Bassin de Thau : Avis de mauvais temps pour les conchyliculteurs

Publié le 08 octobre 2019

Patrice Lafont, président du CRCM, explique au préfet de l’Hérault, le contexte difficile de la filière ostréicole, à l’Atelier & Co, géré par Laurent Arcella, dans la zone ostréicole de Loupian.

Le 27 septembre, le Comité régional de la conchyliculture de la Méditerranée (CRCM) organisait une visite pour le préfet de l’Hérault, à l’Atelier & Co de Laurent Arcella, dans la zone ostréicole de Loupian (34).

Le temps de la richesse de l’étang de Thau et de ses ostréiculteurs n’est plus. Installé dans la zone ostréicole de Loupian, Laurent Arcella est la troisième génération d’une famille d’ostréiculteurs et de mytiliculteurs. Il a rejoint son père sur l’exploitation en 1997. En 2005, quand il reprend l’exploitation familiale, il projette de produire de l’huître en gros et de laisser tomber la société commerciale créée par son père, qui rapporte de moins en moins en raison d’une baisse de la production ostréicole. Pour ce faire, il rachète à son père neuf tables et investit dans cinq autres, ainsi que dans du matériel pour faire du pré-grossissement. Mais son projet capote avec la mortalité des huîtres, en 2008.

“On ramait à mort. Alors, il y a cinq ans, on a décidé de se lancer dans la vente d’huîtres ouvertes, en montant un atelier de dégustation et en vendant nos produits sur les marchés de Noël. Ce fut un branle-bas de combat pour transformer notre mas traditionnel conchylicole en lieu de dégustation. On a commencé avec quatre chaises et deux tables. Il a fallu trois ans pour que l’affaire démarre”, racontait-il au préfet de l’Hérault, en visite dans son atelier, le 27 septembre, dans la zone conchylicole de Loupian.

Les défis de demain ? “Il va falloir que la profession s’adapte aux aléas climatiques. L’étang de Thau est en train de se modifier et nous avec. Il y a deux fois moins de production dans l’étang, et cela ira en empirant, sans compter le coût de revient de production trop élevé. Entre les changements climatiques, les suspensions de commercialisation, les nouveaux phénomènes de mortalité des huîtres et des moules et la concurrence accrue des autres bassins de production, les temps qui s’annoncent sont tout sauf faciles”, commente-t-il.

Des difficultés accrues pour la profession

C’est un même tableau que brossait le président du CRCM, Patrice Lafont, au préfet de l’Hérault, le même jour, en rappelant notamment les événements majeurs de l’an dernier, avec la canicule de 2018, ayant entraîné 100 % de mortalité des moules et 50 % de mortalité des huîtres. “Cela faisait 13 ans que nous n’avions pas eu de mortalité liée à la température. À la suite de cet événement, s’est développé un phytoplancton que personne ne connaissait, et qui exclut toutes les autres espèces. Le problème, c’est que les coquillages ne s’en nourrissent pas. Ont suivi des épisodes de malaïgue. Les huîtres ont alors cessé de pousser durant sept mois. La croissance n’est revenue que lorsque ce phytoplancton s’est affaibli et que les autres espèces ont réapparu, mais nous n’avons jamais pu rattraper le retard. On a donc perdu un cycle de production. 450 exploitations ostréicoles ont été touchées et on repart sur une deuxième saison tendue, car nous n’avons pas les volumes disponibles”, explique le président du CRCM.

Entre ce dernier événement et les deux précédentes années, dont les suspensions provisoires de commercialisation, les trésoreries sont exsangues et les entreprises doivent faire face à de grosses difficultés financières, “même si elles ont bénéficié d’indemnités pour les calamités agricoles. Des entreprises ont fermé et la filière est désormais très fragilisée”, ajoute-t-il. Autre problématique cruciale pour la filière : le départ en retraite de 50 % des professionnels dans les dix ans à venir et le difficile renouvellement de génération auquel elle sera confrontée. Aujourd’hui, entre 60 et 70 exploitations conchylicoles sont à vendre, faute de reprise, et nombreuses sont les tables inoccupées.

Florence Guilhem

 


Aujourd’hui, dans l’étang de Thau, entre 60 et 70 exploitations conchylicoles sont à vendre, faute de reprise, et nombreuses sont les tables inoccupées.

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