Aude : retour sur les incendies

Publié le 06 août 2019

Deux parcelles de syrahs appartenant à Joël Colos ont brûlé en totalité.

Dix jours après l’incendie du massif du Pinada, entre Fabrezan et Thézan-des-Corbières, les dégâts sont spectaculaires dans et autour des parcelles touchées. Pour certains, l’addition est salée.

Impossible de ne pas remarquer les stigmates du passage des flammes de l’incendie des 15 et 16 juillet en arrivant près du massif du Pinada, entre Fabrezan et Thézan-des-Corbières. Ce qui interpelle ensuite, ce sont ces aires de feuillage marron qui, tels des carreaux de tweed écossais, contrastent avec le vert intense émis par les vignes épargnées par les flammes. Enfin, en bordure de parcelles, l’odeur âcre et persistante de fin de feu de cheminée continue de flotter dans l’air.

Pour la plupart, ce sont les rangs en bordure de parcelles qui ont littéralement grillé, illustrant parfaitement le rôle de coupe-feu que remplit cette culture lorsque l’incendie s’approche. Un, deux, cinq, huit rangs touchés… tout dépend de l’intensité du vent et de la proximité avec les flammes descendues de la pinède avoisinante. Bois noircis, feuilles grillées, grappes totalement desséchées, restes de végétation entièrement calcinés dans les inter-rangs et les fossés, les dégâts de l’incendie sont spectaculaires dans et autour des parcelles touchées.

La végétation des fossés a facilité la propagation

David Latham, propriétaire du château Saint-Estève, possède une vingtaine de parcelles qui ont été affectées à des degrés divers. Il détaille combien les fossés attenant aux vignes ont servi de relais pour passer d’une parcelle à l’autre. “Ces feux sont arrivés après une longue période de chaleur, qui a grandement asséché les enherbements et la végétation des fossés. Or, ces fossés ont servi d’accélérateur et de relais de transmission des flammes entre les parcelles. Maintenant qu’on ne peut plus les brûler en hiver, les fossés ne sont plus aussi propres qu’avant. Même en tondant les abords, la végétation monte dans les fossés et ce sont tous ces roseaux et arbustes qui ont facilité la propagation du feu entre les parcelles. C’est pour cela que certaines parcelles éloignées de la pinède ont été atteintes”, décrit-il d’un ton fataliste. Il ajoute même une circonstance aggravante : dans les 15 jours précédents, les labours d’inter-rangs ont été interdits pour ne pas créer d’étincelles qui pourraient déclencher un départ de feu. “Nous avions passé la charrue juste avant l’interdiction, donc la végétation était limitée dans nos parcelles. Ça n’a pas été la même histoire pour les vignes de mon voisin qui n’a pas pu labourer avant…”, poursuit David Latham.

Des parcelles de vignes et oliviers touchées à 100 %

Les vignes voisines, ce sont celles de Joël Colos, du château Colos-Celse, à Villerouge-la-Crémade. En bordure directe de pinède, il a vu deux parcelles de syrahs complètement brûlées, et deux autres vignes en contrebas atteintes à 80 %, soit 4 hectares au total. Sur ses 7 ha actuellement en production, l’équation se complique fortement pour ce vigneron indépendant. “Même si elles étaient âgées et qu’un jour ou l’autre il aurait fallu les arracher, mes deux parcelles de syrahs situées en bordure de pinède ont complètement brûlé. N’ayant pu faire un travail du sol avant, l’enherbement d’inter-rangs était haut et complètement sec, ce qui a facilité la propagation au lieu d’agir en pare-feu. Mais le vent et la végétation des fossés ont fait sauter les flammes sur la totalité des deux parcelles”, se désole Joël Colos. Il a depuis fait passer un expert qui lui a indiqué que ces deux parcelles ne survivraient pas, contrairement à deux autres situées en contrebas et touchées à 80 %, sur lesquelles la chance de voir des bourgeons repartir est réelle.

Quelques centaines de mètres plus loin, c’est une parcelle de 80 oliviers âgés de huit ans, appartenant à Nicolas Blay et sa mère, qui a complètement flambé. Dans ce cas, un léger enherbement était présent sur la parcelle, mais c’est avant tout la proximité des flammes embrasant la pinède et l’appui du vent qui ont catalysé la transmission du feu vers les oliviers.

Olivier Bazalge


80 oliviers de huit ans et 250 oliviers de trois ans de Nicolas Blay ont payé leur proximité avec la pinède.

AudeIncendies dégâts Pinada