Conchyliculture : Unis contre Dinophysis

Publié le 08 décembre 2020

Les producteurs de l’étang de Leucate sont depuis de nombreuses années confrontés au phytoplancton Dinophysis. Ils cherchent des solutions permettant d’anticiper et pourquoi pas contourner le problème. © Ph. Douteau

Le syndicat des conchyliculteurs de l’étang de Leucate tenait son assemblée générale le 23 novembre. David Murcia, président de l’organisation, situe les problématiques et les enjeux auxquels les exploitants du centre conchylicole de Leucate doivent faire face. La micro-algue Dinophysis reste le problème essentiel et survient malheureusement chaque année à l’approche des fêtes de Noël.

Cela fait plus de 20 ans que ça dure sur le bassin de l’étang de Leucate. Les efflorescences de Dinophysis pénalisent les conchyliculteurs à l’approche des fêtes de fin d’année. En 2019, la préfecture de l’Aude avait dû interdire le ramassage et la commercialisation des huîtres entre le 8 et le 14 novembre. “C’est un gros problème sur le bassin qui se répète presque chaque année, entraînant des fermetures à répétition. Cette micro-algue est également présente dans d’autres bassins de la côte atlantique, mais pas au même moment que nous”, relate David Murcia, président du syndicat des conchyliculteurs de l’étang de Leucate.

Les professionnels tâchent donc de trouver des parades pour éviter ces interruptions récurrentes de récolte. Dans un premier temps, ils souhaitent que des analyses distinctes soient réalisées sur les moules et les huîtres, avec à la clef des procédures de fermetures différenciées, “car les moules sont contaminées en premier”, précise David Murcia.

L’autre piste étudiée depuis trois ans est l’anticipation des efflorescences grâce au diagnostic génétique. En parallèle, des analyses réalisées par l’Ifremer, les professionnels du bassin de Leucate testent pour la troisième année une technologie analytique mise au point par la société Microbia Environnement, basée à Banyuls-sur-Mer (66). “C’est un système plus poussé qui nous permet de prévoir ce qui va arriver une dizaine de jours plus tard. L’anticipation est essentielle pour notre métier. Cette opération a été financée les deux premières années grâce à un fonds européen, et notre syndicat a souhaité maintenir ce procédé cette année en finançant à hauteur de 1 000 €.
Chaque exploitant débourse ensuite 240 € supplémentaires pour pouvoir disposer de cette donnée essentielle dans la planification de l’activité”,
pousse David Murcia. Grâce à des biocapteurs, cette technologie mesure l’activité des cellules de phytoplancton toxique (Alexandrium, Dinophysis ou Pseudo-nitzschia) dans l’eau, avant même que le coquillage ne soit contaminé.

Stockage et détoxification

La détoxification des coquillages constitue le second axe d’effort engagé par les professionnels leucatois. “Nous avons encore eu une réunion en septembre avec tous les acteurs professionnels et les services de l’état pour avancer sur ce procédé que nous testons depuis cinq ans. Nous disposons tous dans nos ateliers d’une eau de forage légèrement salée dans laquelle nous sommes obligés de stocker les coquillages pendant 48 h pour le risque E. coli. Or, nos essais ont permis de constater qu’au bout d’une semaine de stockage dans cette eau, le processus de purification élimine totalement le Dinophysis”, abonde David Murcia.

S’ils peuvent obtenir des prédictions de contamination grâce à la technologie analytique, les exploitants basés au centre conchylicole de Leucate aimeraient le complémenter avec un projet de bassins communs de stockage alimentés par l’eau de forage. “L’intérêt serait majeur lorsque les hausses de phytoplancton apparaissent, à la fois pour faire un stock d’avance et pour détoxifier si notre procédé est validé”, reprend le président du syndicat.

Avec 1 200 tonnes annuelles produites, les 24 exploitants du bassin voient chaque année se profiler la menace Dinophysis au moment charnière où ils réalisent 40 % de leur chiffre d’affaires. Et la recherche peine à cumuler les connaissances sur ce phytoplancton qui n’est pas cultivable en laboratoire. L’apport de nitrates et de phosphates favoriserait son développement, mais les raisons de son développement sont mal connues, d’autant qu’elles se produisent à des périodes différentes selon les bassins de production.

Enfin, le dernier projet des professionnels leucatois ne concerne pas les algues, mais l’accueil du public. En projet depuis deux ans grâce au financement de l’agglomération du Grand Narbonne et de l’Europe, le centre conchylicole sera réaménagé dans les deux ans qui viennent. “C’est vrai que c’était un peu ‘sauvage’, avec de la poussière dès qu’il y a du vent”, s’amuse David Murcia. “Tout l’accueil a été repensé, avec des sols adaptés, des parkings et un accueil du public largement amélioré”. Livraison prévue en 2022.

Olivier Bazalge

 


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