Chambres d'agriculture : Vent debout face à la menace de coupe franche dans le budget

Publié le 06 août 2019

Sur le terrain, les Chambres d’agriculture se mobilisent face au projet de loi de finances 2020 qui vise à amputer lourdement leur budget dès l’an prochain. L’Etat fixe aux agriculteurs des objectifs ambitieux, puis siphonne les ressources de l’outil collectif géré par la profession, pour accompagner les exploitations agricoles dans leur mission de service public. Entre incompréhension et colère, les réactions sont unanimes. Les rencontres avec les parlementaires ont très rapidement trouvé un soutien, avec la signature le week-end dernier d’une tribune de 47 députés LREM.

Magali Saumade, présidente de la Chambre d’agriculture du Gard

"Comment faire plus avec moins ?"

Dans l'hypothèse du maintien en l'état de la baisse de la TATFNB, le manque à gagner pour la Chambre du Gard représenterait près de 450 000 € de budget annuel amputé. Comptant sur des négociations et des ajustements, la présidente Magali Saumade partage les positions de ses homologues en régions. "On nous demande d'aller plus loin dans l'accompagnement, d'évoluer dans nos pratiques par rapport au climat… Mais comment faire plus avec moins ?", s'interroge l'éleveuse. D'autant que la baisse annoncée de la TATFNB n'aurait un impact qu'auprès des propriétaires, sachant que tous les agriculteurs ne le sont pas.

A ce jour, l'heure est à "l'état des lieux", et à la mobilisation générale, notamment auprès des élus gardois, pour un travail "de sensibilisation et de combat". Une rencontre entre les députés et sénateurs départementaux et la Chambre est fixée au 30 août, en vue d'assurer la défense du budget de la structure, à destination du gouvernement. Si réduction il y a, pour l'instant, nul n'en connaît le niveau exact ni à quelle hauteur les budgets des Chambres seront amputés.

Ce qui est ponctionné d'un côté, sera perdu d'un autre pour les agriculteurs, résume Magali Saumade.

Philippe Douteau

 

Jérôme Despey, président de la Chambre d’agriculture de l’Hérault

“L’incohérence sur tous les fronts ”

“C’est la douche froide et l’incompréhension face à la proposition du gouvernement de compresser aussi drastiquement notre budget. Les projections nous amènent à une baisse de la TATFNB (taxe additionnelle à la taxe sur le foncier non bâti) de 15 % en 2020, plus 3 % en 2021, et encore 3 % en 2022, soit 21 % au total. Alors que nous sommes en pleine préparation du budget, cette baisse impliquerait pour la CA34 une diminution de 520 000 euros. Pourtant, on demande aux Chambres d’agriculture de remplir de plus en plus de missions délaissées par l’Etat, et sans budget alloué en face. Je pense notamment à l’installation des jeunes agriculteurs, à l’accompagnement des exploitations en difficultés, aux aléas climatiques, qui se répètent désormais chaque année. Suite aux EGA, les Chambres d’agriculture se sont vu confier l’accompagnement collectif de la transition écologique et environnementale. L’APCA est d’ailleurs prête à signer un contrat d’objectifs et de performance avec le ministère. En parallèle, nous avons également fortement travaillé sur la rationalisation, avec la régionalisation et la mutualisation entre départements.” Ainsi, l’expérimentation sur les cépages résistants est menée en concertation entre les stations de la région. Pour l’expérimentation fruits et légumes, le rapprochement de la Serfel et du CEHM a conduit à la création de SudExpé...

“Où veut aller l’Etat ? Nous avons besoin de ce budget pour maintenir un service de proximité. Quel est l’objectif ? Développer le service payant ? Seuls ceux qui auront les moyens pourront être accompagnés ? Et les exploitations en difficultés ? Et les jeunes agriculteurs ? Nous n’allons tout de même pas leur faire payer l’accompagnement, au moment où il faut leur mettre le pied à l’étrier.”

Magali Sagnes

 

Philippe Vergnes, président de la Chambre d’agriculture de l’Aude

Une baisse de budget “inimaginable”

 

Il y a des sujets comme ça avec lesquels il ne faut pas trop chatouiller Philippe Vergnes, le président de la Chambre d’agriculture de l’Aude. A peine lui évoque-t-on la baisse de budget des Chambres d’agriculture en prévision dans la future loi de finances 2020 que ses réflexes combattifs de leader syndical refont surface. “Lors de sa venue en début d’année, le ministre de l’Agriculture a constaté l’importance d’une Chambre départementale sur son territoire. Il a même salué notre action de terrain, notamment suite au dramatique épisode des inondations de 2018. Et maintenant, on nous annonce que notre budget de fonctionnement sera diminué, c’est inacceptable”, tempête Philippe Vergnes. Pour effectuer les expertises et l’accompagnement suite aux inondations, 40 techniciens ont été mobilisés, “provoquant par ailleurs un phénomène de paralysie dans l’activité normale des services concernés. Il a fallu répondre à l’urgence de la situation”, appuie encore Marie-Hélène Forest, la directrice générale de la Chambre audoise.

Valorisant l’argument d’une diminution de charges pour les exploitants, le ministère imposerait à la CA 11 une baisse de budget de 663 000 €. “C’est impensable ! Ces 15 % sur la taxe additionnelle à la TFNB ne représentent quasiment rien dans le budget d’une exploitation, alors qu’à notre échelle, c’est tout sauf négligeable. Impossible dans ces conditions d’aller signer les contrats d’objectifs prévus en septembre. Le gouvernement doit revoir sa position sur cette taxe. Le combat est loin d’être perdu, car nous avons beaucoup d’arguments à faire valoir”, poursuit Philippe Vergnes.

Olivier Bazalge


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