Aude : une visite et des inquiétudes

Publié le 13 octobre 2020

Au domaine des Homs, Jean-Marc de Crozals a exposé à la préfète de l’Aude les difficultés rencontrées par les vignerons pour vendre leurs vins face à un marché coincé et l’impossibilité d’aller rencontrer la clientèle lors de salons. (© O. Bazalge)

La préfète de l’Aude a effectué son classique tour des caves, vendredi 2 octobre, alors que les vendanges touchent à leur fin. Si la qualité du millésime en gestation se montre rassurante, les turpitudes rencontrées sur les marchés par les opérateurs font peser un déséquilibre financier de plus en plus difficile à supporter. Une aide de l’état est fortement attendue.

En arrivant chez Jean-Marc de Crozals, vigneron indépendant installé au Domaine des Homs, à Rieux-Minervois, Sophie Elizéon, préfète de l’Aude, avait certainement une bonne idée des soucis qu’allaient lui exposer les membres de la profession viticole départementale réunis au grand complet. Syndicat des Vignerons de l’Aude, Vignerons indépendants, Coop de France, Chambre d’agriculture étaient accompagnés du député européen Éric Andrieu, afin d’exposer de manière collective l’ensemble des barrières rencontrées par la profession pour vendre ses produits, dans un contexte sanitaire et économique particulièrement défavorables depuis le mois de mars.

En expliquant son parcours à la représentante de l’état, Jean-Marc de Crozals n’a pas manqué de souligner les efforts qu’il a consentis, ainsi que les investissements réalisés pour faire de son exploitation une propriété reconnue et en phase avec ses marchés. “Lorsque j’ai décidé de revenir reprendre la propriété familiale en 2000, j’ai fait le choix de quitter un poste salarié de responsable de vignoble d’un domaine prestigieux de Châteauneuf-du-Pape. J’ai quitté une situation confortable pour cette aventure. En 20 ans, nous avons replanté et renouvelé l’intégralité du vignoble de 22 ha. Nous sommes passés en agriculture biologique en 2006, et générons cinq emplois à temps plein. En 2018, nous avons créé une nouvelle extension dédiée à l’œnotourisme, qui a tout de suite très bien marché. Le résultat, c’est qu’aujourd’hui nous ne pouvons plus aller à la rencontre de nos clients, ce qui constitue l’essentiel de nos revenus de vignerons indépendants”, détaille-t-il par le menu.

En effet, outre les exportations difficiles sur les marchés essentiels que constituent les états-Unis, la Chine et le Royaume-Uni, les Vignerons indépendants souffrent de ne pouvoir participer aux salons et foires, qui constituent une part substantielle de leurs ventes.

Exonération de charges espérée

“Un tiers de mon chiffre d’affaires est fait à l’export, qui s’est complètement arrêté avec la crise sanitaire. Le reste, je le fais en France, où je participe au cours de l’année à une dizaine de salons de Vignerons indépendants, qui constituent 40 % de mon chiffre d’affaires. Les seuls salons de novembre et décembre représentent 100 000 € de recettes, qui sont en train d’être annulées. A côté, le secteur du CHR peine à repartir avec de nouvelles fermetures qui se profilent. Nous ne pouvons plus rien vendre”, expose Jean-Marc de Crozals, qui produit 80 000 bouteilles à l’année, à Sophie Elizéon.

Cet arrêt des ventes est d’autant plus difficile à traverser pour les entreprises viticoles que les charges de fonctionnement se maintiennent pour elles. “Certes, il y a eu des reports de charges et des dispositifs d’aide à la trésorerie tels que le prêt garanti par l’état (PGE). Mais le travail dans les vignes a continué et nous n’avons pu bénéficier d’aucune mesure de chômage partiel ou d’exonération complète de charges. Les remboursements de ces PGE et des reports de charges vont bientôt arriver et nous ne pouvons toujours pas commercer. L’équation est intenable financièrement”, a encore appuyé Alexandre They, président des Vignerons indépendants de l’Aude.

Bien consciente de la difficile passe traversée par la filière viticole, la préfète de l’Aude n’a pas manqué de souligner que cette crise sanitaire a pris tous les pays de court, avec des mesures d’accompagnement instaurées au fur et à mesure, sans entrevoir de sortie favorable à cette situation. “Vous nous avez alerté dès le mois de février sur les difficultés rencontrées par la filière sur les marchés. Nous y avons répondu avec des mesures et des dispositifs d’aide. Je vais, à présent, faire remonter vos demandes d’exonération qui, certes, ne résoudront pas la crise, mais vous apporteront un peu d’air en attendant que l’activité reprenne”, a-t-elle tenu à souligner.

Le député européen éric Andrieu en a également profité pour souligner que le secteur agricole n’était pas assez considéré dans le plan de relance mis sur pied par l’état. Après cet échange que la profession espère voir marqué de suites concrètes et dimensionnées à ses difficultés, Sophie Elizéon s’est rendue à la cave coopérative d’Argeliers, où elle a pu mesurer l’ampleur des investissements matériels nécessaires pour que cette structure, qui produit presque 200 000 hl, soit équipée pour élaborer les styles de vins attendus par les marchés. 

Olivier Bazalge


A la cave coopérative d’Argeliers, le président Gérard Eugène a mis en avant la nécessité d’investir pour équiper une cave qui doit produire des produits en phase avec ce qu’attend le marché français et international. (© O. Bazalge)

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