à la préfecture de Montpellier. Les échanges les plus longs ont porté sur la production et les marchés.

Si le vignoble bordelais réclame à cor et à cri un plan d’arrachage définitif subventionné par l’État et l’Union européenne sur 10 000 hectares de vignes (chiffre avancé par le Conseil interprofessionnel des vins de Bordeaux, ndlr), pour faire face à ses problèmes de surproduction et équilibrer le marché de l’offre et de la demande, tel n’est pas du tout la position des professionnels du bassin viticole du Languedoc-Roussillon, réunis, le 7novembre, à la préfecture de Montpellier, pour faire un point de situation du vignoble, à présent qu’est rentrée la récolte 2022.

Après avoir avancé une récolte autour de 12,6 millions d’hectolitres, “on va clairement vers un dépassement substantiel de ce chiffre. On devrait atteindre plus de 13 Mhl, et en ajoutant les volumes en stock, soit
6,2 Mhl, on dépassera les 19 Mhl, toutes couleurs confondues. Autrement dit, alors que les stocks étaient encore stables en 2021, du fait cependant qu’il nous a manqué 4 Mhl avec le gel d’avril, il faut s’attendre à ce que les stocks enflent pour cette nouvelle campagne”, craint Alexandre They, co-président des Vignerons indépendants d’Occitanie.

Les stocks portent essentiellement sur les rouges, “avec des disponibilités supérieures à la moyenne habituelle. En revanche, ce n’est pas le cas pour les blancs et les rosés”, ajoute Jérôme Despey, président du conseil spécialisé ‘Vin et cidre’ de FranceAgriMer. Au final, après une campagne 2021-2022 qui a permis de commercialiser 10,6 Mhl, il y aurait donc 2, voire 3 Mhl supplémentaires à vendre pour 2022-2023.

Crise économique et consommation en berne

Or, dans un contexte de crise économique avec une inflation forte, entraînant un moindre pouvoir d’achat des Français, qui réorientent, par conséquent, leurs priorités de consommation, ainsi que la baisse structurelle de consommation du vin en France - l’embellie d’une reprise lors du confinement ne s’étant pas confirmée -, notamment dans la grande distribution sur les douze derniers mois, et des tensions à l’export, écouler tous les volumes risque d’être particulièrement compliqué. D’autant qu’avec “la crise économique et l’inflation, on va rentrer dans le dur en 2023”, s’attend le vigneron audois.

D’ores et déjà, on assiste à “une baisse évidente des sorties de chais. S’il est difficile d’en expliquer toutes les raisons, je pense que l’épargne de précaution à laquelle s’adonnent les ménages pèse aujourd’hui pas mal sur les ventes”, souligne Jacques Gravegeal, président des Pays d’Oc IGP. Sans compter “les volumes de trop non contractualisés, notamment dans l’Hérault et l’Aude, qui ont eu des récoltes importantes cette année”, complète Denis Carretier, président de la Chambre régionale d’agriculture d’Occitanie. En revanche, “la bonne nouvelle, c’est que le marché mondial est équilibré, et qu’il n’y a pas d’excédent en matière de volumes. Aussi, arracher des vignes dans notre bassin, alors que les aléas climatiques rendent incertains les volumes d’un millésime à l’autre, nous exposerait à en manquer et à perdre des parts de marché, faute de pouvoir les approvisionner”, indique Jacques Gravegeal.

Quoi qu’il en soit, face à ces problèmes à la fois structurels et conjoncturels, mais qui ont un impact différent suivant les entreprises, les couleurs de vins, les appellations et les marchés, des solutions au cas par cas doivent être trouvées avec un panel de mesures répondant aux problématiques de chacun, et bassin par bassin. “Les solutions sont dans la diversité”, rappelle Alexandre They. 

Les outils à actionner

Mais avant d’actionner les différents outils disponibles (de l’arrachage à la distillation en passant par le stockage privé, la réserve climatique ou encore le développement des parts de marché), la filière a décidé de mettre en place un comité, coordonné par Jérôme Despey, pour chiffrer précisément les besoins de chacun et les outils à retenir. Seule certitude pour tous : hors de question, pour la filière, de proposer un plan d’arrachage définitif financé par le Plan stratégique national (PSN) de la France pour la prochaine Politique agricole commune (Pac). Une position à laquelle adhère totalement l’Union des entreprises vinicoles méridionales (UEVM).

Il peut y avoir des secteurs en difficulté, notamment en AOP, dans lesquels des exploitations pourraient être accompagnées pour mettre en place des mesures agro-environnementales, afin d’arracher les vignes en excédent, avec des financements liés aux investissements du Second pilier de la Pac, sans que ne soit généralisé pour autant l’arrachage définitif. Mais cela reste à étudier tant sur les volumes que sur les surfaces concernés. Pour cela, il faudra faire le point avec les différents ODG”, indique Jérôme Despey.

Une aide financière à l’hectare arraché serait une bonne base de calcul, “mais comme la vigne est une culture pérenne, nous avons besoin d’une aide financière plus conséquente”, ajoute Ludovic Roux, président des Vignerons coopérateurs d’Occitanie et vice-président de La Coopération agricole d’Occitanie. Des aides pourraient être débloquées par l’Union européenne, l’État, voire la Région. “Ne soyons pas naïfs. L’enveloppe nationale pour la distillation sera soumise à la règlementation européenne. Il ne faut donc pas s’attendre à une intervention de droit divin qui va tous nous sauver, car le budget ne sera pas extensible”, s’attend Alexandre They.

Par ailleurs, la filière demande à  l’Union européenne de pouvoir avoir de nouveau recours à la distillation et au stockage privé, comme elle l’avait autorisé lors de la crise Covid, au travers d’un règlement offrant de la flexibilité dans la mobilisation de ces outils. Si la distillation sera une bonne option pour certains, “pas cependant à n’importe quel prix”, prévient Denis Carretier. L’outil reste toutefois intéressant, comme celui du stockage privé, pour tenir les marchés et éviter de faire basculer le bassin viticole dans des problèmes structurels.

Accompagnement à l’export

Enfin, la filière se tourne vers la Région Occitanie pour que cette dernière l’accompagne dans la promotion et la commercialisation de ses vins à l’export, car, “pour nous, c’est la seule fenêtre de tir”, commente Gilles Gally, président de l’UEVM. Aussi la filière propose-t-elle à la Région de mettre en place un nouveau plan de relance en sa faveur, comme elle l’avait fait lors de la crise sanitaire, en reprenant le principe de base fixé alors, soit 1 € mis par la collectivité territoriale et 1 € par la filière pour financer les exploitations viticoles à l’export. 

Même si vendre des volumes supplémentaires à l’export ne se fera pas en claquant des doigts”, reconnaît Gilles Gally, relancer cette aide de la Région a toutes les chances de porter ses fruits, car il y a encore des marchés à prendre dans des pays où les vins du Languedoc-Roussillon sont déjà bien implantés, notamment en Europe du Nord, en Suisse, en Angleterre, au Canada, aux États-Unis ou encore en Asie, “même si c’est compliqué dans cette dernière zone”, dit-il.

De plus, le bassin viticole a des produits tout à fait adaptés à l’export dans les pays tiers. “Nous avons la chance d’avoir un panel de vins de qualité, dans les trois couleurs, avec différentes appellations et de nombreux cépages. On a donc tout ce qu’il faut pour attaquer ces marchés et leur proposer des produits adaptés à leur goût, que ce soit en entrée de gamme ou en haut de gamme”, défend-il. Mais là où le bât blesse, c’est que pour parvenir à prendre ces parts de marché, il faut des moyens. “Or, des moyens, on n’en a pas beaucoup, et les parts de marché, ça s’achète. Aussi est-il important qu’on nous accompagne financièrement. On aide bien Airbus à vendre des avions. Pourquoi ne pas en faire autant avec la filière vin ?”, questionne Gilles Gally.

Florence Guilhem


ViticultureConseil de bassin viticole du Languedoc-Roussillon crise économique export marché du vin