Christophe Bousquet : fils de l'AOC Languedoc

Publié le 20 juillet 2021

Christophe Bousquet a concentré sa production sur 30 hectares de vignes, en les passant progressivement en agriculture biologique. © F. Guilhem

C'est en 1988 que Christophe Bousquet a racheté, dans La Clape, avec son père Jean-Claude, le Château Pech Redon. Très en phase avec la nature, il a converti progressivement ses vignes en bio, tout en prenant des responsabilités syndicales au sein de l'ODG, puis, aujourd'hui, au sein du Conseil interprofessionnel des vins du Languedoc (CIVL) en tant que président.

Avec un père comme le sien, qui s'est battu, avec Jean Clavel, pour que l'appellation des Coteaux du Languedoc obtienne, en 1985, l'appellation d'origine contrôlée, difficile d'échapper à l'aura paternelle. "Quand vous avez un père comme le mien, avec beaucoup de fonctions, connu et reconnu, et que vous vous installez, ce n'est pas simple. Durant une bonne vingtaine d'années, j'ai entendu "Ah, tu es le fils de Jean-Claude". Ce n'était ni insultant, ni fatiguant, mais... Aujourd'hui, surtout depuis sa disparition, le "Ah, tu es le fils de" n'est plus dit avec la même intonation", relève Christophe Bousquet.

Comme son père, le fils a tracé son chemin dans cette belle appellation et, comme lui, il s'est engagé pour la défendre, d'abord au sein de l'ODG de La Clape, qu'il préside depuis presque 15 ans, et, aujourd'hui, 20 ans après son père au sein du CIVL, au même poste de président. Tout le raffut actuel autour du CIVL (lire notre édition du 9 juillet) et de sa candidature le laisse de marbre. "Tout et n'importe quoi a été écrit sur ce sujet. C'est beaucoup de bruit pour rien. Ce qui compte pour moi, c'est de défendre la marque Languedoc, un travail initié depuis trois ans, sous la présidence de Miren. Ma famille est vigneronne depuis des générations et issue du Languedoc. On ne peut pas me soupçonner d'illégitimité. Je veux défendre la 'biodiversité' du vin en Languedoc, tout en portant un message commun. Le Languedoc est devenu une référence à l'instar des autres grandes appellations françaises, grâce aux vins qui y sont produits, ses terroirs et l'aventure collective humaine. C'est cela qu'il faut continuer à défendre pour faire face aux enjeux futurs", justifie-t-il.

Un pur produit du Languedoc

De l'Hérault, où il est né et où sa famille a commencé à travailler la vigne, à l'Aude, où il s'est installé, le Languedoc a structuré son imaginaire de vigneron. "À la maison, alors que mon père se battait pour l'obtention de l'AOC, on buvait, on mangeait, on parlait et on dormait AOC. On était en mode mono-sujet. Je baignais là-dedans, mais ce n'était pas pesant. C'est ainsi, je pense, que je suis devenu un pur produit du Languedoc. Mon père m'a laissé en héritage une partie de la mémoire du Languedoc, des connaissances du territoire, des racines et tous les combats menés pour l'obtention de l'AOC. Derrière toute cette histoire, il y a de la culture et de l'humain. Ma génération, qui est arrivée à la viticulture à ce moment du passage en AOC, s'y est engagée avec beaucoup de foi. Nous avions l'envie folle de démontrer que nous pouvions faire de grands vins dans ce territoire aux multiples terroirs, cépages et climats. Cette appellation a été et reste le lieu de tous les possibles. En cela, nous sommes les enfants du Languedoc", dit-il.

Les 17 hectares de la propriété viticole familiale, à Saint-Saturnin, dans l'Hérault, ne permettant pas de faire vivre père et fils, l'idée de les vendre pour acquérir plus de terres germe très rapidement. C'est dans le massif de La Clape que le binôme trouve son bonheur, au Château Pech Redon, un domaine en cave particulière, avec un circuit de commercialisation bien établi et une belle notoriété. "Nous avons eu un coup de cœur immédiat. Situé sur le point culminant de La Clape, c'est un lieu paradisiaque où la faune et la flore se côtoient loin du monde urbain. Le terroir a beaucoup de potentiel. C'était le lieu idéal pour faire des vins de qualité en AOC au même niveau que les grandes appellations françaises", raconte-t-il.

Bio naturellement

Sur les 40 ha de terres argilo-calcaires acquis, Christophe Bousquet décide de concentrer sa production sur 30 ha, en les passant progressivement en agriculture biologique. Une évidence pour celui qui dit être né dans les vignes et la garrigue. "J'ai eu très vite conscience de la fragilité des milieux, de l'influence de l'homme sur eux, et je suis très attaché à l'environnement languedocien. Cela est peut-être dû, au-delà de ma passion pour la nature, au fait d'être né dans un village et d'avoir eu un contact quasi permanent avec la nature, et pas rivé derrière un écran comme les générations suivantes", suppose-t-il.

Sa volonté de travailler "plus proprement" et "plus en symbiose avec la nature" l'incite à éviter le plus possible la chimie de synthèse et à être le moins interventionniste possible à la vigne, comme à la cave. "Nous sommes dans un massif classé. Cela nous oblige", commente-t-il. La totalité des vignes sont entourées de haies naturelles composées d'espèces locales, des expérimentations sont faites sur les cépages résistants, ainsi que sur le non-labour et l'introduction du pastoralisme. "Faire de l'agriculture biologique, ce n'est pas seulement vivre avec le terroir. C'est aussi un moyen de revitaliser les sols et de gagner en équilibre et en énergie !", explique le vigneron.

Si père et fils ne sont pas d'accord sur tout, notamment sur le passage en bio, le premier accepte toutefois que son fils apporte ses idées, d'autant que ce dernier reste dans la continuité d'une vision du vin partagée, soit la mise en avant du terroir. "Ce serait complètement incongru de faire différemment après avoir fait autant autour de l'AOC Languedoc. Je pars donc du terroir pour essayer de traduire la vision que j'en ai en bouteille, en recherchant l'équilibre, la fraîcheur, mais sans renier la réalité des vins du Sud et la caractéristique méditerranéenne de La Clape. Cela ne se fait ni en 24 heures, ni en 2 ans. Il faut du temps, beaucoup de temps, mais c'est le terroir, le vignoble, puis la vision du vigneron qui permettent de donner ses caractéristiques à nos vins du Languedoc, inscrites, par ailleurs, dans un patrimoine historique", argumente-t-il.

Des choix payants, puisque celui qui se qualifie d'"artisan qui tente de peaufiner ce que la nature [lui] offre" a été élu vigneron de l'année en 2017 par Bettane+Desseauve, coup de cœur du Guide Hachette avec son 'Épervier Blanc', vigneron de l'année dans la Revue des Vins de France, etc. Le petit vigneron avec sa petite production, comme il aime à le rappeler, a hissé ses vins au niveau d'exigence que son père avait imaginé pour l'ensemble des vins AOC du Languedoc. La filiation est accomplie en tous points. Mais parce qu'être "le fils de" l'oblige encore, Christophe Bousquet s'est aussi donné pour mission de faire devoir de mémoire. Le Languedoc le vaut bien.

Florence Guilhem


Parmi les cuvées, 'La Centaurée' et 'L'Épervier' sont déclinées en rouge et en blanc. 'Les Cades', 'L'Épervier' et 'Les Genêts' sont les autres cuvées. © F. Guilhem

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