Cévennes : La belle année pour la châtaigne

Publié le 08 décembre 2020

L’année 2020 aura été une bonne campagne pour la châtaigne des Cévennes. Après l’obtention de l’AOC en septembre, la récolte avoisine les 200 t. © Pexels

Après une année 2019 en demi-teinte, la châtaigne des Cévennes finit l’année en beauté, portée par la reconnaissance en AOC et une récolte de bonne tenue. Si l’état sanitaire et les calibres sont globalement bons, le dépérissement du verger pose encore problème sur certaines stations.

Longtemps menacée par la déprise agricole et les problèmes sanitaires aggravés par le changement climatique, la châtaigneraie cévenole, cette "forêt agricole" emblématique du Parc national des Cévennes, n'a pas dit son dernier mot. Grâce à des travaux de rénovation engagés depuis plusieurs décennies, le verger d'arbres à pain qui souffrait d'un manque d'accompagnement technique, retrouve un peu de vigueur. 

Auréolée d'une récente Appellation d'origine contrôlée validée par l'Inao le 21 septembre, la châtaigne des Cévennes a bénéficié, cette année, de conditions météorologiques favorables, là où la canicule de l'an dernier avait entamé la récolte.

200 t récoltées 

En début de mois de décembre, plus de 90 % de la récolte de châtaignes était rentrée. L'association des producteurs de Châtaigne des Cévennes l'estime à environ 200 t de fruits, principalement ramassés avec des filets, bien mieux que les 125 t de 2019. Les pluies tombées à point nommé, au printemps, en août et en septembre, ont permis aux 30 variétés répertoriées dans l'AOC de bénéficier d'un état sanitaire satisfaisant et de "beaux calibres pour des variétés traditionnelles", note Gaëtan Reilhan, castanéiculteur, producteur d'oignons doux et président de la coopérative Origine Cévennes. Il a même récolté plus qu'escompté, soit 2 t, mieux que les 1,5 t qu'il avait prévues au mois d'octobre. 

Répartis sur plus de 1 500 ha de vergers exploités sur les 206 communes de l'appellation, les arbres de la châtaigneraie cévenole affichent une moyenne d'âge de 50 ans, pour des rendements compris entre 1,5 et 2 t/ha, et une densité de plantation prévue au cahier des charges de 150 sou-
ches par hectare. 

Opération rénovation des vergers 

Avant la prochaine récolte, sous le signe de l'AOC, l'ODG s'active à rénover les vergers, afin de pouvoir "changer de variétés ou réaliser des volumes supplémentaires", souhaite Nadia Vidal, présidente de l'association des producteurs de Châtaigne des Cévennes. Un programme d'accompagnement mis en place par la Chambre régionale d'agriculture d'Occitanie, le 'Pass Agri Plantation', a pour vocation d'accroître la résilience des espèces confrontées aux contraintes climatiques et sanitaires, ou de "valoriser des friches et des terrains défavorables (montagne, par exemple)". Sont pris en compte par ce programme "les travaux de préparation du sol, de plantation, d'élagage et de greffage, et l'accompagnement technique". 

En septembre, une formation en ce sens a été suivie par 17 participants. Une dizaine de dossiers seraient actuellement portés, estime Nadia Vidal. Les producteurs seront ainsi accompagnés pour des travaux de coupe, permettant de régénérer des arbres moins productifs, "car trop âgés". Un rajeunissement progressif permettra d'améliorer les rendements et de "stopper le dépérissement", espère la présidente. Ce problème, répandu sur tous les bassins castanéicoles, est notamment causé par l'encre du châtaignier, une maladie cryptogamique conduisant à la mortalité des arbres, "accentuée par le changement climatique". Des champignons dans le sol attaquent les racines et l'écorce, jusqu'à la cime des châtaigniers, provoquant leur dépérissement. Le stress hydrique peut être évité, mais les professionnels sont face à une impasse technique pour lutter efficacement. Malgré cela, l'état sanitaire est globalement bon sur l'ensemble de la zone, et le cynips bien maîtrisé, grâce à des auxiliaires biologiques de lutte contre les larves du ravageur. 

De l'AOC à l'AOP

En version fraîche, sèche ou transformée en farine issue des moutures des châtaignes sèches, la nouvelle AOC est destinée au frais pour les bons calibres (au moins 20 mm de diamètre), là où les plus petits partent à la transformation (confitures, marrons naturels). 

Entre la vente directe, la coopérative Origine Cévennes, la Sica du Caroux ou l'entreprise Fariborne, spécialisée dans la fabrication de farine en circuit long, les produits du châtaignier peuvent transiter par les cinq moulins de l'aire, ou chez les producteurs qui se dotent de leur propre équipement. La fraîche et la sèche conservée sont vouées à la cuisine, quand la version en farine doit "passer à hauteur de 80 % minimum au travers d'un tamis de 250 μm", pour un taux d'humidité inférieur à 10 %. 

Les opérateurs souhaitant s'inscrire dans la production de l'AOC doivent s'identifier auprès de l'association, jusqu'au 30 avril 2021, pour pouvoir vendre sous le label de l'appellation. Pour l'instant, une cinquantaine d'adhérents ont déjà rempli leur déclaration d'identification. Dans la foulée, Nadia Vidal espère l'obtention de l'AOP, que Bruxelles doit valider.

Philippe Douteau 


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