Castelbarry choisit d’équiper ses vignes en diffuseurs de phéromones biodégradables

Publié le 15 décembre 2020

Composé de polymères biosourcés, le diffuseur à phéromones tombe tout seul au sol, et se dégrade naturellement au contact des bactéries et micro-organismes. © Castelbarry

La coopérative, créée en 1950, au cœur de Montpeyroux, n’a pas attendu que la réglementation impose des démarches environnementales dans les vignobles pour s’y engager. Son choix en matière de confusion sexuelle dans les vignes a été récompensé, le 2 décembre, par le label ‘Vignerons engagés’ et Verallia France.

Le président de la coopérative viticole de Montpeyroux, François Boudou, ne boude pas son plaisir. Sa cave fait partie des trois lauréats du fonds ‘pour une filière durable et résiliente’, doté de 60 000 € pour 2020-2022, lancé en partenariat par le label ‘Vignerons engagés’ et la société Verallia France. Deuxième lauréat, dans la catégorie ‘Biodiversité et environnement’, la cave coopérative a été sélectionnée pour son projet d’équiper ses 240 ha de vignes, engagées dans la confusion sexuelle, de diffuseurs de phéromones entièrement biodégradables, à partir de mars 2021.

100 % biodégradables

Jusqu’ici les diffuseurs utilisés contenaient de l’aluminium et du plastique. Avec l’usage de polymères biosourcés dans la composition des deux tubes du diffuseur de phéromones, plus aucun déchet ne sera donc produit dans les vignes. "Choisir ces diffuseurs est tombé sous le sens pour nous. D’autant plus que nous sommes sur un territoire préservé, qui est d’ailleurs classé Natura 2000. Aussi toutes nos actions sont-elles réfléchies en fonction de la biodiversité. Avec ces diffuseurs, la diminution des déchets sera optimisée, la biodiversité encore plus favorisée, et les vignerons ne seront plus obligés de les enlever, comme c’était le cas jusqu’ici", argumente Lucie Bayet-Salvador, responsable qualité et RSE à la cave. Ces diffuseurs tomberont eux-mêmes au sol, où ils se dégraderont naturellement au contact des bactéries et micro-organismes. 

Outre les bénéfices environnementaux et la réduction d’opérations requises pour les vignerons, le label ‘Vignerons engagés’ et Verallia France ont retenu cette initiative pour sa "recherche de solutions innovantes et respectueuses de l’environnement sur une opération viticole importante. Une expérimentation positive de Castelbarry pourra faire l’objet d’un relais auprès d’autres vignobles". Coût des diffuseurs : 150 €/ha contre 116 €/ha pour les anciens, soit un surcoût de 8 000 € si la totalité des 240 ha en est équipée. Le prix attribué par le fonds, soit 5 000 €, permettra donc de couvrir une large partie de ce surcoût. "On va également mettre en place un suivi technique encore plus pointu que celui que l’on faisait sur ces nouveaux diffuseurs. Mais je n’ai aucune inquiétude sur leur efficacité", indique François Boudou, tout heureux que les pratiques environnementales dans lesquelles la cave coopérative s’est engagée depuis belle lurette soient reconnues par d’autres.

De la vigne à la cave : des viticulteurs engagés

Dès 2009, Castelbarry a été labellisée ‘Terra Vitis’. "Nous nous sommes beaucoup appuyés sur l’agriculture raisonnée, dont les trois axes sont la justification des interventions, le choix de solutions techniques les plus cohérentes, et la traçabilité de toutes nos pratiques. C’est ainsi que l’on a diminué les traitements phytosanitaires, notre IFT, les herbicides. On a également constitué des groupes d’échanges pour que les viticulteurs partagent leurs expériences et bonnes pratiques. On a aussi mis en place un Groupement de défense contre les organismes nuisibles (Gedon) et promu la confusion sexuelle, même si cela n’était pas exigé dans le cahier des charges de ‘Terra Vitis’. Faire avancer tout le monde dans le même sens n’a pas été aisé. Cela nous a pris dix ans pour atteindre l’objectif que l’on s’était fixé, soit 80 % sous label", détaille le président. Pari réussi, puisqu’aujourd’hui, 85 % de la superficie viticole de la cave est sous label environnemental. 

Engagés le sont aussi les viticulteurs dans les MAE, le projet ‘groupes 30 000’ en lien avec le travail du sol, et  une série d’initiatives pour favoriser la biodiversité. Au chai, la traque est faite à la consommation d’eau et d’électricité, à la diminution et au traitement des déchets, aux transports, etc.

La coopérative est aussi labellisée ‘Vignerons engagés’ et a été évaluée exemplaire en RSE, en décembre 2019. "Les trois piliers de la RSE, soit l’économie, l’environnement et les enjeux sociétaux sont intégrés à part entière dans toutes nos réflexions, de la vigne à la commercialisation. Nous sommes très engagés au niveau du territoire et de l’environnement", indique Lucie Bayet-Salvador. Agriculture raisonnée et développement durable sont bel et bien les deux piliers de la cave coopérative artisanale.

Florence Guilhem


HéraultCastelbarry Montpeyroux diffuseur à phéromones confusion sexuelle viticulture