Confédération des vins IGP : crise Covid et potentiel de production au menu

Publié le 27 juillet 2021

Gérard Bancillon, président de la Confédération des vins IGP, a déroulé le fil d’une année 2020 où la réactivité de la filière et des gouvernants a permis un recul trop important du marché et des cours. © DR

La crise sanitaire a évidemment marqué l’année 2020 pour les vins IGP. à l’occasion de son assemblée générale, la Confédération des vins IGP de France a dressé le bilan de la crise et, inquiète du contexte dans lequel évoluent les vins IGP, s’est penchée sur les outils qui permettraient une meilleure gestion de la production.

Pour la Confédération des vins IGP de France, faire un bilan de l’année 2020 passe immanquablement par un déroulé des actions menées pour accompagner au mieux les 32 entités adhérentes de l’organisation face à la crise sanitaire du Covid. L’assemblée générale de l’organisation a ainsi pu se tenir en présence de tous les participants, le 8 juillet, à Vic-la-Gardiole, dans l’Hérault, pour aborder cette année si particulière.

Sitôt le premier confinement instauré en mars 2020, la confédération s’est mobilisée, au sein de l’AGPV (Association générale de la production viticole) et des organisations associées, pour présenter rapidement un front uni dans le dialogue avec les pouvoirs publics dans cette période de crise.

L’objectif commun était très clair : obtenir de l’état toute l’aide indispensable pour faire face à la gravité de la situation, alors que la filière se trouvait déjà particulièrement affectée par un contexte international tendu, notamment en raison des taxes américaines.

L’établissement de dispositifs de gestion du marché a été au centre des demandes des différentes organisations de la filière, la distillation de crise figurant en première ligne, “même si nous avons eu l’agréable surprise d’observer que le segment des IGP s’en était plutôt bien sorti à l’occasion de ce premier confinement, notamment grâce au vecteur BIB qui a généré des ventes plus importantes. Les sorties de volumes de vrac ont donc été conséquentes grâce à nos metteurs en marché qui travaillent beaucoup avec la grande distribution (GD)”, indique Gérard Bancillon, président de la Confédération des vins IGP de France et de la cave coopérative des Collines du Bourdic, dans le Gard.

Le segment des BIB aura ainsi progressé de plus de 40 % en GD à l’occasion de ce premier confinement et, s’il n’a pas généré la valeur ajoutée rencontrée sur le marché CHR, a permis d’éviter des stocks trop importants dans les caves. Il semblerait que cette embellie des BIB soit depuis revenue à la normale.

Distillation de crise et assurance-récolte

Concernant les mesures d’accompagnement, la bataille fût longue et âpre, mais les producteurs sont globalement sortis satisfaits des arbitrages touchant à la rémunération de la distillation de crise, à hauteur de 78 €/hl pour les AOP et IGP, et 58 €/hl pour les vins sans IG. “Pourtant, dans un premier temps, l’enveloppe budgétaire allouée s’est révélée largement insuffisante. à l’approche de la nouvelle récolte, l’octroi de crédits ministériels supplémentaires a permis de financer 80 % des volumes souscrits par les opérateurs, à des prix qui ont maintenu la stabilité du marché, critère essentiel de cette mesure”, relève le président. Une nouvelle distillation de crise était même attendue en 2021, mais le passage du gel a largement rebattu les cartes de ce sujet.

Suite à cet épisode gélif traumatisant pour tout le vignoble et les autres cultures, de nouvelles mesures sociales ont été demandées par la filière, “sur lesquelles nous avons été entendus, même si ce n’est qu’en partie, compte tenu du faible nombre d’assurés dans notre secteur. Mais pour tout ce qui touche à l’accompagnement bancaire, l’adaptation des PGE ou l’année blanche, nous faisons face à une fin de non-recevoir de la part du gouvernement, alors que nous attendions beaucoup de l’état là-dessus suite au gel. L’année 2022 risque d’être très compliquée pour tous ceux qui n’étaient pas assurés, alors qu’ils n’auront pas les recettes des ventes de vins produits en 2021”, analyse le président de la cave des Collines du Bourdic.

Le sujet de la révision de l’assurance-récolte figure donc parmi les sujets primordiaux à résoudre pour la Confédération des vins IGP. “Les premiers retours de cette réforme semblent aller dans le bon sens, mais tant que rien n’est finalisé, nous devons attendre. Tout reposera sur l’attractivité qui pourra être donnée à ce système assurantiel, pour attirer de futurs exploitants à s’installer. Sans cette réforme, et compte tenu de la pyramide des âges de la profession, la succession sera très difficile dans nos exploitations”, alerte Gérard Bancillon.

Une valorisation amoindrie

L’autre dispositif d’ampleur, l’aide au stockage privé, a rencontré un problème de base légale qui a retardé sa mise en application. Ce n’est qu’en début d’année 2021 que la Commission européenne a donné son aval pour cette mesure permettant de soustraire temporairement des volumes, toujours dans l’objectif d’éviter les surstocks liés à la pandémie, et maintenir les cours en faveur de la production.

“Je regrette toutefois le manque d’avancées autour des exonérations de charges pour la production. Le conditionnement de ces exonérations à une perte de 80 % de chiffre d’affaires durant la période de confinement a, de fait, exclu une grande partie des exploitations viticoles“, regrette le président Bancillon, réélu pour son 4e mandat à l’occasion de cette assemblée générale 2021. Une nouvelle mobilisation des parlementaires a toutefois  été enclenchée aux côtés de l’AGPV pour obtenir des exonérations de charges patronales et cotisations sociales en 2021.

Pour accompagner la filière dans sa reprise d’activité, l’AGPV a également porté un projet de restructuration différée, visant à soustraire des surfaces en production, sans affecter le potentiel de production global. Pour l’heure, cette mesure n’a pas abouti, du moins pas dans la forme attendue par les organisations de la filière, qui souhaitaient une mesure réactive et rapide.

Si les volumes de vins IGP revendiqués et commercialisés ont été relativement stables entre les campagnes 2018-2019 et 2019-2020, Gérard Bancillon insiste sur la perte de valeur ajoutée qu’a provoqué l’arrêt prolongé du circuit CHR. “Les chiffres 2020 des volumes IGP masquent toutefois les pertes importantes de valorisation liées au circuit CHR, même si ce n’est pas une simple question de rentabilité. C’est un circuit essentiel pour la notoriété, qui ramène les consommateurs vers les caveaux de vente et les fidélise, et que nous avons complètement perdu pendant des mois”, appuie Gérard Bancillon, qui souligne également la prépondérance de la restauration de prestige dans la création de valeur pour les vins IGP.

Dans le même temps, la bataille face aux taxes américaines était essentielle pour la valorisation des produits conditionnés, tant ce marché figure parmi les plus intéressants en termes de valorisation du produit en bouteilles.

Les autres marchés export ont également marqué un recul, mais la sortie globale des volumes sur le marché de la GD a permis de limiter les stocks, même si la valorisation s’en est ressentie.

Désireuse de mettre en avant la qualité du travail de ses producteurs, la Confédération des vins IGP va accentuer la communication autour de ses vins, malgré les difficultés de la loi évin en France.

Olivier Bazalge


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