Castelbarry : des contrats au service des projets des viticulteurs de la cave

Publié le 01 février 2022

Depuis de nombreuses années, la cave coopérative de Montpeyroux est engagée dans des démarches RSE (Responsabilité sociétale des entreprises) et de développement durable. © F. Guilhem

La cave coopérative de Montpeyroux, Castelbarry, a dit banco, en 2020, quand la Région Occitanie lui a proposé d’expérimenter les contrats d’agriculture durable qu’elle souhaite mettre en place. Pour ce faire, la cave a mobilisé six adhérents souhaitant s’engager dans une démarche de transition.

mars 2020. Au cours de son assemblée plénière, la présidente de la Région Occitanie, Carole Delga, présente sa stratégie pour une agriculture durable. Une stratégie fondée sur la nécessité, selon elle, de revoir en profondeur les modèles agricoles, face à l’urgence climatique et aux attentes sociétales. À la suite de nombreux travaux, de la consultation citoyenne lancée en 2018 dans le cadre de la construction du Pacte régional pour une alimentation durable, et des enquêtes de terrain au premier semestre 2019 (associant agriculteurs, élus régionaux, agents, partenaires, acteurs des filières et des territoires), cinq idées ont été soumises, dont celle portant sur les contrats d’agriculture durable.

Le point de départ de ces contrats ? "Accompagner des porteurs de projet du secteur agricole au travers d’un nouveau mode de contractualisation, basé sur la confiance et l’atteinte de résultats", peut-on lire dans la délibération sur la stratégie d’agriculture durable, soumise à l’assemblée plénière de la Région, le 5 mars 2020. Le but ? Inciter les agriculteurs et les entreprises du secteur, notamment les coopératives, à s’engager dans la transition agroécologique et dans la prise de risque induite par les transformations profondes qui vont en découler. "Outil central de la stratégie pour une agriculture durable, en tant que levier pour amener l’agriculture régionale vers plus de durabilité, ce contrat doit permettre aux porteurs de projet de se poser les bonnes questions en amont d’un changement de pratiques ou de la mise en place d’un investissement, de sécuriser ces changements grâce à un accompagnement et le déclenchement de financements en lien avec leur stratégie de transition", peut-on encore lire dans la délibération. Une proposition qui a retenu l’attention de Castelbarry, la cave coopérative de Montpeyroux, quand la Région lui a proposé d’intégrer l’expérimentation. Et pour cause. "Nous avons toutes les raisons de croire qu’un modèle de viticulture durable, permettant aux coopérateurs de vivre correctement de leur métier, en adaptant une culture de la vigne dans le respect du vivant et du changement climatique, fait la force de notre mouvement et la raison d’être de notre coopérative", précise Bernard Pallisé, directeur général de Castelbarry.

Castelbarry : une coopérative engagée

La viticulture durable, c’est en effet le credo de la cave coopérative depuis de nombreuses années. Cela s’est traduit, dès 2015, par son engagement dans des démarches de RSE (Responsabilité sociétale des entreprises), avec notamment l’obtention du label ‘Vignerons engagés’, le premier label RSE et durable dédié au monde du vin en France. "C’était, pour nous, une évidence, car la RSE s’inscrit en droite ligne des valeurs mêmes de la coopérative, que l’on vit au quotidien à la cave et avec nos adhérents. Qui peut mieux que la coopération représenter une démarche sociétale ? On en a la légitimité sociale de par nos valeurs de mutualisme, de solidarité et d’ancrage territorial. On en a aussi la légitimité économique du fait du maintien de l’emploi sur notre territoire et de la redistribution des richesses aux adhérents de façon équitable. Enfin, on en a la légitimité environnementale avec toutes les démarches certifiantes (Terra Vitis, HVE, AB) que nous avons engagées pour la préservation de notre vignoble", indique le directeur général de la cave coopérative. 

Les trois piliers de la démarche RSE (social, économique et environnemental) se retrouvant dans les contrats d’agriculture durable, la cave coopérative s’est lancée dans l’aventure sans hésitation, en 2020, à partir de la feuille de route proposée par la Région. La mission qui lui a été confiée a été de mettre en place des indicateurs à partir de ceux qui lui ont été soumis par la collectivité, pour juger de leur pertinence. Les contrats d’agriculture durable étant des outils au service des projets des agriculteurs, l’exigence est donc mise sur les résultats à atteindre et non sur les moyens de leur mise en œuvre afin de partir de la réalité des besoins des agriculteurs. 

Six coopérateurs s’engagent

Pour ce faire, six adhérents de la cave coopérative ont accepté de se lancer dans cette expérimentation. L’un est en agriculture biologique, un autre en Terra Vitis mais ayant le projet de se convertir en AB, un autre en conventionnel qui veut aussi passer en AB, un nouvel installé dans le cadre d’une reconversion professionnelle qui veut aller vers le label Terra Vitis, un jeune qui s’installe et, le dernier, un viticulteur déjà en Terra Vitis mais en recherche d’amélioration dans ses pratiques. Si tous ont, derrière ces démarches, pour objectif d’améliorer leur revenu, ils cherchent aussi à mettre en place de nouvelles pratiques face au dérèglement climatique. En ligne de mire donc, la résilience de leur système d’exploitation, avec notamment la baisse des traitements phytosanitaires et de leur consommation énergétique, ainsi que la volonté de maintenir une agriculture durable sur leur territoire.

La première étape engagée a été la mise en place d’entretiens pour élaborer, à partir du bilan de l’exploitation et de son historique, un diagnostic stratégique global de la situation, afin de déterminer un itinéraire de changement de pratiques avec la fixation d’indicateurs à atteindre, en cohérence avec le cap politique de la Région. Le rôle de la coopérative sera de déterminer la pertinence des indicateurs retenus, afin de ne conserver que ceux qui font sens. Les indicateurs en question recoupent en partie ceux retenus pour le label HVE. Quant aux indicateurs économiques, très classiquement, excédent brut d’exploitation, produit brut et revenu disponible en font partie. 

Si les indicateurs actuels sont communs aux 6 territoires retenus pour l’expérimentation, "certains d’entre eux ne sont pas forcément adaptés à la viticulture, car il y a beaucoup plus de paramètres qui entrent en ligne de compte dans notre filière, en plus des particularités avec les appellations", relève Bernard Pallisé. Un travail donc de longue haleine, mais qui garantira plus de durabilité de l’agriculture et plus de valeur ajoutée pour les agriculteurs.

Florence Guilhem


Bernard Pallisé, directeur de la cave coopérative Castelbarry, à Montpeyroux. © F. Guilhem

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