Boris Calmette, un homme de valeurs

Publié le 04 novembre 2021

C’est avec une citation de Joël Baker que la directrice de La Coopération agricole, Florence Pradier, a présenté le projet ‘Vision 2030’. Ici aux côtés de Boris Calmette, Dominique Chargé et Jean-Pierre Arcoutel. © M. Sagnes

Après 14 ans à la tête de la coopération régionale, et bien plus au service de la coopération agricole, le président, Boris Calmette, laisse le brassard à Jean-Pierre Arcoutel. Lors de sa dernière assemblée générale, les témoignages se sont succédé pour saluer l’engagement de l’homme au service du collectif. “Il ne faut avoir aucun regret pour le passé, aucun remords pour le présent, et une confiance inébranlable pour l’avenir”, rappelle-t-il, citant Jean Jaurès.

Vendredi 22 octobre, lors de son assemblée générale, la coopération agricole régionale saluait le départ en retraite de son président, Boris Calmette. Il y a quelques années, celui qui devait devenir enseignant reprend finalement les rênes de l’exploitation de son grand-père, pour devenir coopérateur. Jeune vigneron au sein de la Fédération des caves de l’Hérault, il en devient président en 2007. Sous son égide, les quatre fédérations de la région fusionnent en 2009, pour donner naissance à la Fédération régionale de la coopération vinicole du Languedoc-Roussillon. En 2012, il est l’artisan du rapprochement entre la filière viticole et les autres filières agricoles adhérentes à la FRCA, qui se concrétise pour la fusion des deux entités. 

Laisser la place aux jeunes

à cette époque, il succède à Denis Verdier à la tête de la CCVF, qui fusionnera ensuite avec Coop de France, avant de devenir La Coopération agricole. Aujourd’hui, la fédération nationale travaille sa ‘Vision 2030’, dont l’un des sujets est la restructuration du réseau. Ces dernières années, la collaboration avec “Dominique Chargé et Florence Pradier (ndlr : président et directrice de La Coopération agricole) nous ont permis de nous sentir chez nous, rue Sedaine. L’appartenance à La Coopération agricole est un acte fondateur important, capital, et je suis fier d’avoir été son vice-président. Ce fut un honneur et un plaisir”. Certains auraient souhaité que Boris Calmette continue à faire profiter la profession de son expérience, “mais l’expérience n’est qu’une lanterne dans le dos, qui n’éclaire que le chemin parcouru. C’est en toute sérénité que je me retire et que je laisse la place aux jeunes, qui auront une vision pour aller plus loin. Nos fondations sont solides. Les coopératives ont su se réinventer et les défis sont nombreux, même si la situation sociale sera complexe à gérer dans les mois à venir. Avec ‘Vision 2030’, nous redéfinissons notre raison d’être et notre image, à travers des ambitions partagées. Le chemin parcouru depuis trois ans est remarquable, grâce à la co-construction entre les régions et Paris”. 

L’assemblée générale a été marquée par les messages chaleureux qui se sont succédé. Dominique Chargé souligne son goût et son engagement pour le collectif, “pour que les divergences deviennent des différences qui nous enrichissent”, décrivant un homme “exigeant, mais constructif, toujours droit dans ses bottes, un allié précieux avec qui j’aurais aimé poursuivre le chemin”. 

Les conseillers régionaux, Jean-Louis Cazaubon, Vincent Labarthe et René Moreno lui ont remis la médaille de la Région Occitanie, “terre de coopératives, où un temps il y avait presque plus de coopératives que d’églises. Nous nous efforçons d’apporter les preuves sonnantes et trébuchantes du soutien de la Région, même si le plan de relance a été percuté par la taxe Trump et le Covid”. 

S’engager dans une croissance raisonnable

Vision 2030, c’est trois grands piliers : la performance solidaire, l’alimentation durable et les territoires engagés. Des axes stratégiques découlent de ces piliers, dont deux transversaux : la lutte contre le changement climatique et la pérennité du modèle coopératif. “Nous avons perdu 20 points de marge sur les 30 dernières années”, indique Dominique Chargé, lors de la table ronde qui a rythmé l’assemblée générale. “Nous devons nous organiser et nous structurer dans une situation déflationniste, synonyme de guerre des prix. Nous ne refusons pas les défis de transition, à condition qu’on nous en donne les moyens.” C’est tout le sujet de la controverse sociétale, “qui veut du bon, du sain, de la qualité, du français. Mais personne ne veut voir une usine à côté de chez lui”. La coopération est prête à s’engager comme acteur d’une croissance raisonnable, et Dominique Chargé espère que l’accession de la France à la présidence européenne, en janvier 2022, ira dans ce sens. Le plan ‘France 2030’ est déjà une victoire, en plaçant l’alimentation au 6e rang des priorités, derrière l’énergie et la mobilité. “Nous avons une enveloppe assez substantielle”, la crise aura certainement influencé ce recentrage autour de l’alimentation. 

Les aléas, une priorité  

Face aux aléas climatiques, Boris Calmette revient sur la protection et les propositions qui ont été faites pour l’assurance récolte, “satisfaisantes pour 2023. Mais reste la problématique de l’année 2022, où l’on va être laissés quasiment sans solution”. Dominique Chargé salue le fait qu’avec les propositions du groupe de travail présidé par Frédéric Descrozaille et l’année particulièrement dramatique, le dossier a été élevé au rang de priorité nationale. “Mais avec l’assurantiel, nous sommes sur le curatif. Avec des aléas qui deviennent systémiques et contaminants entre eux (perturbations des marchés...), il est indispensable de mettre les moyens sur le préventif.”

Magali Sagnes


“Si les déplacements et les responsabilités ne me manqueront pas, les personnes avec qui j’ai travaillé me manqueront dès demain”, a lancé Boris Calmette. © M. Sagnes

OPA - Serv. publicsLa Coopération agricole Occitanie Boris Calmette Jean-Pierre Arcoutel Michel Servage assemblée générale