Cévennes : les vins IGP jouent l’ouverture

Publié le 20 juillet 2022

Avec 85 000 hl revendiqués, au 30 juin, la récolte 2021 accusera un retard de quelque 15 000 hl, prévoit le syndicat des Vins IGP Cévennes. © Philippe Douteau

Malgré une faible récolte pour l’ensemble des IGP Sud de France, l’IGP Cévennes reste leader sur le segment de territoire en Occitanie. Entre extension de son aire et retour aux cépages oubliés, l’IGP cévenole ne se repose pas sur ses lauriers.

La tendance est peu ou prou la même pour les IGP régionales, bien que certaines accusent des baisses moins sèches. L’IGP Cévennes est de celles-là. Première Indication géographique de territoire en région, elle se maintient en tête, malgré un retard de volume attendu. À l’image des pertes dans le Gard, l’IGP Cévennes enregistre un recul d’environ 15 %, résistant mieux, comme les autres IGP de territoire, là où l’érosion est plus marquée en sorties de chais chez les IGP de département.

Flanqués d’un nouveau logo et d’une nouvelle identité visuelle, les IGP Sud de France ont encore des cartes à jouer. L’IGP cévenole poursuit d’ailleurs sa démarche œnotouristique et agroenvironnementale, portée par la labellisation récemment renouvelée pour la destination ‘Vignoble des Cévennes’, par ‘Vignobles et Découvertes’, par le projet d’élargissement de son aire à la Lozère et aux coopérateurs d’Ardèche, ou encore des travaux de recensement de parcelles en vue de relancer des cépages historiques du terroir. Et si la présidence occupée par Christian Vigne depuis 2008 touche à sa fin, la dynamique ne faiblit pas.

L’IGP de territoire résiste mieux

Au 30 juin, les volumes revendiqués s’élevaient à 85 513 hl, soit un “retard de 15 000 hl”, annonce Danny Peregrine, d’après les données du CIVL. En baisse sur toutes les IGP Sud de France en raison d’une récolte 2021 historiquement basse (- 24 %), sous la barre du million d’hectolitres, les volumes de l’IGP Cévennes devraient atteindre les 90 000 hl, prévoit le directeur de la Fédération gardoise des vins IGP. Si le déficit est attendu sur l’année 2022, les IGP Gard se défendent relativement bien (- 18 %), là où les IGP Aude et Pays d’Hérault chutent respectivement de 37 % et 35 %. En moyenne, les IGP de département perdent 32 % au sein des IGP Sud de France, mais la déconvenue est moins marquée pour les IGP de territoire (- 9 %). Le leader cévenol, s’il “n’atteindra pas les 96 000 hl”, progresse sur cinq ans, et cumule 112 787 hl (+ 1 %) en sorties de chais (Cévennes et Coteaux du Pont-du-Gard), à fin mai 2022.

En retrait, les stocks d’IGP Cévennes s’établiraient à 6,7 mois en fin de campagne, selon un volume de 66 333 hl, à fin mai, sur les 82 742 d’IGP Gard.

Retrait des contrats vrac, mais prix valorisés

Les sorties commerciales, en baisse de 3 %, font la part belle au rosé (53 %), malgré un léger recul de 2 % (48 753 hl), alors que le rouge perd 10 %, à 25 280 hl. Auprès du négoce, l’IGP Cévennes pèse 45 % de l’IGP Gard, soit 41 105 hl, contre 50 675 hl (55 %) en départ propriété.

Surtout côté Hérault (- 95 000 hl) et Aude (- 72 000 hl), les enregistrements connaissent une baisse de 33 %, pour des volumes de contrats en vrac chutant de 187 698 hl, s’expliquant par une récolte plus faible et une moindre demande sur les entrées de gamme.

Malgré des enregistrements des transactions, notamment de plus de 30 % en rouge, les IGP de territoire, en retrait de 13 %, bénéficient d’un prix à la hausse (+ 10 €/hl), à 104,16 €/hl, et de 5 € de plus que les autres IGP de département pour l’IGP Gard, “en raison des rendements et d’une meilleure valorisation”, note Danny Peregrine. Sur une baisse de 24 % pour l’IGP Cévennes, les cours atteignent 111,96 €/hl, alors qu’ils étaient de 97,88 €/hl l’an dernier.

En baisse sur tous les segments, le circuit de la grande distribution perd 8,2 % des ventes de vins tranquilles, principalement en rouge (- 10,1 %), en format bouteille (- 7,9 %) comme en BIB (- 8,2 %). Le marché de la GD profite essentiellement aux deux premières IGP de territoire en région, que sont les IGP Cévennes et Côtes de Thau. Présents dans 5 % des points de vente (hyper, super), les BIB rosés centralisent 34 000 hl, soit 91 % des ventes.

Lozère, Ardèche : valoriser les Cévennes

Parallèlement au renouvellement de la labellisation pour la destination ‘Vignoble des Cévennes’, l’IGP avait engagé une démarche visant à modifier son cahier des charges, afin d’étendre son aire géographique. En confiant le dossier à Jérôme Villaret, ancien délégué général du CIVL, le syndicat des Vins IGP Cévennes entend rendre au vignoble sa zone géographique originelle. Une “opportunité économique de valorisation” due aux particularités des terroirs cévenols qui seront “de plus en plus intéressants à l’avenir”, au vu du changement climatique, considère Jérôme Villaret. En ouvrant l’aire de production à la Lozère et en zone de proximité immédiate (ZPI) sur l’Ardèche, le potentiel de l’aire et la synergie d’image à renforcer en termes de communication en lien avec le Parc national des Cévennes, l’IGP compte sur les quelques installations de jeunes vignerons dans la Vallée française pour profiter de cette extension. Avec 10 ha en production en 2019, Jérôme Villaret envisage de 10 à 30 ha de vignoble possiblement replanté à terme, soit 0,7 % de la surface en production de l’IGP Cévennes. Saluant ce “beau projet”, Christian Vigne, persuadé “que l’on peut faire des perles sur ces terroirs de Lozère”, n’estime “pas normal que la vigne y soit abandonnée”.

En Ardèche, pour bénéficier aux vinifications de parcelles gardoises en coopératives ardéchoises (16 ha), la ZPI représenterait 1,1 % du potentiel de vinification de l’IGP, pour près de 1 000 hl vinifiés. Pas de quoi inquiéter quant à l’impact sur le volume de production à venir, mais “bon en termes d’image”, assure Jérôme Villaret, qui compte sur une récolte 2023 sous le signe de l’ouverture, deux ans après le dépôt de demande, et suite à la visite de la commission d’enquête de l’Inao et de la présentation en Comité national IGP, en juin. Un optimisme quelque peu précipité selon Nicolas Weber, ingénieur territorial à l’Inao Montpellier.

Un observatoire des cépages cévenols

Dans son escarcelle, le syndicat prépare aussi la constitution d’un observatoire expérimental des cépages historiques cévenols. Sachant que seuls cinq ou six principaux cépages sont majoritairement plantés, sur les 80 du catalogue, ce projet compte évaluer lesdits cépages localisés sur le secteur cévenol, pour “accompagner les vignerons dans le choix des cépages à planter, car nous ne sommes pas limités”, note Jérôme Villaret. Parmi les cépages à suivre pour favoriser la diversité des plantations, sont évoqués les historiques du cahier des charges (brun argenté, counoise, morrastel, rivairenc, servant, terret), “pas plantés mais résistants à la sécheresse”, les oubliés (la négrette de la Canourgue, la grand noir de la Calmette), les hybrides producteurs directs du cahier des charges (Maréchal Foch, Villard, Aranel), ou encore les hybrides dits interdits (isabelle, clinton, noah, othello). Jugeant “intéressant de voir ce que cela peut donner et peut-être de les relancer”, Jérôme Villaret annonce l’inventaire des parcelles existantes, le recensement par les vignerons intéressés avant de lancer le montage financier de l’outil, soutenu par l’ICV, l’Inrae et la Chambre d’agriculture du Gard, les collectivités territoriales cévenoles (Syndicat des hautes vallées cévenoles, Alès Agglomération, le Département), avec le probable soutien financier de la Région et du Feader. L’observatoire est prévu pour une mise en route l’an prochain.

Philippe Douteau


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