Comment la viticulture peut-elle s’adapter au climat de demain ?

Publié le 14 janvier 2020

De g. à d. : Dominique Nurit, Jean-Marc Touzard, Jean-Louis Escudier et Claudine Vibert.

Face aux changements climatiques, la viticulture dans l’Hérault, comme en Languedoc-Roussillon, est largement impactée. Quels leviers peuvent être activés pour pérenniser cette activité économique majeure du département, qui a structuré nos paysages ?

Le réchauffement climatique, il n’y a que Donald Trump et ses affidés pour ne pas y croire et balayer le tout d’un revers de la main. Un petit séjour, cet été, dans l’Hérault, ou ailleurs dans le Languedoc-Roussillon, les auraient peut-être rendus moins sceptiques. Et pour cause. Notre département, comme le monde entier, n’échappe pas aux changements climatiques, particulièrement au réchauffement de la planète. Les 20 dernières années ont été les plus chaudes, et l’augmentation des températures à l’échelle planétaire sera bel et bien supérieure à 2°C.

Dans l’Hérault, l’augmentation moyenne est de 1°C, depuis 1980, de + 2°C en été et de + 3°C en décembre. Inévitablement, cette dérive thermique modifie le territoire. Les effets du dérèglement climatique se font de plus en plus sentir et affectent déjà l’équilibre de tous les milieux naturels, mais aussi de tous les secteurs de notre vie, dont l’agriculture. Et la viticulture est en première ligne, avec ses 4 500 exploitations agricoles, soit 75 % de la surface agricole utile du département.

Aussi si cette activité souhaite perdurer dans l’Hérault, comme d’ailleurs à l’échelle du Languedoc-Roussillon, elle doit renouveler ses savoirs, ses stratégies et ses pratiques. Tel était le thème de la journée organisée par l’Adama (Association des anciens maires et adjoints de l’Hérault) et France nature environnement Languedoc-Roussillon, le mois dernier, à la cave coopérative de Maraussan. “L’heure de l’entrée en résilience a bel et bien sonné. Ainsi que le rappelle le conteur Ludovic Souliman, on dit qu’il faut prendre son mal en patience. Et si l’on prenait notre bien en urgence ?”, interroge Dominique Nurit, présidente de l’association climatologique de l’Hérault, administratrice de l’Agence régionale biodiversité et ambassadrice climat et biodiversité en Occitanie.

La recherche se mobilise

Cette prise de conscience autour du réchauffement climatique ne date pas d’hier dans la communauté scientifique. Dès 2012, l’Inra lançait le projet Laccave avec 23 autres unités de recherche. Son objet ? Avec l’amplification des changements climatiques, et ses conséquences, variables suivant les vignobles, comment les viticulteurs peuvent-ils s’adapter ? Quels scénarios possibles pour les régions viticoles françaises en 2050 ?

Après avoir planché durant trois ans sur ces questions, agronomes, généticiens, sociologues, économistes, œnologues et climatologues ont poursuivi leurs recherches dans le cadre du projet Laccave 2.21 (2018-2020), qui vise à concevoir des solutions d’adaptation et bâtir des scénarios pour le futur de la filière viticole à l’échelle nationale, régionale, et vignoble par vignoble, à horizon 2050, sur la base d’une hausse des températures moyenne de 2°C.

D’ores et déjà, les impacts sur les vignes sont probants, tant sur leurs stades de développement, avec un débourrement de plus en plus précoce, des dates avancées de vendanges, que sur le déficit hydrique qu’elles subissent, avec une période végétative de la vigne impactée par moins de pluie et plus d’évapotranspiration. Conséquence : une augmentation du taux de sucre et d’alcool, ainsi qu’une diminution de l’acidité, avec une évolution dans les profils aromatiques et une perte de couleur sur les vins rouges. Plus concentré, plus riche en alcool, moins acide : voilà ce à quoi pourrait bien ressembler les vins rouges en 2050. De nouveaux équilibres aromatiques devront donc être trouvés par les œnologues pour élaborer les vins de 2050.

Autre impact, cette fois-ci, d’ordre économique, avec des rendements moindres, une qualité différente jouant sur les produits, les coûts et les revenus des agriculteurs, sans compter les impacts potentiels sur la valeur du vignoble. “Le changement climatique menace la compétitivité de la viticulture héraultaise, régionale, française, européenne et mondiale. Une fois le constat tiré, des solutions existent en combinant différentes innovations, un réaménagement des vignobles et une évolution réglementaire, mais à condition de stabiliser le climat vers 2050 et d’entreprendre des démarches collectives”, résume Jean-Marc Touzard, directeur de recherche Inra, directeur de l’UMR Innovation à Montpellier, et co-porteur du projet Laccave.

 Florence Guilhem


HéraultViticulture changement climatique recherche Jean-Marc Touzard