Châtaigne des Cévennes : première récolte pour l’AOC

Publié le 11 janvier 2022

L’AOC Châtaigne des Cévennes se ramasse après la chute naturelle des fruits, entre le 1er septembre et le 15 décembre pour les variétés les plus tardives. L’AOP est espérée pour la récolte 2022. © Daniel Mathieu

Plus d’un an après l’obtention de l’AOC, la campagne de la Châtaigne des Cévennes s’est étalée jusqu’à fin novembre, accusant 15 jours de retard. Avec une prévision de récolte au moins à la hauteur de celle de 2020, la présidente de l’appellation, Nadia Vidal, espère des volumes proches des 120 tonnes.

Couvrant cinq départements (Gard, Lozère, Hérault, bas Aveyron et une commune de l'Aude) et 206 communes, l'appellation d'origine contrôlée Châtaigne des Cévennes a achevé sa première récolte en fin d'année. S'il est encore un peu tôt pour se prononcer sur les chiffres exacts des volumes réalisés dans les châtaigneraies cévenoles, la production devrait être "au moins équivalente à celle de 2020, qui n'était pas une grosse année", estime Nadia Vidal, présidente de l'association des producteurs de Châtaigne des Cévennes. Si la climatologie a permis au verger de maintenir un état sanitaire stable, malgré la pression de l'encre du châtaignier, la sécheresse récurrente inquiète quant au grossissement des fruits. 

Des pluies trop tardives 

La récolte de la nouvelle AOC Châtaigne des Cévennes, officiellement reconnue par l'Inao le 21 septembre 2020, a été quelque peu tardive, note Nadia Vidal. "C'était bizarre, les châtaignes ne tombaient pas. Beaucoup ont fait le même constat." Démarrés avec 15 jours de retard, les ramassages ont débuté fin septembre. Un rythme plutôt inhabituel qui a fait traîner en longueur la période de récolte. "Le 25 novembre, certains ramassaient encore", s'étonne la présidente de l'association des producteurs. La castanéicultrice lozérienne soulève ce problème de chute naturelle des fruits bien tardive. Un phénomène "rare", sans doute dû au climat, alors que les besoins en eau au mois d'août se sont trop fait attendre. "Les pluies de septembre sont arrivées un peu tard pour assurer le grossissement des fruits." 

Sans problème sanitaire majeur, les châtaigneraies de l'appellation n'ont pas offert les calibres espérés. "On s'attendait à des calibres plus conséquents, mais en raison de la sécheresse, l'ensemble du bassin manque d'homogénéité", constate Nadia Vidal. Sur pellegrine, par exemple, l'une des 30 variétés traditionnelles inscrites au cahier des charges, les résultats sont plus satisafaisants. 

Rénovation nécessaire des vergers 

Sur les quelque 1 600 ha compris dans l'aire d'appellation, "tous les arbres ne sont pas productifs", précise la présidente de l'AOC. À raison de 1,5 t/ha en moyenne, les rendements peuvent atteindre les 2 t/ha sur les vergers rénovés, mais le gel d'avril n'a pas été sans conséquence sur le cycle des châtaigniers, craint Nadia Vidal, qui a relevé une baisse de production notoire sur certaines parcelles. "Ça ne se voit pas tant que ça sur de grands arbres, mais le gel a impacté la récolte d'octobre", assure-t-elle. Reste à savoir dans quelles proportions. 

Malgré son corollaire de manque hydrique, le climat sec et chaud aura permis de compter sur un état des vergers globalement sain. Le parasite du cynips du châtaigner reste toujours bien maîtrisé dans la zone, là où la maladie de l'encre s'avère un "problème récurrent". Sans réels moyens de lutte à ce jour, ce champignon parasite (Phytophtora cinnamomi) attaque progressivement l'écorce et laisse s'échapper la sève par les déchirures, devenant noire par effet d'oxydation. Véhiculée par le système racinaire, l'encre du châtaigner est suivie de près. L'ODG a d'ailleurs prévu des visites de terrain, car "ce sont des pans entiers de châtaigneraies qui déclinent", alerte Nadia Vidal. La recherche planche d'ailleurs avec des pépiniéristes pour greffer des plants résistants. 

Sur le secteur de l'AOC, la rénovation des châtaigneraies passe surtout par le sur-greffage et l'amélioration des rendements, en raison du vieillissement des vergers (plus de 50 ans), de la problématique liée à l'eau et des surfaces cévenoles en pente, peu propices à la replantation. Un temps suspendu, le 'Pass Agri Plantation' de la Chambre régionale d'agriculture d'Occitanie reprend en ce début d'année. Car si les vieux arbres produisent toujours, "ils ont besoin de soins", explique Nadia Vidal. Près de dix dossiers ont été enregistrés. 

Philippe Douteau


GardAOC Châtaigne des Cévennes Nadia Vidal récolte châtaigne