CIVR : Stéphane Zanella veut mutualiser les actions des interprofessions

Publié le 12 janvier 2021

Elu à la présidence du CIVR en décembre 2020, Stéphane Zanella, directeur général des Vignerons Catalans, entend optimiser les coûts de l’interprofession et mutualiser les actions avec ses homologues du bassin Languedoc-Roussillon. © C. Cellerier

Au terme du mandat de son prédécesseur, Philippe Bourrier, Stéphane Zanella a été élu président du CIVR (Conseil interprofessionnel des vins du Roussillon), le 14 décembre. Le directeur général des Vignerons Catalans représente ainsi le tour du négoce dans le jeu de l’alternance avec la production à la tête de l’organisation. Régis Ouguères, président de la cave Terres Plurielles et de l’ODG Côtes du Roussillon Villages, devient vice-président du CIVR. La nouvelle équipe dirigeante prend les rênes de l’interprofession pour un mandat de 3 ans et demi, jusqu’en juin 2024. Entretien.

Pour démarrer, dans quelle situation se trouvent le CIVR et les vins du Roussillon à l’issue de cette si crispante année 2020 ?

Stéphane Zanella : “Cela a été une année difficile en effet, qui est venue se poser comme une couche supplémentaire après plusieurs années déjà compliquées. Beaucoup d’événements climatiques ou sanitaires défavorables pour la production ont marqué plusieurs millésimes précédents. Le mildiou ne nous a encore pas épargnés en 2020, à tel point que nous enregistrons une baisse de 25 % de la production, qui se situe sous les 500 000 hl, un record historique. Cela représente une moyenne de rendement inférieure à 25 hl/ha sur le territoire du département. Ces crises successives font que ces petits rendements sont devenus une tendance structurelle dans le département.

En parallèle, ces faibles rendements ne sont pas compensés par un niveau de revenus qui reste insuffisant pour les vignerons, en particulier dans les caves coopératives. Ils ne couvrent pas leur coût de revient à l’hectare, ce qui rend encore plus difficile la problématique déjà prégnante de la transmission et l’installation.”

Dans ce contexte, quel a été l’impact commercial de la crise Covid-19 ?

S.Z. : “Les ventes de VDN (vins doux naturels) s’amenuisent chaque année, mais c’est un effet mécanique lié au vieillissement de la population, cœur de cible qui consomme ces vins. La production s’y adapte progressivement. Sur les vins tranquilles, en revanche, la forte baisse des ventes en restauration s’est faite ressentir. Il y a eu une excellente saison touristique en fin de printemps et été, mais cela n’a pas compensé les pertes, d’autant plus que les marchés export connaissaient déjà des difficultés liées au contexte géopolitique avant l’arrivée du Covid-19.

En France, cette année a également été marquée par un basculement des volumes de grande distribution de la bouteille vers les bag-in-box, qui concernent peu les vins mieux valorisés que nous produisons. Les chiffres définitifs ne sont pas encore arrêtés, mais la tendance va vers une baisse de 15 % des sorties de l’année tous vins confondus. C’est plus marqué sur les vins tranquilles que sur les VDN. Même si nous ne nous en satisfaisons pas, le faible volume de la vendange 2020 représente un moindre mal dans ce contexte, mais les équilibres financiers restent compliqués.”

Quelles sont donc les orientations que vous entendez suivre au cours de votre présidence de l’interprofession ?

S.Z. : “Nous resterons dans les 4 missions statutaires de suivi aval de la qualité, d’observatoire économique, d’accompagnement et du financement de la recherche-développement, et de la promotion et communication. J’ai toutefois été élu sur un programme d’optimisation des coûts de fonctionnement, car je suis persuadé que nous pouvons être plus efficaces et plus malins sans pour autant dépenser plus. Nous sommes un petit poucet presque inconnu à l’échelle nationale, donc imaginez à l’échelle mondiale ! Nous devons recentrer notre communication autour de la présence digitale et du buzz, et faire preuve d’agilité pour faire parler de nous à moindre frais.

Diminuer la CVO fait partie des mesures qui peuvent permettre de renvoyer de l’argent vers les producteurs, mais nous pouvons aussi aller plus loin dans la mutualisation des moyens avec les autres interprofessions régionales. Nous le faisons déjà un peu avec le suivi aval qualité et les statistiques économiques, mais nous pouvons aller encore plus loin sur l’ensemble des missions qui nous sont dévouées, en particulier pour la recherche et la communication.”

Une fusion avec ces interprofessions est-elle alors envisageable ?

S.Z. : “Attention, nous ne passerons pas la ligne rouge de la fusion, dans laquelle nous aurions tout à perdre. Nous ne représentons que 4 à 5 % des volumes de l’ex-Languedoc-Roussillon, à peu près la même chose que les Corbières, mais avec une quinzaine d’appellations différentes. La fusion serait la garantie d’une disparition pure et simple au bénéfice d’un grand ensemble. À mes yeux, la mise en commun de moyens a beaucoup plus de sens, avec l’intégration d’InterOc dans la boucle, pour raisonner à l’échelle de notre bassin de production. Nous travaillons tous sur les mêmes sujets de recherche : cépages résistants, adaptation à la sécheresse et à l’évolution climatique. Ce serait plus cohérent de mettre en commun nos ressources sur ces sujets-là !

A de multiples niveaux, nous pourrions mettre des salariés en commun, faire des appels d’offres communs auprès de prestataires. Le champ des possibles est vaste.”

Qu’en est-il de la signature collective ‘Les Roussillon sont là’, lancée en 2020, et qui n’a pu atteindre son rythme de croisière à cause du Covid ?

S.Z. : “Elle a été dévoilée en 2020 au cours du dernier Wine Paris, qui a précédé l’entrée en vigueur du confinement. ‘Les Roussillon sont là’ vise à soutenir le développement commercial des vins du Roussillon sur ses différents marchés, français et internationaux, dans une stratégie globale de renforcement de leur notoriété et de leur image. Aucun des événements et dispositifs prévus en 2020 n’a pu être développé pour cette signature, qui a été mise en stand-by. 2021 sera donc l’année de sa mise en avant opérationnelle, avec toutes les actions que nous avions prévues pour cette plateforme de marques. C’est notre figure d’étendard pour les prochaines années.” 

Propos recueillis par Olivier Bazalge


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