Avec ‘Le Comporte’, l’aventure est dans le sac

Publié le 26 avril 2022

L’équipe au grand complet qui a porté sur les fonts baptismaux ‘Le Comporte’. © F. Guilhem

Le 15 avril, rendez-vous était donné par le Pays Cœur d’Hérault, avec ses partenaires, au Clos de l’Amandaie, à Aumelas, pour le lancement officiel d’un nouvel outil au service du développement œnotouristique des territoires : ‘Le Comporte’.

Lancer un nouveau concept œnotouristique, il fallait oser tant il y a pléthore d’offres dans les bassins viticoles français et tant ces derniers sont plutôt dans une logique de concurrence entre eux pour capter les touristes et développer leur économie locale. Aussi créer un projet en capacité de rassembler des territoires viticoles, à condition qu’ils soient labellisés ‘Vignobles et découvertes’, était un pari audacieux, et pour les plus défaitistes, perdu d’avance. Certains pourtant ont décidé de croire aux vertus de la coopération. 

S’inspirant de l’opération des ‘Petits curieux de nature’, lancée il y a dix ans par le Parc national des Cévennes, dans le cadre des randonnées qu’il propose, avec le prêt d’un sac à dos contenant divers accessoires, le Pôle tourisme, culture et patrimoine du Syndicat mixte de développement local du Clermontais (Sydel) du Pays Cœur d’Hérault, lance l’idée, en 2017, de transposer le concept cévenol en créant un sac vigneron à l’échelle nationale pour faire jouer la coopération entre les territoires viticoles, et bénéficier ainsi de la sorte du programme européen Leader. Deux ans plus tard, trois territoires décident de les accompagner dans cette aventure : le Pays Haut Languedoc Vignoble, regroupant le Minervois, Saint-Chinian, Faugères et Haut-Languedoc ; le Pays Vidourle Camargue allant de l’est de Montpellier à Aigues-Mortes ; et le Pays Cœur Entre-Deux-Mers dans le Bordelais. Le projet dépassant les frontières héraultaises, il devient, en 2020, un projet de Coopération Leader, permettant de rassembler, entre les subventions de l’Europe, des Régions Occitanie et Nouvelle Aquitaine, du Département de l’Hérault et des Pays près de 100 000 €. Tout en préparant les dossiers pour décrocher les subventions, il faut aussi entrer dans le vif du sujet, soit passer du concept au concret.

L’union fait le sac

"Le concept que nous avons proposé, dès le départ, était de découvrir en autonomie la vigne et les spécificités des terroirs de chaque destination œnotouristique partenaire grâce au sac à dos vigneron, mis à disposition gratuitement chez tous les professionnels labellisés ‘Vignobles et découvertes’, et contenant tout ce qu’il faut pour découvrir le vignoble en s’amusant", rappelle Magali Léon-Philipp, responsable du Pôle tourisme, culture et patrimoine du Sydel. Les objectifs sont les mêmes pour tous : cibler en priorité les familles, mettre en avant les démarches environnementales dans les vignobles et favoriser le slow tourisme, avec des itinérances douces et la mise en avant du local. Quant aux enjeux, le premier de tous est de capter de nouvelles clientèles, de faire gagner en visibilité les territoires, de démontrer que les territoires ruraux sont capables de faire preuve d’innovations dans le secteur œnotouristique, et, enfin, de développer un renvoi de clientèle d’une destination à l’autre. Le tout dans le respect de la singularité de chacun et de ses appellations.

Pour arrêter le choix du produit et de son contenu, en cohérence avec les valeurs du projet et adaptés à la cible clientèle, des ateliers sont constitués avec les professionnels des quatre territoires, auxquels participent deux agences spécialisées, l’une en tourisme durable, ‘Ethicalia’, l’autre en design de services, ‘étrange Ordinaire’. L’association d’insertion montpelliéraine ‘Gammes’ est, quant à elle, mise à contribution pour la réalisation du prototype du sac à dos, conçu et réalisé par une designer nîmoise, Magali Sanz.

Ce brainstorming collectif débouche sur la finalisation du produit, de son contenu et le choix du nom de baptême du sac, ‘Le Comporte’, mixant le genre masculin de sac à dos et le genre féminin de la comporte, servant dans le sud de la France, le plus souvent, à transporter les raisins lors des vendanges. Comporta, du verbe comportar en languedocien, signifie "porter ensemble". "Si le comporte est le nom de famille, chaque sac est nommé par un prénom, qui correspond à celui d’un vigneron ou d’une vigneronne du territoire qui participe au projet, car derrière chaque comporte, il y a une personne, une histoire, un vécu", explique Isabelle de Montrichard, de l’agence ‘Ethicalia’. 

Un sac qui porte des valeurs durables et sociales

Les sacs à dos confectionnés par l’atelier couture de l’association d’insertion l’ont été à partir de matériaux naturels, tels que la toile denim bio servant à la fabrication des jeans de la société Ateliers de Nîmes, des bâches publicitaires recyclées et une partie d’un habit des vignerons.

À cette valeur durable s’ajoute une valeur sociale, puisque les sacs ont été confectionnés par les couturiers et couturières de l’association d’insertion, permettant à cette dernière de proposer, en parallèle, un projet de formation aux participants afin de favoriser leur accès à l’emploi. Enfin, ce sac représente un véritable trait d’union entre les territoires, car l’écusson retenu les nomme tous, avec un élément qui leur est commun : la feuille de vigne.

Du test au déploiement

Après que le sac à dos ait été testé par deux familles d’utilisateurs et que quelques ajustements aient été réalisés tout au long de l’année 2021, 185 sacs ont été fabriqués par l’atelier couture de l’association. 86 sacs ont été déployés depuis septembre dernier auprès d’ambassadeurs (vignerons, caves, professionnels du tourisme, offices de tourisme, hébergeurs...) sur les quatre territoires. Émilie Bourdon, vigneronne à Aniane, le propose depuis à ses visiteurs, soit pour une simple balade avec dégustation avant ou après, soit dans le cadre d’une formule clé en main avec des boîtes repas, du vin et du jus de fruit. "C’est un joli projet, qui permet de partager son vignoble de façon originale et ludique", souscrit-elle. Et modulable à souhait. Une aventure qui tente déjà d’autres territoires.

Florence Guilhem


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