CIVL : trois ans, quatre crises, un bilan

Publié le 20 juillet 2021

Après trois ans de présidence, Miren de Lorgeril passe la main à Christophe Bousquet. Malgré les crises, elle estime avoir impulsé une dynamique bénéfique à l’affirmation des vins de la région. © Ph. Douteau

Cela fait déjà trois ans que Miren de Lorgeril a pris la présidence du Conseil interprofessionnel des vins du Languedoc (CIVL). à l’heure de passer la main à Christophe Bousquet, elle livre le bilan de son action au cours d’un mandat marqué par une succession de crises économique, climatique et sanitaire. Une nouvelle identité a malgré tout pu voir le jour.

Paysan du Midi : Quels ont été vos axes de travail au cours de ces trois années de présidence ?

Miren de Lorgeril : “J’ai accepté d’être candidate avec l’esprit de partir en mission pendant trois ans. Je savais que c’était limité dans le temps, donc j’ai voulu y investir mon énergie pour faire avancer ce qui était défini comme des chantiers de fond, en partant d’un constat effectué sur les trois grands axes de travail : technique, économique et communication. Nous avons ainsi remis en route la commission économique du CIVL qui ne se réunissait plus depuis cinq ans, alors que c’est un lieu d’échange important. Je voulais que l’ensemble des données économiques du CIVL, qui sont considérables, soient utiles à tous, alors que l’interprofession achète beaucoup d’études et participe à la commission économique d’Intersud.

Côté technique, c’est la problématique de vieillissement du vignoble qui a été placée au centre des préoccupations, avec la contribution du CIVL à des études nationales, ainsi que l’accompagnement du travail sur les cépages résistants.

Ensuite, la communication occupe 75 % des budgets pour promouvoir les AOP et IGP composantes de notre interprofession.

Enfin, nous avons réorganisé les métiers et savoir-faire au sein du CIVL en intégrant de nouveaux salariés, tout en baissant les coûts de fonctionnement de 20 %. L’interprofession est une boîte à outils performante au service des vignerons.”

Quelles actions ont résulté de ces orientations ? 

M. de L. : "Il y a eu une action de fond menée sur la visibilité politique de l’interprofession. Pour la première fois, en 2020, nous avons participé au salon Wine Paris de manière collective sous une bannière commune, soit 2 000 m² au centre du salon, soit la plus grosse région unie sur le même stand, tout en gardant les identités de chacun. Il faut garder cette dynamique, car nous sommes la 1re région viticole française, la 2e au monde, et nous devons être perçus comme tels, avec cette image unifiée face au monde entier.

Nous avons, par ailleurs, très bien collaboré avec la Région, un partenaire exigeant, mais sérieux et enclin à nous accompagner. Le soutien qu’ils nous ont apporté avec le contrat de relance porte à présent ses fruits avec des opérations réalisées autour du Languedoc dans différents pays d’Europe. Le commerce s’en trouve dynamisé et la Région reste un partenaire privilégié.

Nous avons également mis en route notre plateforme de marques, qui a donné lieu à un travail inédit en interne. Cela a permis de récupérer 800 retours de questionnaires sur 1 200 déclarants. C’est un travail important qui a permis de remonter ce que voulait le terrain. Ceci a débouché sur l’action de mise en visibilité de nos AOC et IGP, malgré la difficulté inhérente aux interprofessions de parler collectivement sans oublier les identités individuelles. Nous avons ainsi réactivé les sous-sections interprofessionnelles, qui ne vivaient plus, pour en faire le lieu de dialogue au sein des appellations, avec la production et le négoce, dans le but de mener des actions qui soient adaptées aux attentes individuelles.”

Qu’en est-il du financement de l’interprofession ? 

M. de L. : “Au cours de l’AG du 2 juillet, nous avons fait voter la modification de la part du budget de l’interprofession, qui était jusqu’à présent reversée à hauteur de 17 % aux Sections interprofessionnelles (SI), soit 0,5 € des 3 €/hl de la Contribution volontaire obligatoire (CVO). Cette modification permet maintenant d’aller jusqu’à 30 % dans le cadre d’une augmentation de la CVO votée par chaque SI. Cette part du budget représente 25 % pour celles qui passent à 4 €/hl et 30 % pour celles qui passent à 5 €/hl. Chaque appellation peut donc décider d’investir plus sur le message collectif et individuel, c’est une évolution importante. Cabardès a d’ores et déjà voté une augmentation de cette CVO, Languedoc en a acté le principe et votera le montant en octobre.”

 Votre mandat a été marqué par des crises, mais aussi des raisons d’espérer...

M. de L. : “En effet, quatre crises majeures ont remis en question nos marchés : l’exonération des taxes sur le marché chinois pour les pays du Pacifique. Derrière, nous avons eu la taxe Trump. Ces deux obstacles sont en train d’être levés, et ces marchés repartent. Le Covid a fait baisser les sorties de 20 % au printemps 2020, puis le gel de ce mois d’avril a un impact fort sur nos capacités de production. Cela va être difficile pour nos entreprises et leur trésorerie, même si le modèle des AOC est résilient grâce aux 12 à 24 mois de stocks dont nous disposons. Cela devrait permettre de lisser les sorties pour conserver les parts de marché.

Il n’empêche que nous avons des chantiers d’avenir pour garder le cap. Face à l’évolution climatique, nous avons des zones d’altitude sur lesquelles le vignoble peut se développer. Nous sommes également la 1re région bio, en réponse aux attentes sociétales importantes.

Nous voyons que le segment le plus dynamique est celui des rosés, sur lequel nous sommes très bien positionnés, avec une croissance très forte, notamment pour les IGP de territoire, dont une bouteille sur deux est du rosé. Notre région est enfin une des mieux armées concernant l’œnotourisme et l’accueil du public.”

Y a-t-il des choses que vous n’avez pas pu mener à bien ?

M. de L. : “Oui, nous avions prévu d’investir massivement dans la communication pour les rosés en 2021. Face au manque de visibilité de reprise des marchés lié au Covid, nous avons dû reporter ce plan. Cela ne servait à rien d’investir massivement dans quelque chose sans garantie de réouverture des marchés.

De même, le Covid nous a empêchés de développer autant que prévu la plateforme de marques ‘Les saisons du Languedoc’, qui répertorie l’ensemble de la production de l’interprofession et met en avant les capacités œnotouristiques de la région. On aurait pu faire mieux, car les retours depuis l’étranger sont particulièrement positifs et encourageants.

Je reste présente au sein du conseil d’administration du CIVL, je suis donc sereine quant à la continuité de l’action que nous avons engagée.”

Propos recueillis par Olivier Bazalge

 


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